Pré­sence Pan­chou­nette

Art Press - - EXPOSITIONS - Phi­lippe Du­cat

Sé­miose Ga­le­rie / 18 oc­tobre - 22 no­vembre 2014 Avec Pan­chou­nette, on n’est ja­mais dé­çu : c’est poi­lant, c’est ma­lin, c’est réus­si. Im­pec­cable, im­pla­cable. On a ap­pré­cié et sui­vi leur ac­ti­visme (du moins pour ceux de leur gé­né­ra­tion). On a été bluf­fés par leur dé­cla­ra­tion de ces­sa­tion d’ac­ti­vi­té après l’ex­po­si­tion Ain­si soit-il (en 1990) – leur Let It Be à eux, les ventes en moins. On a sa­lué leur en­ga­ge­ment à res­ter un col­lec­tif. Le « Réus­sir est notre échec » dé­cla­ré dès le dé­but ( cir­ca 1968) était leur No Fu­ture sex­pis­to­lien avec un train d’avance. Poil à grat­ter artistique de la France sup­port / sur­fa­cée, bu­ré­ni­sée, ils nous fai­saient bien plus mar­rer que le si­nistre De­bord : cent fois plus de ta­lent plas­tique (la lo­gor­rhée théo­rique en moins) pour le même ré­sul­tat. Reste « le ma­laise Pan­chou­nette » sur fond de polémique in­tra-mu­ros. L’hé­ri­tage des oeuvres sol­dé, il reste l’in­di­vi­sion sur l’ap­pel­la­tion « Pré­sence Pan­chou­nette™ ». Cer­tains ré­futent toute ex­po­si­tion, d’autres vendent les oeuvres de leur lot, point fi­nal – l’af­faire du col­lec­tif étant pliée. La ga­le­rie a pour fonc­tion gé­né­tique de vendre. Elle dé­niche des pé­pites et elle en fait ses choux gras, per­sonne n’a rien à re­dire à ça – le phé­no­mène ac­tuel de la sur­mé­dia­ti­sa­tion de l’art brut est là pour nous le rap­pe­ler. La ga­le­rie ne s’at­tarde pas sur les ques­tions d’in­té­gri­té dans l’art. La ques­tion de l’in­cor­rup­tible pu­re­té vit pai­si­ble­ment dans l’ate­lier. Le mar­ché, l’ar­gent, l’ex­hi­bi­tion et la gloire la dé­na­turent im­pla­ca­ble­ment. L’oeuvre et son es­prit se di­luent dans la réa­li­té du terrain. Par­fois, c’est dou­lou­reux lorsque l’ar­tiste est là pour le consta­ter. Faut-il ré­in­té­grer tous les ta­bleaux et les sculp­tures à su­jets re­li­gieux dans les églises ? Les gloses in­fi­nies sur l’oeuvre de Du­champ sont-elles ac­cep­tables ? En outre, l’État fran­çais a bel et bien res­ti­tué à cer­taines peu­plades les restes hu­mains consi­dé­rés chez nous comme des oeuvres d’art ! En fait, une fac­tion de la sphère Pan­chou­nette s’ac­tive pour ob­te­nir cote et re­con­nais­sance post­mor­tem – et avant la sienne si pos­sible, mer­ci. L’autre veut être re­con­nue pour ne pas avoir vou­lu être re­con­nue. L’ef­fet per­vers d’un sys­tème ba­sé sur « la pu­re­té » se si­tue exac­te­ment à cet en­droit. Trans­for­mer l’échec en réus­site et, donc, échouer à faire réus­sir l’échec ? Ou bien te­nir en échec la réus­site pour échouer vis­cé­ra­le­ment à réus­sir ? Le pa­ra­doxe Pan­chou­nette sub­siste. Res­tent les oeuvres qui sont poi­lantes et néo-hy­dro­pathes. « Le com­pro­mis est le plus grand pé­ché qui soit. » Pier Pao­lo Pa­so­li­ni. « – Vous êtes un ar­tiste, Clif­ford, votre bou­lot, c’est d’of­fen­ser les gens. » Jen­ni­fer dans le Trai­te­ment de Mar­tin Crimp. Pan­chou­nette ne­ver di­sap­point. This col­lec­tive is al­ways screa­min­gly fun­ny, cle­ver and suc­cess­ful. Im­pec­cable and im­pla­cable. Their ac­ti­vism was ap­pre­cia­ted and fol­lo­wed, at least by people of their ge­ne­ra­tion. We were all blown away when they an­noun­ced that they had de­ci­ded to stop per­for­ming af­ter their 1990 ex­hi­bi­tion Ain­si soit-il, their ans­wer to Let It Be, but wi­thout the sales. Still, we were happy that they in­ten­ded to stay to­ge­ther as a group. “Suc­cess is our fai­lure,” they had de­cla­red ear­lier, in about 1968, fo­re­sha­do­wing the Sex Pis­tols‘ No Fu­ture. A thorn in the side of the French Sup­port/Sur­face scene do­mi­na­ted by Bu­ren, they made us laugh a lot more than that drea­ry De­bord, with a hun­dred times more vi­sual ta­lent to achieve the same re­sult (and with none of the theo­re­ti­cal ver­biage). Then came their per­iod of de­cline and in­figh­ting. Ha­ving set­tled on the di­vi­sion of their com­mon pro­duc­tion, they could not agree about who would in­he­rit their col­lec­tive name, Pan­chou­nette™. Some of them re­fu­sed to al­low any epo­ny­mous ex­hi­bi­tion, while others sold the art­work al­lot­ted to them and de­cla­red an end to the pro­ject. The col­lec­tive was no more. The gal­le­ry was meant to sell. It dug up some nug­gets and did ve­ry well with them. Who could cri­ti­cize it for that? Just think of the way the mar­ket is hy­ping out­si­der art. Why should lit­tle is­sues like in­te­gri­ty make a gal­le­ry he­si­tate? The ques­tion of in­cor­rup­tible pu­ri­ty is one for stu­dios, not gal­le­ries dri­ven and im­pla­ca­bly drag­ged down by the mar­ket, mo­ney and glo­ry. The rea­li­ty on the ground stea­di­ly di­lutes art­works and the spi­rit of art. So­me­times ar­tists find that pain­ful to rea­lize. Should we go back to confi­ning all pain­tings and sculp­tures to re­li­gious sub­jects and re­le­ga­ting them to churches? Are the in­ter­mi­nable foot­notes on Du­champ’s work ac­cep­table? What’s more, the French state has gi­ven back to cer­tain peoples the hu­man re­mains we have consi­de­red art­works. Today a fac­tion of the broad Pan­chou­nette-os­phere is once again be­co­ming ac­tive, see­king a post­mor­tem ree­va­lua­tion and re­cog­ni­tion, pre­fe­ra­bly be­fore their own deaths. The other fac­tion wants to be re­co­gni­zed for not wan­ting to be re­co­gni­zed and over­come the per­verse ef­fects of a sys­tem ba­sed on “pu­ri­ty.” Shall they trans­form fai­lure in­to suc­cess, and thus fail to make a suc­cess of their fai­lure? Or make that suc­cess fail to as to vis­ce­ral­ly fail to suc­ceed? The Pan­chou­nette pa­ra­dox re­mains un­re­sol­ved. What re­mains are hi­la­rious art­works and today’s Néo-hy­dro­pathe mo­ve­ment. “To com­prise is the worst sin,” said Pa­so­li­ni. “You’re an ar­tist, Clif­ford, it’s your job to give of­fence.” Jen­ni­fer in Mar­tin Crimp’s play The Treat­ment.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

« Por­trait Ko­dak - Fu­ji ». 1985. Gly­cé­ro sur toile. (60 x 42, 5 cm) x 2. (Ph. A. Mole). Paint on can­vas

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