Ma­lades men­taux ou dan­ge­reux idéo­logues ?

News­peak, old and new dan­gers

Art Press - - ÉDITO -

Les écri­vains ont du sou­ci à se faire. Les an­ciens comme les ac­tuels. Si, à Dieu ne plaise, ve­nait à être vo­tée la ré­forme des col­lèges vou­lue par Mme Na­jat Val­laud-Bel­ka­cem, ré­forme concoc­tée par les res­pon­sables des nou­veaux pro­grammes d’his­toire et de soi-di­sant pé­da­gogues oc­cu­pés, en vé­ri­té, aux basses-oeuvres d’une dé­mo­li­tion de la langue fran­çaise, il est à pré­voir que dans peu de temps, la lit­té­ra­ture, pas­sée et pré­sente, de­vien­drait ri­gou­reu­se­ment illi­sible. Ima­gi­nons un Mon­ther­lant qui, au­jourd’hui, écri­rait sur le sport. Pour être en­ten­du, se­lon les al­lu­més Dia­foi­rus d’au­jourd’hui, il ne pour­rait plus écrire qu’il as­siste à un match de foot­ball ou de ten­nis, il de­vrait écrire qu’il as­siste à « la re­cherche du gain d’un duel mé­dié par une balle ou un vo­lant ». Et s’il s’agis­sait d’un match de boxe, il n’écri­rait plus vul­gai­re­ment que les deux ad­ver­saires sont prêts à se battre pour ga­gner, il au­rait à tor­tiller de la plume pour an­non­cer qu’ils se pré­parent à « vaincre un ad­ver­saire en lui im­po­sant une do­mi­na­tion sym­bo­lique et co­di­fiée ». Pas­sant à une com­pé­ti­tion de na­ta­tion entre élèves, le­dit Mon­ther­lant, de­vrait veiller à ne sur­tout pas dire qu’ils vont na­ger dans une pis­cine proche de leur col­lège, mais qu’ils « de­vront se dé­pla­cer de fa­çon au­to­nome dans un mi­lieu aqua­tique pro­fond stan­dar­di­sé ». Quant à la ba­balle avec la­quelle joue le chien d’un ga­min de la Creuse, ou le bal­lon avec le­quel dribble le fils d’un épi­cier de Saint-De­nis, qu’il ne les nomme sur­tout pas balle ou bal­lon, mais « ob­jets bon­dis­sants ». Les Pré­cieuses de Mo­lière li­sant la nov­langue des fonc­tion­naires du CSP (Conseil su­pé­rieur des pro­grammes) n’en croi­raient pas leurs yeux. Certes, elles mé­ta­pho­ri­saient et pé­ri­phra­saient beau­coup, mais non sans raf­fi­ne­ment. Pour « être vues », elles di­saient « en com­mo­di­té d’être vi­sibles » (comme nos po­li­tiques pour faire in­tel­los, croient-ils, ne disent plus « ca­pables de », mais en « ca­pa­ci­té de ») ; les sièges sur les­quels elles po­saient leur dé­li­cat pos­té­rieur étaient jo­li­ment nom­més « les com­mo­di­tés de la conver­sa­tion ». Hé­las, nos res­pon­sables des pro­grammes sco­laires ne sont pas que d’in­of­fen­sifs Tris­so­tins. Ce sont de dan­ge­reux idéo­logues ayant la res­pon­sa­bi­li­té de for­mer les fu­turs ci­toyens de la na­tion ; ce sont des dé­ma­gogues, convain­cus que pour s’adres­ser aux « basses classes » de la so­cié­té, pour être en­ten­dus no­tam­ment par les pa­rents des élèves is­sus des quar­tiers dits dé­fa­vo­ri­sés, on doit par­ler le gro­tesque cha­ra­bia qu’ils tam­bouillent dans les cui­sines de leur mi­nis­tère. Ces contor­sions rhé­to­riques, bé­nies par les po­li­tiques au pou­voir, par la Mi­nistre elle-même, très pro­té­gée par son Pre­mier mi­nistre, pour­raient ap­pa­raître dans un pre­mier temps comme les signes d’un lé­ger dé­ran­ge­ment men­tal dont se­raient vic­times leurs au­teurs. L’in­quié­tant, c’est que ces si­ma­grées lan­ga­gières vont de pair avec une ré­forme gé­né­rale des pro­grammes dont la presse, de droite comme de gauche, s’est émue (cf. no­tam­ment l’in­ter­ven­tion de Pascal Bru­ck­ner dans Fi­ga­ro du 25 avril, l’édi­to de Laurent Jof­frin dans Li­bé­ra­tion du 23 avril). Ain­si, pour par­ler la nov­langue, foin du grec, du la­tin et de l’al­le­mand ! Quant à l’en­sei­gne­ment de l’his­toire, l’af­faire est plus sé­rieuse : re­com­man­der la connais­sance de l’is­lam, c’est bien, le faire aux dé­pens de celle des Lu­mières et de la chré­tien­té mé­dié­vale, c’est pour le moins cré­tin, vu les temps trou­blés qui s’an­noncent. Au fait, quel était le titre du der­nier livre de Michel Houel­le­becq ?

Jacques Hen­ric Wri­ters should be wor­ried. Both the dead and the li­ving. If—God for­bid—the edu­ca­tio­nal re­form de­si­red by mi­nis­ter Na­jat Val­laudBel­ka­cem and concoc­ted by those of­fi­cial­ly in charge of the new his­to­ry pro­grams (and unof­fi­cial­ly, gra­ve­dig­gers of the French lan­guage) is pas­sed by the le­gis­la­ture, there is a real chance that li­te­ra­ture both past and present will be­come ille­gible. Ima­gine Mon­ther­lant trying to write about sport in kee­ping with the gui­de­lines laid down by today’s “pe­da­gogues”: ra­ther than saying he wat­ched a ten­nis or bad­min­ton­match, he would have to talk about ob­ser­ving “an at­tempt to win a duel me­dia­ted by a ball or shut­tle­cock.” And if the sport was boxing, he wouldn’t be able to talk about the ad­ver­sa­ries figh­ting to win, but would need to say that they sought to “van­quish an ad­ver­sa­ry by im­po­sing a sym­bo­lic, co­di­fied do­mi­na­tion.” And if school stu­dents were taking part in a swim­ming com­pe­ti­tion, ra­ther than say they were going to a pool close by their school, he would say that they were “mo­ving au­to­no­mous­ly in a stan­dar­di­zed deep aquatic mi­lieu.” And as for a dog in the coun­try playing with a round piece of rub­ber, or a ci­ty kid playing soc­cer in the street, for hea­vens’ sake don’t call the thing a ball: “bouncing ob­ject,” if you please. Rea­ding this news­peak concoc­ted by the Conseil Su­pé­rieur des Pro­grammes, the Pré­cieuses sa­ti­ri­zed by Mo­lière would be in for a shock. True, they in­dul­ged hea­vi­ly in me­ta­phor and per­iphra­sis: ins­tead of “being seen” they said “in com­mo­di­ty of being vi­sible” (just as our po­li­ti­cians, trying to be in­tel­lec­tual, say “in ca­pa­ci­ty to” ins­tead of “ca­pable of”), and the seats on which they pla­ced their de­li­cate pos­te­riors were pret­ti­ly named “the com­mo­di­ties of conver­sa­tion.” Sad­ly, the people in charge of our schools pro­grams are not so harm­less. They are dan­ge­rous ideo­logues res­pon­sible for trai­ning fu­ture French ci­ti­zens. They are de­ma­gogues who be­lieve that, in or­der to speak to the “lo­wer classes” of so­cie­ty, and to be heard in par­ti­cu­lar by pa­rents in so-cal­led di­sad­van­ta­ged neigh­bo­rhoods, they need to speak to them in the gro­tesque gob­ble­dy­gook co­oked up in their mi­nis­try. These rhe­to­ri­cal con­tor­tions, sanc­tio­ned by the po­li­ti­cians in power, and by the mi­nis­ter her­self, who en­joys the pro­tec­tion of her prime mi­nis­ter, might on first im­pres­sion come across as the si­gns of a slight men­tal de­ran­ge­ment af­flic­ting their au­thors. The wor­rying thing is that this gro­tesque lan­guage goes hand in hand with a general re­form of the teaching cycle that has been at­ta­cked from both sides of the po­li­ti­cal spec­trum, both right (see Pascal Bru­ck­ner in Le Fi­ga­ro on April 25) and left (Laurent Jof­frin’s edi­to­rial in Li­bé­ra­tion on April 23). These people see no need for Greek, La­tin or Ger­man. Stu­pid en­ough. But when it comes to his­to­ry, things get more se­rious: to re­com­mend know­ledge of Is­lam is good, but to do so at the ex­pense of the En­ligh­ten­ment and me­die­val Ch­ris­tia­ni­ty, is cre­ti­nous at the ve­ry least, gi­ven the tur­bu­lent times that sur­ely lie ahead. Now, what was the title of that no­vel by Michel Houel­le­becq that came out re­cent­ly?

Jacques Hen­ric Translation, C. Pen­war­den

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