Joy Di­vi­sion

Art Press - - LIVRES - Jean-Phi­lippe Rossignol

Ro­bert Laffont Né en 1956, il fait son ap­pa­ri­tion dans les pa­rages de Man­ches­ter. Un chan­teur doué et violent, à la voix froide, un ange noir bien dé­ci­dé à al­ler jus­qu’au bout de l’im­pos­sible (le sui­cide). Ado­les­cent énig­ma­tique, il ne parle presque pas et se ma­quille. Il lit l’Idiot de Dos­toïevs­ki, se donne au sa­cri­fice. Der­rière les signes du dé­sastre, on trouve une éner­gie, une beau­té. Ceux qui ont as­sis­té aux concerts de cet homme semblent en­core dro­gués. Qui est ce dé­mon à la danse épi­lep­tique ? Ian Cur­tis. Son groupe ? Joy Di­vi­sion. La meilleure ré­ponse post-punk à l’ar­ri­vée au pou­voir de Mar­ga­ret That­cher. La ful­gu­rance de Cur­tis se lit dans ses pa­roles, s’en­tend dans le so­lo de bat­te­rie qui ac­com­pagne sa voix, se découvre dans l’ob­jet ori­gi­nal, cet épais vo­lume, qui ras­semble tous les textes du Pos­sé­dé. Sous-titre de l’ou­vrage : So this is per­ma­nence. Oui, il fal­lait cer­tai­ne­ment de la cons­tance, de la té­na­ci­té, des crises et du ve­nin, pour ne pas som­brer dans ce coin de l’An­gle­terre, mi­nus­cule « waste land » dont le pas­sé presque eu­pho­rique des an­nées 1960 était de­ve­nu une image pré­his­to­rique. Han­té par la guerre, l’échec, le désordre et le théâtre d’ombres, Cur­tis as­sume sa po­si­tion chris­tique. Il croit qu’un chant peut sau­ver l’hu­ma­ni­té. Avec rage, il ap­par­tient à la lé­gende in­can­des­cente dont la car­to­gra­phie réunit Georg Büch­ner et Lau­tréa­mont, morts tous deux à 24 ans, comme Ian Cur­tis. L’an­ti­dote se trouve pour­tant dans la chan­son Trans­mis­sion : « No lan­guage, just sound, that’s all we need know, to syn­chro­nise love to the beat of the show. » Pas de lan­gage, juste des sons, c’est tout ce qu’il nous faut sa­voir pour syn­chro­ni­ser l’amour au rythme du spec­tacle. Vic­toire in­at­ten­due des sons contre les fan­tômes.

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