Yves Chau­douët

Art Press - - EXPOSITIONS - Jean-Marc Hui­to­rel

La Criée / 13 mars - 17 mai 2015 En se ré­fé­rant à la triade de Ray­mond Que­neau, « Cou­rir les rues, battre la campagne, fendre les flots », So­phie Ka­plan, la di­rec­trice de La Criée, pro­pose une for­mule in­édite qui consiste à as­so­cier un ar­tiste à la sai­son de pro­gram­ma­tion pour une ex­po­si­tion col­lec­tive, une per­son­nelle et di­verses in­ter­ven­tions. Après Jan Kopp et avant Ariane Michel, voi­ci Yves Chau­douët in­vi­té à « battre la campagne ». Et ce­la convient à cet ar­tiste aty­pique qui se re­ven­dique jar­di­nier, dans le double sens de l’in­jonc­tion vol­tai­rienne : « Il faut culti­ver notre jar­din. » On a pu pen­ser que Chau­douët se dis­per­sait à pra­ti­quer toutes sortes de dis­ci­plines (la pein­ture, le mo­no­type, les ob­jets en verre, le spec­tacle vi­vant, la pho­to­gra­phie, le ci­né­ma, l’écri­ture…). Non seule­ment il n’en est rien, mais, ce fai­sant, il sert au mieux sa pro­pen­sion à l’aven­ture et au jeu, et plus en­core la consis­tance de son pro­pos. À cette liste dé­jà fournie, il convient dé­sor­mais d’en ajou­ter une, celle de cu­ra­teur. En ef­fet, avec la com­pli­ci­té de So­phie Ka­plan, il avait pro­po­sé, en dé­cembre-jan­vier, Al­ler de­hors, qui réunis­sait des gens tra­vaillant aux marges des ca­té­go­ries ad­mises (entre autres l’ar­chi­tecte et ar­tiste Ca­the­rine Ran­nou, le jar­di­nier et bo­ta­niste Mark Brown aux in­croyables mi­cro-tis­sages co­lo­rés, le peintre et gra­phiste Paul Cox ou en­core le do­cu­men­ta­riste Antoine Bou­tet qui, dans le Plein Pays, filme au plus près un homme bien étrange et mar­gi­nal). S’il n’en si­gna que la scé­no­gra­phie, il était dif­fi­cile ce­pen­dant de ne pas voir dans cet en­semble une bonne part des pré­oc­cu­pa­tions de l’ar­tiste Chau­douët. La Table gronde est le titre de l’ex­po­si­tion per­son­nelle. Gronde entre grande et ronde. Oc­cu­pant l’es­sen- tiel de l’es­pace au sol de La Criée, la par­tie cen­trale d’une im­mense table ; le « hors-champ » si l’on peut dire, les parts du cercle im­pos­sibles à ca­ser ici, se trouvent ins­tal­lées en deux en­droits éloi­gnés, hors de la ville, au Bout du plon­geoir (lieu d’ex­pé­ri­men­ta­tions ar­tis­tiques au Ma­noir de Ti­zé en Tho­ri­gné-Fouillard) et au Théâtre de Poche de Hé­dé. Gronde en­core parce que notre époque manque cruel­le­ment de dé­li­bé­ra­tion : entre la table des chevaliers et la salle ca­pi­tu­laire. Sur les murs, vingt-quatre pe­tites pein­tures à l’huile sur bois : à l’ex­cep­tion d’une huître, des por­traits d’amis et de proches. Des por­traits à l’an­cienne, is­sus de longues séances de pose, pon­cés à chaque fois, faux pa­limp­sestes : on re­tranche et on re­tient. Le ré­sul­tat ? Des pré­sences proches de l’icône, à l’op­po­sé des images cou­rantes. De vraies pein­tures, comme on en voit peu. Dans les pe­tites salles, deux films. Le plus long est une fic­tion qui s’in­ti­tule la Mue, où ceux qui ont lu le der­nier livre de Chau­douët ( Es­sai la pein­ture, Actes Sud, 2014) ver­ront comme des frag­ments d’adap­ta­tion : au­to­bio­gra­phie in­tel­lec­tuelle d’un ar­tiste en constante mu­ta­tion. Là, comme dans les pein­tures et dans le livre, les mo­tifs ré­cur­rents de l’oeuvre s’af­firment avec force et clar­té : la source du pro­ces­sus créa­tif, les rites de pas­sage, la grotte et le four, vi­sages et pay­sages. Chaque ex­pé­rience me­née jus­qu’à son terme, jus­qu’aux ul­times consé­quences du mé­dium. Re­fer­ring to Ray­mond Que­neau’s triad, “Run­ning the streets, wan­de­ring the coun­try, breas­ting the waves,” So­phie Ka­plan, di­rec­tor of La Criée, has put to­ge­ther a new formula, in­vol­ving an ar­tist not on­ly for a so­lo show but al­so as a pre­sence th­rou­ghout the sea­son, taking part in a group show and ma­king va­rious in­ter­ven­tions. Af­ter Jan Kopp and be­fore Ariane Michel, it is the turn of Yves Chau­douët to “wan­der the coun­try.” And that suits this unu­sual ar­tist who calls him­self a gar­de­ner, in the Vol­tai­rean sense (“We must culti­vate our gar­den”). Gi­ven all the dis­ci­plines Chau­douët prac­tices (pain­ting, mo­no­type, glass ob­jects, per­for­ming, pho­to­gra­phy, ci­ne­ma, wri­ting), one might as­sume that he was di­lu­ting his ta­lent, but not at all. In fact, this po­ly­dis­ci­pli­na­ri­ty re­leases his pro­pen­si­ty for ad­ven­ture and play, and on­ly heigh­tens the con­sis­ten­cy of what he does. And now ano­ther ac­ti­vi­ty needs to be ad­ded to the list: cu­ra­tor. With Ka­plan’s ba­cking, in De­cem­berJa­nua­ry he pro­po­sed Al­ler de­hors, brin­ging to­ge­ther people wor­king on the mar­gins of ack­now­led­ged ca­te­go­ries (in­clu­ding the ar­chi­tect and ar­tist Ca­the­rine Ran­nou, the gar­de­ner and bo­ta­nist Mark Brown with his in­cre­dible mi­cro-weaves, the pain­ter and gra­phic de­si­gner Paul Cox, and the do­cu­men­ta­ry ma­ker Antoine Bou­tet, who, in Le Plein Pays, films a strange, mar­gi­nal man in ex­treme close-up). Al­though he on­ly de­si­gned the dis­play, it was dif­fi­cult not to see this en­semble as re­flec­ting ma­ny of the concerns of Chau­douët the ar­tist. La Table gronde [The Table Thun- ders or growls, but with echoes of Round Table] is the title of the so­lo show. Taking most of the floor space at La Criée is the cen­tral part of a huge table; what is “out­side the frame” (to put it like that), that is, the parts of the circle that can­not be contai­ned here, are ins­tal­led in two re­mote places, out­side the ci­ty, at the Bout du Plon­geoir (a place for ar­tis­tic ex­pe­riment at the Ma­noir de Ti­zé in Tho­ri­gné-Fouillard) and at the Théâtre de Poche in Hé­dé. The gronde al­so re­fers to the fact that our age is cruel­ly la­cking in deliberation: bet­ween the knights’ table and the chap­ter room. On the walls, twen­ty-four lit­tle oil pain­tings, all (ex­cept one sho­wing an oys­ter) por­traits of friends and fa­mi­ly. These are old-style por­traits, the re­sult of long sit­tings, each one made using poun­cing; false pa­limp­sests. Things are re­mo­ved and others kept. The re­sult? Pre­sences ver­ging on the ico­nic, the op­po­site of eve­ry­day images. True pain­tings, the kind you ra­re­ly see. Two films are sho­wing in the small rooms. The lon­ger one is a fic­tion tit­led La Mue, which those who have read it will see it as frag­ments of an adap­ta­tion of Chau­douët’s la­test book ( Es­sai la pein­ture, Actes Sud, 2014), an in­tel­lec­tual au­to­bio­gra­phy of an ar­tist who is constant­ly chan­ging. Here, as in the pain­tings and in the book, re­cur­rent mo­tifs from the work are put for­ward with great power and cla­ri­ty: the source of the crea­tive pro­cess, rites of pas­sage, grot­to and oven, faces and land­scapes. Each ex­pe­rience is ta­ken to the li­mits, to the ul­ti­mate conse­quences of the me­dium.

Translation, C. Pen­war­den

À gauche / left: « Le mo­dèle et les élé­ments ». 2015. Vi­déo HD sté­réo­sco­pique so­nore. “Mo­del and Ele­ments.” À droite / right: « La Mue ». 2015. Vi­déo so­nore. (Court. Y. Chau­douët / E. von Baeyer, Londres). “The Change”

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