SÉ­RI­GNAN

Art Press - - EXPOSITIONS - Paul Ar­denne

Pierre Bis­muth

Mu­sée ré­gio­nal d’art contem­po­rain Lan­gue­doc-Rous­sillon / 15 no­vembre 2014 - 22 fé­vrier 2015

Aus­si im­por­tant que ce qui est, nous en­seigne l’ima­gi­naire, est ce qui pour­rait être. À l’ar­tiste de mettre en forme un monde qui n’existe pas (ou pas en­core) et qui au­rait pour­tant toute lé­gi­ti­mi­té à exis­ter. Cette pro­pen­sion à « dé­bor­der » le réel par le pos­sible est une des ca­rac­té­ris­tiques de l’oeuvre de Pierre Bis­muth. En at­testent, entre autres, ses Bio­pic, des af­fiches de films ima­gi­naires ( Ba­sil Ra­th­bone Is Mar­cel Du­champ) où se té­les­copent culture po­pu­laire et culture plas­ti­cienne. De même, sa sur­pre­nante sé­rie En sui­vant la main droite de, soit la su­per­po­si­tion en temps réel, sur un même écran, d’un ex­trait de film mon­trant une per­sonne en ac­tion (Jacques La­can par­lant de l’es­prit chez les Grecs an­tiques, par exemple) et d’un tra­cé co­lo­ré, dû à l’ar­tiste, re­pro­dui­sant le mou­ve­ment de la main droite de cette même per­sonne. Pour Pierre Bis­muth, la créa­tion ar­tis­tique a d’abord vo­ca­tion à ex­ploi­ter un po­ten­tiel. Le réel est cette pla­te­forme à par­tir de la­quelle la créa­tion prend son en­vol. L’ar­tiste l’ex­prime de ma­nière la­co­nique mais si­gni­fiante avec sa sé­rie Co­ming Soon (À ve­nir). Cette for­mule est dé­cli­née lit­té­ra­le­ment sur di­vers sup­ports en lettres peintes ou de néon. Rien n’est dit de ce qui va ve­nir, étant bien en­ten­du que tout est at­ten­du (The fu­ture is co­ming soon). Le pré­sent ne s’en­vi­sage pas sans le de­ve­nir, la pro­messe du fu­tur est con­te­nue dans le pas­sé tan­dis que mé­moire, pré­sence et dé­sir sont les formes ma­tri­cielles d’un monde pro­mis à l’ou­ver­ture to­tale. « L’homme peut tout mais ne doit rien », note l’ar­tiste, les jeux ne sont ja­mais faits, la dé­pro­gram­ma­tion est de ri­gueur. C’est à cette condi­tion sur­tout que l’art, s’il crée un monde, l’« aug­mente » aus­si. L’ou­ver­ture to­tale, au sens de nou­veau lit­té­ral, c’est en­core ce que mettent en forme les dé­sor­mais fa­meuses installations de ci­maises trouées de grands cercles de Pierre Bis­muth, Quelque chose en moins, quelque chose en plus, dont la pré­sen­ta­tion rythme son oeuvre de­puis plus d’une dé­cen­nie (une ma­gni­fique dé­cli­nai­son en était don­née ici, d’une di­men­sion et d’une por­tée mo­nu­men­tales). Dé­cou­pé comme un gruyère, le mur ini­tial de Pla­co­plâtre, cen­sé ac­cueillir ta­bleaux ou pho­to­gra­phies, se change en un ta­bleau abs­trait per­cé de hu­blots géants, une sculp­ture à la Fon­ta­na où des ou­ver­tures rondes au­raient rem­pla­cé la la­cé­ra­tion à la lame de ra­soir. Les frag­ments de la ci­maise ob­te­nus de cette dé­coupe, dis­po­sés au pied de cette der­nière, de­viennent pa­ral­lè­le­ment au­tant d’élé­ments spa­tiaux re­qua­li­fiant l’es­pace d’ex­po­si­tion, l’équi­valent de sculp­tures. L’ar­tiste, ici en­core, ex­ploite une po­ten­tia­li­té. Il sug­gère par ex­ten­sion que la créa­tion est plus gé­né­reuse quand elle se fonde sur l’illo­gisme du sens, si­non sur l’in­co­hé­rence. The ima­gi­na­tion teaches us that what could be is just as im­por­tant as what is. It is up to ar­tists to give shape to a world that does not (yet?) exist, but whose exis­tence would be to­tal­ly le­gi­ti­mate. The pro­pen­si­ty to ex­tend the real to in­clude the pos­sible is one of the cha­rac­te­ris­tics of Pierre Bis­muth’s prac­tice. This is at­tes­ted to by, among other works, his Bio­pic, pos­ters for ima­gi­na­ry mo­vies ( Ba­sil Ra­th­bone Is Mar­cel Du­champ) that mash-up of po­pu­lar culture and high art. Si­mi­lar­ly, the sur­pri­sing series En sui­vant la main droite de in­volves the real-time su­per­im­po­si­tion, on the same screen, of an ex­cerpt from a film of so­meone in ac­tion (for example, Jacques La­can lec­tu­ring about how the an­cient Greeks un­ders­tood the mind) and a co­lo­red line, drawn by Bis­muth, re­pro­du­cing the mo­ve­ment of that per­son's right hand. For Bis­muth, ma­king art means ex­ploi­ting a po­ten­tial. The real is a plat­form from which ar­tis­tic creation takes off. In a la­co­nic but mea­ning­ful way, this idea is conveyed by the series Co­ming Soon. The phrase is rei­te­ra­ted, with va­ria­tions, on va­rious sur­faces, writ­ten with paint or neon lights. We’re ne­ver told what’s co­ming soon, but it’s un­ders­tood that any­thing can hap­pen ( The fu­ture is co­ming soon). The present can­not be en­vi­sa­ged wi­thout the fu­ture, and the pro­mise of the fu­ture is contai­ned in the past. Me­mo­ry, presence and de­sire are ma­trices for a fu­ture that re­mains com­ple­te­ly un­writ­ten. “People can do eve­ry­thing but don't have to do any­thing,” this ar­tist says. “It's ne­ver too late; we just have to de­pro­gram the fu­ture. This is a ne­ces­sa­ry condi­tion for art to not just create a world but add tot it too.” To­tal open­ness, once again ta­ken li­te­ral­ly, is al­so what gives shape to Bis­muth’s now fa­mous installations of di­vi­ding walls ridd­led with large circles, So­me­thing Less, So­me­thing More, pre­sen­ted in va­rious ver­sions for over a de­cade now. There is a ma­gni­ficent ite­ra­tion of it in this show, a piece that is swee­ping in its im­pli­ca­tions as it is mo­nu­men­tal in size. With holes cut out of it like Swiss cheese, a plas­ter­board wall “sup­po­sed” to be hung with pain­tings and pho­tos is trans­for­med in­to an abs­tract can­vas ador­ned with giant por­tholes, like a Fon­ta­na sculp­ture in which round ope­nings have re­pla­ced the ra­zor blade slashes. The cut-out round pieces of plas­ter­board re­sul­ting from this sli­cing lie on the floor in front of the wall, be­come spa­tial ele­ments re­con­fi­gu­ring the ex­hi­bi­tion space as if they were sculp­tures. Here again this ar­tist is ma­king use of ano­ther po­ten­tia­li­ty. He is sug­ges­ting, im­pli­cit­ly, that art is at its most ge­ne­rous when it is ba­sed on the illo­gi­ca­li­ty, if not the incoherence, of the senses.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

Ci-des­sus / above: « Quelque chose en moins, quelque chose en plus ». “So­me­thing, Less, So­me­thing More” Ci-des­sous / be­low: Vue de l’ex­po­si­tion « Ce qui n’a ja­mais été / Ce qui pour­rait être ». (Ph. J.-C. Lett). “What Has Ne­ver Been/What Could Be”. Ex­hi­bi­tion view

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.