Markus Lüpertz

Art Press - - REVIEWS - Phi­lippe Du­cat

Mu­sée d’Art mo­derne de la Ville de Paris / 17 avril - 19 juillet 2015 Lors­qu’en 1981, Markus Lüpertz se confronte à ses pre­mières sculp­tures, ça fai­sait une bonne ving­taine d’an­nées qu’il fai­sait l’ar­tiste – et pas des moindres – à tra­vers des pein­tures qui re­pré­sen­taient dé­jà des sculp­tures – sans que ce soit dit, bien sûr. D’ailleurs, les der­niers ta­bleaux (2013) sont tou­jours peu­plés de ces mêmes ob­jets en re­lief qui semblent vou­loir à tout prix sor­tir de leur cadre. Les êtres hu­mains y sont plan­tés, mas­sifs, fi­gés. Mo­nu­men­taux. Lüpertz a dit lui­même vou­loir « dé­peu­pler les pein­tures » et « lâ­cher les sculp­tures dans la réa­li­té ». C’est bien qu’il était conscient d’en avoir gar­ni ses ta­bleaux. Grande dé­ci­sion qu’il prit car il s’im­po­sa im­mé­dia­te­ment comme un sculp­teur né, en toute évi­dence. Et ses bronzes ont ou­vert un dia­logue pas­sion­nant avec ses pein­tures. De fait, par juste retour des choses, ses sculp­tures se sont ré­vé­lées être sor­ties tout droit de ses ta­bleaux. Sou­vent co­lo­ri­sées, tou­jours avec ces teintes sourdes si ca­rac­té­ris­tiques (tem­pe­ra, tem­pe­ra à l’huile, gouache), mais non dé­nuées de vio­lence, elles oc­cupent l’es­pace avec la même élé­gance – aris­to­cra­tie – que lors­qu’elles pou­vaient se voir en pein­ture. Pla­cées de­vant les ta­bleaux, ceux-ci semblent s’être trans­for­més en mi­roir. Un va-et-vient s’est ins­tal­lé et il fonc­tionne à plein ré­gime. On res­sent tel­le­ment la ju­bi­la­tion que l’ar­tiste éprouve à pas­ser de la cou­leur, à créer de la ma­tière, à dé­cou­per, à as­sem­bler, à re­haus­ser, à ajou­ter, à di­luer ou à épais­sir, que l’on est à son tour en­va­hi par cette puis­sance. Rien ne semble pou­voir ar­rê­ter Lüpertz dont les su­jets, les trou­vailles for­melles, les ex­pé­riences de ma­tières pa­raissent in­fi­nies et bien loin d’être ta­ries. Le moins que l’on puisse dire, c’est que son art n’est pas souf­fre­teux. C’est pa­ra­doxa­le­ment ce qui peut ex­pli­quer une cer­taine désaf­fec­tion fran­çaise pour son tra­vail, dans ce pays où l’ani­ma­tion cultu­relle fonc­tion­na­ri­sée a pris le pas sur l’art. Une autre ca­rac­té­ris­tique de l’art de Lüpertz, c’est le col­lage (« ren­contre for­tuite sur une table de dis­sec­tion, etc. »). Ses sculp­tures sont sou­vent faites d’as­sem­blages – ou, si ce n’est le cas, de mise en re­la­tions in­con­grues (un homme nu te­nant un pou­let mort, par exemple). Ses pein­tures, de la même ma­nière, sont com­po­sées à par­tir de com­bi­nai­sons entre élé­ments dis­pa­rates. Ces deux (su­blimes) nus de dos sur fond de ciel bleu, au mi­lieu de troncs d’arbres sans feuilles : l’un est af­fu­blé d’une ca­ra­pace de tor­tue et d’un oi­seau mort à la place de la tête, l’autre du même oi­seau mort et de la lame d’une pelle ! Ombre du grand maître Max Be­ck­mann qui pos­sé­dait aus­si ce goût pour le col­lage et l’as­so­cia­tion sym­bo­lique ? Rap­pe­lons que Lüpertz a écrit à pro­pos de ce­lui­ci : « Dieu, sans doute, a de­puis long­temps amé­na­gé son ciel se­lon l’uni­vers de formes de Be­ck­mann, en (1). » Le Dieu en ques­tion peut do­ré­na­vant en­vier aus­si Mon­sieur Markus Lüpertz. When Markus Lüpertz first be­gan ma­king sculp­tures in 1981, he had al­rea­dy been an ar­tist—and a well known one at that—for twen­ty years. A pain­ter whose work al­rea­dy re­pre­sen­ted sculp­tures wi­thout ever ac­tual­ly saying so. Fur­ther, his la­test pain­tings (2013) are still full of the same re­lief ob­jects that seem to want to burst out of the pic­ture frame at any price. The human beings plan­ted in them are mas­sive and fro­zen. Mo­nu­men­tal. Lüpertz him­self said he wan­ted to “de­po­pu­late” his pain­tings and “let the sculp­tures loose in rea­li­ty.” It’s good that he was aware of what he had put in his pain­tings. And it was a great de­ci­sion to go with them be­cause it be­came im­me­dia­te­ly ob­vious that he was a born sculptor. His bronzes be­gan a fas­ci­na­ting dia­logue with his pain­tings. In fact, fit­tin­gly, his sculp­tures see­med to have come straight out of his can­vases. Of­ten co­lo­red, with his si­gna­ture mu­ted tones (in tem­pe­ra, oil-ba­sed tem­pe­ra and gouache), but ne­ver wi­thout vio­lence, they oc­cu­py space with the same aris­to­cra­tic ele­gance as when de­pic­ted in pain­ting. When pla­ced in front of his pain­tings they seem to have be­come mir­ror images. A ba­ckand-forth mo­tion be­gins and it runs at full th­rot­tle. We can feel the ar­tist’s ju­bi­la­tion at being able to go from co­lor to ma­king substance— cut­ting it, as­sem­bling it, high­ligh­ting it, ad­ding to it, di­lu­ting it or thi­cke­ning it—and we al­so feel the power. Lüpertz seems uns­top­pable. His sub­jects, for­mal dis­co­ve­ries and ma­te­rial ex­pe­ri­ments are in­fi­nite. He may ne­ver go dry. The least that can be said of him is that his is not a si­ck­ly art. Pa­ra­doxi­cal­ly, that might ex­plain a cer­tain di­sin­te­rest in his work in France, where sta­tes­pon­so­red dull­ness has ta­ken over the art world. Ano­ther cha­rac­te­ris­tic of Lüpertz’s work is his pen­chant for col­lage (“a chance en­coun­ter on a dis­sec­ting table, etc.”). His sculp­tures are of­ten as­sem­blages, or at least in­con­gruous com­bi­na­tions (a na­ked man car­rying a dead chi­cken, for example). Si­mi­lar­ly, his pain­tings are al­so com­po­sed of com­bi­na­tions of dis­pa­rate ele­ments. Take his two su­blime nudes seen from be­hind against a blue sky amid lea­fless tree trunks. One is wea­ring a tortoise shell and has a dead bird ins­tead of a head, while the other wears the same dead bird and a sho­vel blade. Do we see here the sha­dow of the great mas­ter Max Be­ck­mann, who al­so had a taste for col­lage and sym­bo­lic as­so­cia­tions? Well, Lüpertz did once write of him, “God has long bor­ro­wed forms from Be­ck­mann’s world to com­pose his hea­vens, ob­vious­ly en­vious of that great pain­ter’s ge­nius.”(1) That God can now al­so en­vy Markus Lüpertz.

Translation, L-S Tor­goff

Sans titre. 2013. (© ga­le­rie Mi­chael Wer­ner Cologne, Mär­kisch Wil­mers­dorf & New York/Jo­chen Litt­ke­mann, Berlin). Un­tit­led

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