EN­QUÊTES, AR­CHIVES, CONCEPTS RE­PORTS, AR­CHIVES, CONCEPTS

Art Press - - LIVRES - la pho­to­gra­phie do­mi­nique ba­qué

Dif­fi­cile d’écrire cette chro­nique peu de temps après les ab­jects at­ten­tats dji­ha­distes… Com­ment aus­si, dans un contexte si tra­gique, écrire sur la pho­to­gra­phie, comme s’il s’agis­sait là d’une ac­ti­vi­té quelque peu vaine, su­per­flue. Sans en­jeu. En­fin, pour­quoi au­cune pho­to­gra­phie – si l’on ex­cepte peu­têtre les vio­lents pho­to­mon­tages an­ti-na­zis de John Heart­field – n’a pu at­teindre la force d’ébran­le­ment, l’in­can­des­cence, d’une ca­ri­ca­ture in­so­lente, li­ber­taire, vive et per­cu­tante comme un trait d’es­prit, une flèche de l’in­tel­li­gence ? Je laisse cette ques­tion ou­verte. Le dé­but d’an­née s’avère une pé­riode creuse pour la pho­to­gra­phie. Peu de ma­ni­fes­ta­tions dé­ci­sives, plu­sieurs anec­do­tiques et fort dis­pen­sables, tel Mar­tin Parr qui res­sasse son dé­goût du tou­risme de masse et des monstres de la high so­cie­ty. Ailleurs pour­tant, An­ni Leppälä offre la ma­gie de ses fra­giles jeunes filles. Jür­gen Nefz­ger pour­suit un tra­vail convaincant au­tour des pay­sages dans les en­vi­rons de Ma­drid après l’écla­te­ment de la bulle im­mo­bi­lière, et Fe­mi­na ou la ré­ap­pro­pria­tion des mo­dèles qui, à l’heure où j’écris, fait dé­bat au­près des is­la­mistes en rai­son de la pré­sence de l’oeuvre de Zou­li­kha Bouab­del­lah, Si­lence, et qui, pour­tant, pro­met­tait de re­qua­li­fier la place des ar­tistes femmes dans l’art contem­po­rain. Mais c’est Cy­rille Wei­ner et Ta­ryn Simon que j’ai choi­si de mettre ici en exergue.

COM­MENT S’AP­PRO­PRIER L’ES­PACE?

À par­tir d’en­quêtes pré­cises me­nées sur les lieux, de type do­cu­men­taire, Cy­rille Wei­ner pose de fa­çon ré­cur­rente la ques­tion de l’ap­pro­pria­tion de l’es­pace – no­tam­ment dans ses marges, ses lieux de trans­for­ma­tions. Se de­man­dant obs­ti­né­ment com­ment les in­di­vi­dus peuvent prendre em­prise sur leurs lieux de vie, à dis­tance des di­rec­tives ve­nues « d’en-haut », l’ar­tiste quitte peu à peu le seul re­gistre do­cu­men­taire pour pro­po­ser un uni­vers tra­ver­sé par la fic­tion­na­li­té, qu’il met en scène par des ex­po­si­tions, des pro­jets édi­to­riaux et des installations. Il pra­tique aus­si la re­col­lec­tion d’images, les réuti­lise d’une sé­rie à l’autre pour en faire des car­nets, comme avec le Ban des uto­pies, sorte de car­net in­time en mo­les­kine, ou cette ins­tal­la­tion, pro­po­sée à Lec­toure, qui évo­quait un ca­bi­net de lec­ture sis dans un pi­geon­nier, ou en­core cette « mise en marche » d’ano­nymes, in­dui­sant une forme de no­ma­disme chère à l’ar­tiste. Dans les es­paces po­reux et in­ter­mé­diaires, comme en chan­tier – Ave­nue Jen­ny et le Ban des uto­pies, à Nan­terre ; Oui, avec plai­sir, à la Villa Noailles ; Presque Île, à Hyères ; la Fa­brique du pré, à Nantes, etc. – le re­gard change, et le rap­port du corps à l’es­pace aus­si. S’ins­cri­vant dé­li­bé­ré­ment dans la com­mu­nau­té des ar­chi­tectes, ur­ba­nistes, pay­sa­gistes, et fai­sant équipe ici avec le de­si­gner Gré­go­ry La­coua, il in­vente un ob­jet pho­to­gra­phique hy­bride, mixte de sculp­ture et de mo­bi­lier, ap­pe­lant un usage in­édit du re­gard et im­pli­quant le corps et ses dé­pla­ce­ments face à l’oeuvre. Ici, trois pho­to­gra­phies trans­fé­rées sur des plaques de verre et su­per­po­sées font ap­pa­raître un pay­sage flot­tant, qui fait écho aux an­ciennes sté­réo­sco­pies. Mê­lant en strates suc­ces­sives na­ture, ville et ri­vage, ras­sem­blant ain­si l’es­sen­tiel de son propos théo­rique et plas­tique, Wei­ner crée sous nos yeux dé­chif­freurs une hé­té­ro­to­pie.

IN­VEN­TO­RIER L’IMA­GI­NAIRE

Les no­tions d’en­quête, d’ar­chive, de do­cu­ment et de col­lec­tion ne sont pas étran­gères à Ta­ryn Simon, fi­gure in­tel­lec­tuelle de l’art néo-concep­tuel, for­mée aux sciences hu­maines et so­ciales, et no­tam­ment à la sé­mio­lo­gie, qui peut être consi­dé­rée comme le mo­teur de sa re­cherche. Si ses dé­jà nom­breuses et im­pres­sion­nantes sé­ries in­ter­rogent la vie so­ciale, po­li­tique, éco­no­mique et re­li­gieuse des États-Unis, son at­ti­tude est certes cri­tique, mais garde tou­jours la dis­tance avec son ob­jet et ne se montre ja­mais dupe des ef­fets sup­po­sés de l’art sur le monde… Le Jeu de Paume a choi­si de mettre l’ac­cent sur le tra­vail de l’ar­tiste de­puis 2000, avec no­tam­ment les sé­ries The In­no­cents (2002), An Ame­ri­can In­dex of the Hid­den and Un­fa­mi­liar (2007), ou en­core Contra­band (2010) qui, cha­cune, do­cu­mente froi­de­ment une face ca­chée de l’Amé­rique. Ain­si, l’on sait que les pri­sons amé­ri­caines sont pour l’es­sen­tiel peu­plées de cri­mi­nels in­no­cen­tés a pos­te­rio­ri, la plu­part étant des Noirs, de mi­lieu so­cial dé­fa­vo­ri­sé. Simon n’en­tend pas se sub­sti­tuer au tra­vail de la jus­tice, mais elle confronte chaque su­jet in­no­cen­té au lieu pré­cis où sa vie a bas­cu­lé. De cette dé­marche ré­sultent des por­traits as­sez froids, sans émo­tion ni pa­thos : Simon n’est pas re­por­ter, et son but n’est certes pas d’ar­ra­cher des larmes au re­gar­deur. Le plus sou­vent, le tra­vail de Simon pré­voit un long dé­pla­ce­ment, une vé­ri­table odys­sée, avec l’in­tru­sion qua­si­ment illé­gale dans des lieux où l’on ne va guère. Dans An Ame­ri­can In­dex of the Hid­den and Un­fa­mi­liar, qui fait écho à la plus ré­cente Pic­ture Col­lec­tion (2012-13), elle dé­livre les se­crets de l’Amé­rique de­vant notre re­gard éba­hi : ici, dans une cen­trale ato­mique, une si belle pis­cine où, pour­tant, sont gar­dées et re­froi­dies les barres usées d’ura­nium – bref, une bombe der­rière la beau­té des re­flets bleu­tés… Là, le pre­mier dis­po­si­tif de cryo­gé­ni­sa­tion, ou en­core ce ma­gni­fique tigre blanc aux yeux bleus dont l’on ap­prend pour­tant que, is­su de mul­tiples croi­se­ments et sé­lec­tions, il peine à se te­nir de­bout et souffre de nom­breux han­di­caps : fo­lie des gé­né­ti­ciens… Ailleurs, cette femme dans un bloc opé­ra­toire, jambes écar­tées, qui at­tend la re­cons­truc­tion de son hy­men pour être de nou­veau at­trac­tive sur le mar­ché du ma­riage que lui im­pose sa re­li­gion… Pour la sé­rie Contra­band, l’ar­tiste a pas­sé quatre jours et nuits en­tiers aux cô­tés des doua­niers de l’aé­ro­port Ken­ne­dy, photographiant tout ce qui peut être in­ter­dit en en­trant en Amé­rique, soit 1075 ob­jets, les clas­sant par ca­té­go­ries sous nos yeux à la fois in­cré­dules et fas­ci­nés, dans des cais­sons de plexi­glas qui se font sculp­tures : ci­ga­rettes par mil­liers et pipes à opium, pro­duits érec­tiles, « drogue du vio­leur », ani­maux in­ter­dits de toutes es­pèces, im­man­quables contre­fa­çons Vuit- ton et, bien sûr, billets et armes. In­ven­to­rier le réel et l’ima­gi­naire de l’Amé­rique, telle semble bien la tâche in­fi­nie et ha­ras­sante que s’est fixée Simon, no­tam­ment dans l’im­pres­sion­nante sé­rie Pic­ture Col­lec­tion, qui ex­plore ce que fut, bien avant Google et le Net, l’ex­tra­or­di­naire bi­blio­thèque pu­blique de New York, créée au dé­but du 20e siècle, où se trouvent ras­sem­blées 1,29 mil­lion d’images et que Simon a re­clas­sées par « fa­milles ico­no­gra­phiques » – se rap­pe­lant que ce fonds a été une source d’ins­pi­ra­tion in­éga­lée pour cher­cheurs, so­cio­logues, ci­néastes, ar­tistes, publicitaires, etc. Simon pose ain­si le re­gard d’une ar­chéo­logue sur ce qui a nour­ri la so­cié­té amé­ri­caine – et au-de­là – du 20e siècle. Dans une sorte de pa­ra­doxale hy­bris du concept, Ta­ryn Simon s’est don­né pour but d’em­bras­ser la to­ta­li­té des si­gni­fiants d’une so­cié­té. Pa­ra­doxa­le­ment, l’oeuvre qui en ré­sulte a quelque chose de mons­trueux, certes, mais pré­serve aus­si une grande dis­tance par rap­port à son ob­jet.

Cy­rille Wei­ner, Twice, ga­le­rie Laurent Mueller (com­mis­saire : M. Pil­ven (12 fé­vrier - 14 mars). Un livre d’ar­tiste ac­com­pagne l’ex­po­si­tion (éd. 19/80). Ta­ryn Simon, Jeu de Paume, Pa­ris (23 fé­vrier - 16 mai), Al­mine Rech Gal­le­ry, Pa­ris (21 fé­vrier - 14 mars) et Le Point du jour, Cher­bourg (24 fé­vrier - 17 mai).

I find it hard to write this co­lumn so soon af­ter the des­pi­cable ji­ha­di at­tacks. In such a tra­gic context, how can you write about pho­to­gra­phy? As if it were some sort of slight­ly vain and su­per­fluous ac­ti­vi­ty. As if it were point­less. And fi­nal­ly, why is it that no pho­to­graph—with the pos­sible ex­cep­tion of John Heart­field’s violent an­ti-Na­zi pho­to­mon­tages—has ever been able to at­tain the po­wer to shock and white heat of an in­so­lent, anar­chist car­toon, as sharp and pier­cing as an arrow of thought? I’m just as­king. The be­gin­ning of the year tur­ned out to be a slow pe­riod for pho­to­gra­phy. Few me­mo­rable ex­hi­bi­tions, ma­ny for­get­table ones,

like the Mar­tin Parr show har­ping on his dis­taste for mass tou­rism and bold­face names. But then there was An­ni Leppälä and the ma­gic of her young girls. Jür­gen Nefz­ger is con­ti­nuing his convin­cing work on land­scapes on the outs­kirts of Ma­drid af­ter the hou­sing mar­ket col­lapse, and Fe­mi­na ou la ré­ap­pro­pria­tion des mo­dèles, as this co­lumn is being writ­ten, has pro­vo­ked a de­bate among Is­la­mists be­cause of the in­clu­sion of an ins­tal­la­tion by Zou­li­kha Bouab­del­lah, Si­lence. This show pro­mises to re­de­fine the role of wo­men in con­tem­po­ra­ry art. But ne­ver­the­less, the ar­tists I’ve cho­sen to high­light here are Cy­rille Wei­ner and Ta­ryn Simon.

HOW TO AP­PRO­PRIATE SPACE?

Ba­sing his work on exac­ting in­ves­ti­ga­tions of places, Wei­ner constant­ly in­ter­ro­gates the ap­pro­pria­tion of space and es­pe­cial­ly its fringes and sites of trans­for­ma­tion. Obs­ti­na­te­ly as­king him­self how in­di­vi­duals are able to take over the spaces where they live, at a dis­tance from di­rec­tives from on high, lit­tle by lit­tle this ar­tist leaves the do­cu­men­ta­ry mode to of­fer a world full of sta­ged fic­tions, th­rough ex­hi­bi­tions, pu­bli­shing pro­jects and installations. He al­so re­con­tex­tua­lizes images, using them from one series to ano­ther to make up no­te­books, like Le Ban des uto­pies, a kind of mo­les­kine dia­ry; his ins­tal­la­tion in Lec­toure, a rea­ding room si­tua­ted in a pi­geon cage; and his “set­ting in­to mo­tion” of ano­ny­mous people, pro­du­cing a kind of no­ma­dism this ar­tist is fond of. In spaces that seem as po­rous and in­ter­me­dia­ry as a construction site— Ave­nue de Jen­ny and Le Ban des uto­pies in Nan­terre; Oui, avec plai­sir at the Villa Noailles; Presque Île at Hyères; La Fa­brique du pré in Nantes, etc., the re­la­tion­ship bet­ween the bo­dy and spaces changes along with the chan­ging gaze. De­li­be­ra­te­ly as­so­cia­ting him­self with the com­mu­ni­ty of ar­chi­tects, ci­ty plan­ners and land­sca­pers, and here tea­ming up with the de­si­gner Gré­go­ry La­coua, he in­vents hy­brid pho­to­gra­phic ob­jects, a mash-up of sculp­ture and furniture that en­cou­rages us to see in an unu­sual way The bo­dy and its mo­ve­ments art part of the art­work. This ef­fect is all the stron­ger in a piece where th­ree pho­tos were trans­fer­red on­to sheets of glass. When su­per­im­po­sed, they bring in­to view a floa­ting landscape in a way re­mi­nis­cent of old-time ste­reo­scopes. Mixing suc­ces­sive stra­ta of na­ture, ci­ty and ri­ver­side, thus concen­tra­ting his theo­re­ti­cal and vi­sual mes­sage, Wei­ner creates a he­te­ro­to­pia be­fore our de­co­ding eyes.

INVENTORYING THE IMA­GI­NA­RY

The concepts of in­ves­ti­ga­tion, ar­chive and do­cu­ment are all fa­mi­liar to Ta­ryn Simon, an outs­tan­ding in­tel­lec­tual fi­gure in con­cep­tual art who was trai­ned in the na­tu­ral and so­cial sciences, no­ta­bly se­mio­tics, which could be consi­de­red her search en­gine. Her ma­ny and im­pres­sive in­ves­ti­ga­tive series pro­bing so­cial eco­no­mic, po­li­ti­cal and re­li­gious is­sues in the U.S. are cri­ti­cal but always main­tain a cer­tain dis­tance from their ob­ject of stu­dy. She ne­ver gives in to the illu­sion that art can change the world. The Jeu de Paume has cho­sen to fo­re­ground this ar­tist’s work since 2000, fea­tu­ring series such as The In­no­cents (2002), An Ame­ri­can In­dex of the Hid­den and Un­fa­mi­liar (2007) and Contra­band (2010), each cold­ly do­cu- men­ting America’s dark side. For ins­tance, it is known that Ame­ri­can pri­sons are full of people who were wrong­ful­ly convic­ted, most of them mi­no­ri­ty people from im­po­ve­ri­shed back­grounds. Simon’s work does not seek to cor­rect the wor­kings of the jus­tice sys­tem; what she does, ra­ther, is to pho­to­graph people whose convic­tions have been over­tur­ned at the exact site where their lives were interrupted. The re­sults of this ap­proach are ra­ther cold, with no emo­tion or pa­thos. Simon is not a re­por­ter, and her aim is de­fi­ni­te­ly not to bring tears to the vie­wer’s eyes. Usual­ly her work in­volves ex­ten­ded tra­vel, a real odys­sey, with an al­most ille­gal in­tru­sion in­to a place where few people ever go. In An Ame­ri­can In­dex of the Hid­den and Un­fa­mi­liar, in some ways a pre­de­ces­sor of the more recent Pic­ture Col­lec­tion (2012-13), she re­veals America’s se­crets to our as­to­ni­shed eyes. What looks like a lo­ve­ly swim­ming pool is a cold sto­rage fa­ci­li­ty in a nu­clear po­wer plant for de­ple­ted ura­nium bars—what lies un­der the beau­ti­ful blue re­flec­tions is a bomb. A cryo­pre­ser­va­tion unit holds two corpses. A ma­gni­ficent white ti­ger with blue eyes, pro­du­ced, it turns out, by se­lec­tive in­bree­ding, can hard­ly stand and suf­fers mul­tiple phy­si­cal and men­tal han­di­caps, tes­tament to ge­ne­ti­cist prac­tices gone wild. A wo­man lying spread-leg­ged on an ope­ra­ting awaits table awaits the sur­gi­cal re­cons­truc­tion of her hy­men so that she can once again be­come ap­pea­ling on the marriage mar­ket re­gu­la­ted by her re­li­gion. For her Contra­band series, Simon spent four days and nights with cus­toms ins­pec­tors at JFK air­port, pho­to­gra­phing ob­jects not al­lo­wed to be brought in­to the U.S., 1,075 in all, or­ga­ni- zed in­to in­cre­dible and fas­ci­na­ting ca­te­go­ries, thrown in­to Plexi­glas contai­ners that thus be­come sculp­tures: thou­sands of packs of ci­ga­rette car­tons and opium pipes, “date rape” drugs, “erec­tile dys­func­tion me­di­ca­tions,” all kinds of pro­hi­bi­ted ani­mals and ani­mal parts, the in­evi­table coun­ter­feit Vuit­ton hand­bags, coun­ter­feit ti­ckets and of course wea­pons. Simon seems to have ta­ken on the end­less and ex­haus­ting task of inventorying all that is real or ima­gi­na­ry in America. This is es­pe­cial­ly evident in the series Pic­ture Col­lec­tion, which ex­plores the ex­traor­di­na­ry New York Pu­blic Li­bra­ry pho­to ar­chives. Es­ta­bli­shed in the ear­ly twen­tieth cen­tu­ry be­fore Google and the Net, it holds 1.29 mil­lion news­pa­per and ma­ga­zine clip­pings that Simon has re­clas­si­fied in­to “ico­no­gra­phic fa­mi­lies,” a re­fe­rence to the way this col­lec­tion was a unique source of ins­pi­ra­tion for re­sear­chers, so­cio­lo­gists, film­ma­kers, ar­tists, ad­ver­ti­sing agen­cies, etc. The re­sult is an ar­cheo­lo­gist’s take on the wells­prings of Ame­ri­can culture in the past cen­tu­ry and since. In a kind of pa­ra­doxi­cal twist on the hu­bris of con­cep­tual art, Simon has set out to em­brace the to­ta­li­ty of her so­cie­ty’s si­gni­fiers. Pa­ra­doxi­cal­ly, the re­sul­ting art is mons­trous, in a way, but it re­tains a high­ly dis­tan­ced re­la­tion­ship with its sub­jects. Trans­la­tion, L-S Tor­goff

Cy­rille Wei­ner. « Presque île » (sé­rie). 2009. C-print contre­col­lé sur alu­mi­nium, en­ca­dré. 60 x 80 cm. (Court. ga­le­rie L. Mueller). “Pe­nin­su­la” series Ta­ryn Simon. « Hy­me­no­plas­ty Cos­me­tic Sur­ge­ry, PA Fort Lau­der­dale, Flo­ri­da ». Ti­rage chro­mo­gène. 94,6 x 113,7 cm. (Court. de l’ar­tiste © 2014 Ta­ryn Simon)

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