PEN­TE­CÔTE LIT­TÉ­RAIRE l’écri­ture et la foi

Art Press - - LIVRES - Patrick Ké­chi­chian

Fran­çois An­ge­lier Bloy ou la fu­reur du Juste Points, « Sa­gesses » Fran­çois Cas­sin­ge­na-Tré­ve­dy Étin­celles IV. Le couvre-feu Ad So­lem

L’in­té­rio­ri­té, la conscience, sont les lieux où un sens est cher­ché, par­fois don­né, à l’exis­tence. Et ce sens peut, à la lu­mière d’une conver­sion par exemple, de­ve­nir re­li­gieux. Tra­dui­sant une grâce, le sens en ques­tion se coule alors dans un moule qui, pa­ra­doxa­le­ment, li­bère, in­ten­si­fie et am­pli­fie au-de­là du vi­sible l’exis­tence de ce­lui qui le re­çoit. Dans le cas du chris­tia­nisme qui nous oc­cu­pe­ra seul ici, la Ré­vé­la­tion passe de l’évé­ne­ment uni­ver­sel à l’évé­ne­ment per­son­nel, les deux di­men­sions étant che­villées l’une à l’autre, in­sé­pa­rables. Dans cette même conscience, des phrases s’éla­borent, des idées s’ar­ti­culent, des images naissent. Di­rec­te­ment at­ta­chée à sa convic­tion, la lit­té­ra­ture de­vient, pour l’homme de foi, un mode d’ex­pres­sion – et aus­si de di­vul­ga­tion et de trans­mis­sion, d’ex­pli­ca­tion et de dé­fense, de po­lé­mique ou d’apo­lo­gie. En cette ma­tière, écrire c’est donc té­moi­gner, le plus adé­qua­te­ment pos­sible, à la hau­teur, y com­pris es­thé­tique, du Su­jet trai­té : Dieu. dé­vas­ta­teur – y com­pris, en cer­taines cir­cons­tances, de sa propre vie. L’exal­ta­tion de la souf­france, tou­jours rap­por­tée à celle du Ch­rist, fut, chez lui, une constante, que l’on au­rait grand tort de ranger, sans plus d’exa­men, dans la ca­té­go­rie des pa­tho­lo­gies re­li­gieuses ou des fou­cades sec­taires… « Le ch­ré­tien sans souf­france est un pè­le­rin sans bous­sole. Il n’ar­ri­ve­ra ja­mais au Calvaire », écri­vait-il. Et aus­si : « Prier, at­tendre et souf­frir, telle est la vie du ch­ré­tien. » Pour Bloy, écrire ne di­mi­nue pas la por­tée de ces trois verbes mais leur donne une li­si­bi­li­té et une vi­si­bi­li­té sur­na­tu­relles. Fran­çois An­ge­lier connaît à la per­fec­tion le texte bloyen, et son contexte. Son pe­tit es­sai est une re­mar­quable syn­thèse de ce qui re­lie en­semble la vie, la pen­sée et l’écri­ture du flam­boyant écri­vain. D’une cer­taine ma­nière, tous ces élé­ments se trouvent ras­sem­blés dans le re­gard ardent, fu­rieux, du vieux Léon en veste de ve­lours dont la photo orne la cou­ver­ture du livre. « L’écrit sort du croire comme le feu du vol­can », sou­ligne An­ge­lier, qui ajoute : « La foi semble of­frir à Bloy sa langue propre en une sin­gu­lière forme de Pen­te­côte lit­té­raire. » Rap­pe­lons que Bloy at­ten­dait fié­vreu­se­ment l’éta­blis­se­ment uni­ver­sel du Troi­sième Règne, ce­lui du Saint-Es­prit, après ceux du Père et du Fils. La ques­tion d’une prio­ri­té entre la foi et la lit­té­ra­ture, ne se pose donc pas. Bloy est écri­vain parce qu’il croit. Un lien pro­fond at­tache en­semble ce croire et l’écri­ture, style au­tant qu’ima­gi­na­tion, qui en pro­cède. Quant au Su­jet de cette croyance, Dieu, ce n’en est pas un par­mi d’autres. C’est le seul qui vaille, qui mé­rite lit­té­ra­ture. Cet ex­clu­si­visme est le contraire d’une li­mite puis­qu’à tra­vers l’Unique, loupe et té­les­cope, on peut re­gar­der au­tre­ment, avec une am­pleur in­édite, mais aus­si avec co­hé­rence, le temps et l’es­pace, l’his­toire et la géo­gra­phie, Marie-An­toi­nette et Ch­ris­tophe Co­lomb, ou la Vierge qui pleure sur la mon­tagne de la Sa­lette, ou en­core ses contem­po­rains – que Bloy étrilla sans re­te­nue. On peut aus­si par le ro­man, comme le note jus­te­ment An­ge­lier, se li­vrer à une « fic­tion­na­li­sa­tion des vé­ri­tés théo­lo­giques » et exer­cer sa « vo­lon­té de mettre en crise les usages so­ciaux de la langue ».

ÉTIN­CELLES

« Un ca­tho­li­cisme spé­cu­la­tif ne peut me suf­fire », af­fir­mait Léon Bloy. Cette in­tel­lec­tua­li­sa­tion de la foi n’est pas re­pous­sée par tous les au­teurs qui écrivent à par­tir de la même source. Un exemple contemporain nous est don­né par un moine bé­né­dic­tin de l’ab­baye de Li­gu­gé, le frère Fran­çois Cas­sin­ge­naT­ré­ve­dy. Il est l’au­teur, dé­jà re­con­nu et sa­lué, de plu­sieurs ou­vrages de théo­lo­gie, no­tam­ment en ma­tière de li­tur­gie. Mais il y a un autre ver­sant de son oeuvre plus pro­pre­ment,

Pascal Qui­gnard (Ph. E. di Sab­bia)

Léon Bloy (Ph. DR)

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.