Claude Ru­tault

Art Press - - EXPOSITIONS - Eleanor Heart­ney Tra­duit par Va­ni­na Gé­ré

Ga­le­rie Per­ro­tin / 20 no­vembre 2014 - 3 jan­vier 2015 La pre­mière ex­po­si­tion per­son­nelle de Claude Ru­tault à New York ré­vèle un ar­tiste qui brouille les lignes de par­tage entre des pra­tiques ar­tis­tiques di­verses et va­riées. Tou­te­fois, si Ru­tault convoque le mi­ni­ma­lisme, l’art concep­tuel, l’es­thé­tique re­la­tion­nelle et la per­for­mance, ses oeuvres posent en fait la ques­tion sui­vante : qu’estce qu’un ta­bleau ? Tout ta­bleau, d’une fa­çon ou d’une autre, doit mettre en jeu de la pein­ture et une toile ; pour Ru­tault, ce­pen­dant, ce sont les cir­cons­tances de réa­li­sa­tion et d’ex­po­si­tion de l’oeuvre qui en dé­ter­minent le sens. Par consé­quent, la di­men­sion in si­tu des oeuvres de Ru­tault est tout à fait sin­gu­lière. Les oeuvres suivent des règles qui pres­crivent cer­tains élé­ments, comme la cou­leur (en gé­né­ral, la pein­ture doit être de la cou­leur des murs en­vi­ron­nants) ; la dis­po­si­tion (dans The Ex­hi­bi­tion [2014], par exemple, un en­semble de toiles qui tiennent toutes seules doit être pla­cé dans « une pièce suf­fi­sam­ment grande pour ame­ner le vi­si­teur à cher­cher un ins­tant, mais pas trop non plus, pour évi­ter toute pos­si­bi­li­té de s’échap­per ») ; et même la va­leur (pour im/mobilier [2010], le prix de l’oeuvre est in­dexé sur ce­lui de son bâ­ti­ment d’ac­cueil). L’as­pect « in si­tu » de cer­taines oeuvres est plus glo­bal, ins­tal­lé dans le champ de l’art mo­derne à la fa­veur de ré­fé­rences à d’autres pein­tures ab­sentes. Il s’agit no­tam­ment du bo­cal de pois­sons rouges is­su du ta­bleau de Ma­tisse ou d’une autre pein­ture qui doit être suf­fi­sam­ment grande pour en­ca­drer le mo­nu­men­tal Di­manche après-mi­di à l’île de la Grande Jatte de Seu­rat, « au cas où il se­rait dans les pa­rages ». La fo­ca­li­sa­tion de Ru­tault sur l’en­vi­ron­ne­ment de l’oeuvre le conduit à po­ser cette deuxième ques­tion : qu’est-ce qu’un ar­tiste ? Dans les tra­vaux pré­sen­tés ici, il semble opé­rer plus à la ma­nière d’un réa­li­sa­teur que d’un ar­ti­san ou d’un créa­teur, et les oeuvres sont en fin de compte exé­cu­tées par le « pre­neur en charge », fi­gure com­po­site du re­gar­deur, du col­lec­tion­neur et du com­mis­saire. Dans les ins­truc­tions qui ac­com­pagnent chaque oeuvre, Ru­tault pré­cise quels actes le pre­neur en charge doit ef­fec­tuer : ce­la peut com­prendre le choix de la cou­leur du ta­bleau et du mur, le don de cer­taines oeuvres à des as­so­cia­tions phi­lan­thro­piques, ou le fait de re­tour­ner un ta­bleau d’une fa­çon ou d’une autre à l’oc­ca­sion de la mort de l’ar­tiste. Tout compte fait, l’oeuvre de Ru­tault consti­tue une ex­plo­ra­tion de cette ques­tion plus vaste en­core : qu’est-ce que l’art ? L’art émerge ici en tant qu’une forme de jeu qui se dé­roule se­lon des règles pré­éta­blies. Les ta­bleaux de Ru­tault par­ti­cipent ain­si d’une exis­tence pa­ra­doxa­le­ment double. Se­lon une cer­taine pers­pec­tive, une oeuvre d’art n’existe que dans l’échange entre l’ar­tiste et le « pre­neur en charge ». Mais, par ailleurs, consis­tant en un en­semble d’ins­truc­tions, elle existe en de­hors et au-de­là de ces deux in­di­vi­dus. Ces oeuvres per­mettent à Ru­tault d’abor­der un cer­tain nombre de su­jets phi­lo­so­phiques. Ce­pen­dant, entre ses mains, ils sont in­ves­tis de la séduction de la lé­gè­re­té et de la fan­tai­sie. Claude Ru­tault’s first so­lo ex­hi­bi­tion in New York re­veals an ar­tist who blurs the boun­da­ries bet­ween va­rious es­ta­bli­shed art prac­tices. But while he touches on mi­ni­ma­lism, concep­tua­lism, re­la­tio­nal aes­the­tics and per­for­mance, his works real­ly re­volve around the ques­tion: what is a pain­ting? While a pain­ting must in­volve paint and can­vas in some way, for Ru­tault, the work’s mea­ning is de­ter­mi­ned by the cir­cum­stances in which it is crea­ted and dis­played. As a re­sult, his works are site-spe­ci­fic in a ve­ry par­ti­cu­lar way. They fol­low rules that pres­cribe things like co­lor (ge­ne­ral­ly, pain­tings must be the same co­lor as the sur­roun­ding walls); pla­ce­ment, (as in the ex­hi­bi­tion, 2014, in which a set of frees­tan­ding can­vases are to be pla­ced in “a room big enough to cause eve­ry vi­si­tor to search for quite a while, and yet small enough to avoid any pos­si­bi­li­ty of fleeing”); and even va­lue (for im/mo­blier, 2010, the work’s price is in­dexed to that of the buil­ding in which it is hou­sed). Some works are “site spe­ci­fic” in a lar­ger way, set­tling in­to the field of mo­dern art through re­fe­rence to other, ab­sent pain­tings. These in­clude a Ru­tault work that ac­tua­lizes the gold­fish bowl in a Ma­tisse pain­ting and ano­ther Ru­tault pain­ting that must be large enough to frame Seu­rat’s mo­nu­men­tal Sun­day Af­ter­noon on the Is­land of La Grande Jatte, “should it hap­pen to stop by.” Ru­tault’s fo­cus on the en­vi­ron­ment that sur­rounds the art­work leads him to a se­cond ques­tion: what is an ar­tist? In the works here, the ar­tist seems to ope­rate more like a di­rec­tor than an ar­ti­san or crea­tor, and the art­works are ul­ti­ma­te­ly rea­li­zed by the “charge ta­ker,” a fi­gure who is a blend of vie­wer, col­lec­tor and cu­ra­tor. In the ins­truc­tions that ac­com­pa­ny each work, Ru­tault spe­ci­fies ac­tions to be ta­ken by the charge ta­ker. These may in­volve choo­sing the co­lor of pain­ting and wall, gi­ving cer­tain works to cha­ri­ty, or tur­ning a pain­ting around upon the oc­ca­sion of the ar­tist’s death. In the end, Ru­tault’s work is an ex­plo­ra­tion of the even lar­ger ques­tion: what is art? Art emerges here as a kind of game which un­folds ac­cor­ding to pre­set rules. Ru­tault’s pain­tings thus par­take of a pa­ra­doxi­cal double exis­tence. From one pers­pec­tive an art­work exists so­le­ly in the ex­change of ac­tions bet­ween ar­tist and charge ta­ker. But from ano­ther, be­cause it consists of a set of ins­truc­tions, it exists out­side and beyond these two in­di­vi­duals. With these works, Ru­tault touches on a num­ber of hea­dy phi­lo­so­phi­cal is­sues. In his hands, ho­we­ver, they are in­ves­ted with a se­duc­tive light­ness and whim­sy.

Eleanor Heart­ney

De haut en bas/ from top: «From stack to stack four­ty-fifth theme: stack for stack ». 1989-1990. « A Sa­tur­day Mor­ning on the Grande Jatte or at Port-en-Bes­sin ». 2010. Pein­ture sur toile. (Ph. Y. Pa­rham) Paint on can­vas

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