Jürg Kreienbühl, Gilles Aillaud

Art Press - - EXPOSITIONS - Anaël Pi­geat

Ga­le­rie Gabrielle Mau­brie / 21 mars - 17 mai 2015 Il n’était pas évident de rap­pro­cher l’oeuvre de Gilles Aillaud (1928-2005), l’un des re­pré­sen­tants de la Nou­velle Fi­gu­ra­tion, peintre mais aus­si homme de théâtre, et celle de Jürg Kreienbühl (1932-2007), for­mé à l’or­ni­tho­lo­gie en Suisse, puis ins­tal­lé dans les bi­don­villes des en­vi­rons de Paris au len­de­main de la Se­conde Guerre mon­diale. C’est l’idée ori­gi­nale et très sé­dui­sante qu’a eue Stéphane Cor­réard à l’oc­ca­sion d’une carte blanche que Gabrielle Mau­brie lui a of­ferte dans sa ga­le­rie. Le mu­sée des beaux-arts de Rennes vient jus­te­ment, cet hi­ver, de mon­trer une ré­tros­pec­tive de Gilles Aillaud, dont on avait re­vu le tra­vail dans l’ex­po­si­tion de groupe Dead­line au mu­sée d’art mo­derne de la Ville de Paris en 2010, et dont on ai­me­rait aus­si voir une vé­ri­table ré­tros­pec­tive dans une ins­ti­tu­tion pa­ri­sienne. L’an­née der­nière, l’es­pace Dix291, créé par deux ar­tistes – Ber­nard Crespin et My­riam Buc­quoit – dans le 11e ar­ron­dis­se­ment de Paris, avait per­mis de re­dé­cou­vrir le tra­vail trop peu connu de Jürg Kreienbühl. Sans qu’ils ne se soient ja­mais ren­con­trés, les deux hommes en­tre­tiennent une étonnante proxi­mi­té, plus en­core d’es­prit que de forme. Ils ont certes des­si­né, gra­vé et peint les cages de la mé­na­ge­rie du Jar­din des Plantes et les salles du Mu­séum d’his­toire na­tu­relle – jus­qu’à s’y faire en­fer­mer une nuit, dit-on, dans le cas de Jürg Kreienbühl. Des des­sins du Mu­seum sont entre autres l’ob­jet de la ma­gni­fique pre­mière salle de cette ex­po­si­tion in­ti­tu­lée Quelques êtres vi­vants dans leurs en­vi­ron­ne­ments quo­ti­diens. Mais la proxi­mi­té entre ces deux peintres ne tient pas seule­ment à leurs mo­tifs. Aux scènes de zoo, à l’en­fer­me­ment des ani­maux peints par Gilles Aillaud, ré­pondent les ter­rains vagues de Jürg Kreienbühl, ba­layés au contraire par tous les vents, mais dé­ga­geant pa­ra­doxa­le­ment le même sen­ti­ment de so­li­tude et de dé­ré­lic­tion, avec ces Gi­tans, ces Al­gé­riens et ces Por­tu­gais à cô­té de leurs rou­lottes, qui re­gardent droit de­vant eux, les yeux rem­plis de leur pas­sé loin­tain. La même at­mo­sphère ter­reuse émane de leurs ta­bleaux qui sont sou­vent bai­gnés aus­si de cli­mats bleu­tés, de la cou­leur du rêve et de l’es­poir d’une im­pos­sible échap­pée. Res­pec­tueuses de leurs su­jets, ces toiles sont d’une grande pu­deur. Presque le même mot, le zoo et la « zone » se che­vauchent d’une oeuvre à l’autre. Éton­nant clin d’oeil, dans l’ar­rière-plan de l’une des li­tho­gra­phies de Kreienbühl, der­rière un spec­ta­cu­laire tas de dé­tri­tus et de gra­vats comme il a l’ha­bi­tude d’en peindre, on de­vine les « Tours Nuages », construites à Nan­terre entre 1974 et 1978 par Émile Aillaud, le père de Gilles. On re­trouve au­jourd’hui, chez beau­coup de jeunes ar­tistes, un même in­té­rêt pour l’his­toire na­tu­relle, pour l’ex­pres­si­vi­té et le mystère du monde ani­mal, pour les non-lieux dé­ser­tés et me­na­cés d’une des­truc­tion com­plète. Ce­la donne à ces deux peintres une très grande ac­tua­li­té. On pa­per, you would hard­ly ex­pect the pain­ter and thea­ter de­si­gner Gilles Aillaud (1928-2005), one of the re­pre­sen­ta­tives of the Nou­velle Fi­gu­ra­tion mo­ve­ment, to be lin­ked with Jürg Kreienbühl (1932-2007), a man trai­ned in or­ni­tho­lo­gy in Swit­zer­land who li­ved in the shan­ty towns around Paris in the wake of World War II. But that is what Stéphane Cor­réard has ve­ry suc­cess­ful­ly and char­min­gly done as guest cu­ra­tor at the Gabrielle Mau­brie gal­le­ry. Aillaud, whose work fea­tu­red in the group show Dead­line at the Mu­sée d’Art Mo­derne de la Ville de Paris in 2010, has just had a re­tros­pec­tive at the Mu­sée des Beaux-arts in Rennes. It would be nice to see him get a pro­per re­tros­pec­tive in Paris, too. Last year, Dix291, a space crea­ted in Paris (11th ar­ron­dis­se­ment) by the ar­tists Ber­nard Crespin and My­riam Buc­quoit, brought to light the un­just­ly igno­red Kreienbühl. Al­though they ne­ver met, the two ar­tists do have much in com­mon, more in spi­rit than in form. True, they both made dra­wings, prints and pain­tings of the cages in the Jar­din des Plantes zoo, Paris (Kreienbühl even got lo­cked in over­night, it is said), and the dra­wings fea­ture in the su­perb first room of this show, Quelques êtres vi­vants dans leurs en­vi­ron­ne­ments quo­ti­diens (A few li­ving beings in their eve­ry­day en­vi­ron­ments). But the clo­se­ness of these two pain­ters doesn’t have to do on­ly with their sub­jects. Aillaud’s zoo scenes, and the so­li­tude and con­fi­ne­ment of his ca­ged ani­mals, are echoed in mood by Kreienbühl’s wind­swept waste grounds, their Gyp­sy, Al­ge­rian or Por­tu­guese in­ha­bi­tants stan­ding out­side their ca­ra­vans, sta­ring in­to now­here, their eyes full of their dis­tant past. There is the same, earth-clog­ged at­mos­phere, and blue tones fre­quent­ly sug­gest dreams and the im­pos­sible hope of es­cape. These pain­tings show great re­straint and res­pect for their sub­jects: from zoo to “zone.” By a neat twist, one of Kreienbühl’s li­tho­graphs, sho­wing one of his ty­pi­cal piles of de­tri­tus and rubble, af­fords a glimpse of the “Cloud To­wers” built at Nan­terre by none other than Émile Aillaud, Gilles’ fa­ther. The work of both Aillaud and Kreienbühl seems par­ti­cu­lar­ly re­le­vant today, gi­ven the in­ter­est of so ma­ny ar­tists in the ex­pres­si­vi­ty and mys­te­ry of the ani­mal world, and al­so in the same kind of de­ser­ted zones threa­ted with des­truc­tion.

Translation, C. Pen­war­den

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.