LA VÉ­RI­TÉ OU L’EXAC­TI­TUDE?

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Mais le dé­bat gagne en in­té­rêt à me­sure que les pro­blèmes se com­plexi­fient. Cha­cun est bien d’ac­cord pour ad­mettre que les faits, dans un ré­cit de fic­tion, doivent être plau­sibles et n’ont pas à être vé­ri­fiés, alors que dans la non-fic­tion, puis­qu’ils se ré­fèrent à des évé­ne­ments et des élé­ments exis­tants, la ques­tion de leur exac­ti­tude se pose. Pour­tant, un té­moi­gnage fi­dè­le­ment re­trans­crit est-il re­ce­vable lors­qu’il contient des in­for­ma­tions fausses ? Quels cri­tères re­te­nir pour dé­ter­mi­ner l’exac­ti­tude d’une information quand cer­taines sources se contre­disent ? Et si cha­cun, en­core, ad­met que la lit­té­ra­ture n’est pas fic­tion, mais construc­tion (éven­tuel­le­ment à par­tir de faits non fic­tifs), quels moyens pour une écri­ture sou­cieuse de ne pas dé­na­tu­rer des faits ? Quelles li­ber­tés s’ac­cor­der à leur égard, à quel titre ou de quel droit ? « Si un mi­roir suf­fi­sait à rendre compte de l’ex­pé­rience hu­maine, je doute que notre es­pèce ait in­ven­té la lit­té­ra­ture », avance John. La vé­ri­té du texte, qui est vé­ri­té du su­jet, prime donc, se­lon lui, sur l’exac­ti­tude des faits. Car l’écri­ture or­ga­nise une conver­gence de ses dif­fé­rents élé­ments à tra­vers sa construc­tion : ain­si les faits par­viennent-ils à faire image et à pro­duire des ef­fets sur le lec­teur. La non-fic­tion lit­té­raire im­plique donc des moyens fic­tion­nels, per­met­tant en outre l’ac­cès de cer­tains de ses élé­ments à l’idée et au sym­bole. Jim vé­ri­fie tout – la teinte des briques, les sta­tis­tiques du com­té, les rai­sons pour les­quelles les pla­fonds bas sont pré­fé­rés dans les ca­si­nos… mais aus­si la vi­tesse du vent, la taille de la Lune, les tra­jets des corps, la du­rée des dé­pla­ce­ments… – parce qu’il pense que l’écri­ture des faits peut iden­ti­fier un état des choses, du mi­cro­cosme au ma­cro­cosme. Son en­quête dans le texte de John est exem­plaire, car ani­mée par un dé­sir de re­mettre le monde à l’en­droit par le ré­ta­blis­se­ment de cer­taines cer­ti­tudes. Sa vé­ri­fi­ca­tion s’étend ain­si à l’his­toire des re­li­gions et des arts martiaux, à la sé­man­tique, à la lo­gique, à la lin­guis­tique… Elle s’em­pare de tous les énon­cés du texte, mais le conduit aus­si à re­vivre, au plus proche, les der­nières heures de Le­vi Pres­ley. Il faut lire jus­qu’à son terme ce pas­sion­nant échange réunis­sant deux idéa­listes ne par­ta­geant pas le même idéal et les mêmes con­cep­tions lit­té­raires, dont les ar­gu­ments butent, tour à tour, sur le sui­cide de Le­vi Pres­ley, vé­ri­table en­jeu du contrat qui les re­lie par-de­là leurs di­ver­gences de points de vue.

Ch­ris­tophe Kihm

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