Ta­kis

Art Press - - REVIEWS - Ca­the­rine Millet

Pa­lais de To­kyo / 18 fé­vrier - 17 mai 2015 Cal­der a in­tro­duit dans la sculp­ture le ba­lan­ce­ment non­cha­lant, Tin­gue­ly l’érup­tion hys­té­rique, et Ta­kis le trem­ble­ment, le fré­mis­se­ment, le fris­son, aux­quels s’ajoute par­fois l’égrè­ne­ment so­nore. On vé­ri­fie l’éten­due de son re­gistre au Pa­lais de To­kyo qui, avec pour com­mis­saire l’an­cien di­rec­teur du Mu­sée na­tio­nal d’art mo­derne, Al­fred Pac­que­ment, lui consacre une belle ex­po­si­tion. Ce n’est pas une vraie ré­tros­pec­tive, mais les prin­ci­pales étapes de l’oeuvre sont tou­te­fois en­vi­sa­gées et trouvent par­fai­te­ment leur place dans les es­paces contras­tés du mu­sée. Le vi­si­teur avance dans la grande courbe entre, à gauche, un mur blanc par­se­mé d’ai­mants qui at­tirent à eux des formes mé­tal­liques vi­brant im­per­cep­ti­ble­ment, re­te­nues qu’elles sont par des fils at­ta­chés au pla­fond, et, à droite, un long et large ru­ban rouge où court une ligne mé­tal­lique qui af­fole la bous­sole que le gar­dien lui a re­mise. Puis il longe un mur mu­si­cal fait de pan­neaux blancs ac­cro­chés sur un fond noir. Ceux-ci dis­si­mulent des élec­troai­mants qui at­tirent l’ai­guille qui, par in­ter­mit­tence, heurte une corde en pro­dui­sant une note étrange et puis­sante. Dans une salle plus fer­mée, on vi­site une re­cons­ti­tu­tion du Siècle de Kaf­ka, ins­tal­la­tion qui avait été réa­li­sée en 1984 au Centre Pom­pi­dou. Des corps hu­mains en bronze sont comme dé­mem­brés par d’an­tiques ma­chines. Am­biance kaf­kaïenne, en ef­fet, plon­gée dans la lu­mière hé­si­tante d’am­poules au mer­cure. C’est là que l’on croise les élé­ments les moins convain­cants de l’oeuvre, ces corps mu­ti­lés (dont un im­pres­sion­nant acé­phale très phal­lique) qui, par contraste avec les grosses am­poules à tête de mé­duse qui trônent sur leur sup­port de mé­tal et de câbles em­mê­lés, prennent une tour­nure pom­pier. Fas­ci­né par les forces in­vi­sibles du ma­gné­tisme et des élec­trons, Ta­kis a vou­lu, à un mo­ment don­né, rendre aus­si per­cep­tibles les mys­té­rieuses par­ti­cules élé­men­taires du dé­sir. Le ré­sul­tat est un peu lourd, ce qui est d’au­tant plus dom­mage que l’art de Ta­kis vient de Gia­co­met­ti et que ses Si­gnaux, pré­sen­tés au fond de la salle courbe, dans la par­tie sur­éle­vée, comme s’ils étaient sur une scène de théâtre, ont une beau­té gra­cile. Ce sont des cli­gno- tants, des frag­ments d’ou­tils, des dé­chets de mé­taux, fixés sur de hautes et flexibles tiges. L’une des tiges qui en porte une autre très fine évoque bien sûr quelque lan­ceur de ja­ve­lot an­tique. Le pri­mi­ti­visme tech­no­lo­gique de Ta­kis a sou­vent été sou­li­gné. Il y est res­té fi­dèle à l’ère in­for­ma­tique, non par nos­tal­gie mais par une concep­tion païenne qui trouve dans la nature maî­tri­sée – les ai­mants, l’élec­tri­ci­té – une nour­ri­ture pour l’ima­gi­naire que les or­di­na­teurs, me semble-t-il, ne nous donnent pas, ou beau­coup moins, peut-être parce que nous y sommes plus sou­mis et qu’ils nous rendent un peu bêtes. Si l’on com­pare aux moyens dont dis­posent des ar­tistes plus jeunes, la pau­vre­té de ceux aux­quels Ta­kis, qui au­ra 90 ans en oc­tobre pro­chain, a choi­si de se te­nir, on se dit que cette pau­vre­té est la ga­rante d’une grande élé­gance. Cal­der in­tro­du­ced a non­cha­lant swin­ging mo­tion in­to sculp­ture; Tin­gue­ly, a hys­te­ri­cal ex­plo­si­ve­ness; and Ta­kis, a qui­ve­ring, trem­bling mo­ve­ment ac­com­pa­nied on oc­ca­sion by au­ral ti­cking. His re­gis­ter can be gau­ged at the Pa­lais de To­kyo, where Al­fred Pac­que­ment, for­mer di­rec­tor of the Mu­sée d’Art Mo­derne, has cu­ra­ted a fine show which, if not exact­ly a re­tros­pec­tive, does in­di­cate the main phases of his de­ve­lop­ment in a layout that perfectly fits this ve­nue’s contras­ting spaces. Vi­si­tors en­ter the cur­ving gal­le­ry and, on the left, a white wall with ma­gnets scat­te­red over it at­tract me­tal forms that vi­brate dis­creet­ly, held in place by wires han­ging from the cei­ling: on the right, a long, wide red rib­bon has a me­tal line run­ning through it which sends the com­pass we are gi­ven by the at­ten­dant hay­wire. Then comes a wall on which white pa­nels are fixed to a black ground, hi­ding elec­tro­ma­gnets that at­tract the needle which, in­ter­mit­tent­ly, comes up against a cord, ma­king a strange, po­wer­ful sound. In a more en­clo­sed space, we visit a re­crea­tion of Le Siècle de Kaf­ka, the ins­tal­la­tion Sar­kis crea­ted at the Pom­pi­dou in 1984. Here, bronze human fi­gures are ap­pa­rent­ly being dis­mem­be­red by an­cient ma­chines in a Kaf­kaesque pe­nal co­lo­ny ba­thed in the un­cer­tain light from mer­cu­ry bulbs. Here we find the least con­vin­cing side of Ta­kis’s work, in that these mu­ti­la­ted bo­dies (in­clu­ding a ve­ry phal­lic head­less crea­ture) take on a ra­ther over-em­pha­tic qua­li­ty in re­la­tion to the jel­ly­fish-sha­ped light bulbs on their me­tal stands and the tangled cables. Here, in ad­di­tion to the in­vi­sible forces of ma­gne­tism and mo­ve­ments of elec­trons, it seems that Ta­kis wan­ted to bring in­to play the “ele­men­ta­ry par­ticles” of de­sire. The re­sult is a bit hea­vy-han­ded, which is all the more a shame in that Ta­kis is an heir of Gia­co­met­ti and his Si­gnals (pre­sen­ted here in the rai­sed part of the cur­ved gal­le­ry, as if on a stage) have a slen­der beau­ty to them. They are fla­shing lights bits of tools, scrap me­tal, all set on tall, flexible stems. One of the rods car­rying ano­ther, ve­ry fine one inevitably evokes an an­cient ja­ve­lin th­ro­wer. Ob­ser­vers of­ten talk about Ta­kis’s tech­no-pri­mi­ti­vism. Cer­tain­ly, he conti­nues to be ins­pi­red by pre-IT tech­no­lo­gies, not out of nos­tal­gia but be­cause he has a pa­gan concep­tion of control­ling nature— by ma­gnets and elec­tri­ci­ty—that sti­mu­lates the ima­gi­na­tion in a way that, it seems to me, com­pu­ters don’t, or at least much less (per­haps be­cause our de­pen­dence on them makes us a lit­tle dumb). If we com­pare these re­sources to what youn­ger ar­tists have at their dis­po­sal, it can be said that the po­ver­ty es­pou­sed by Ta­kis (who will be ni­ne­ty this Oc­to­ber) is a gua­ran­tee of real ele­gance.

Translation, C. Pen­war­den

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