Toutes di­rec­tions In­vi­ta­tion au voyage

Art Press - - EXPOSITIONS - Ber­nard Mar­ce­lis

Wil­helm Hack Mu­seum/ Sep­tembre 2014 - jan­vier 2015

La Cen­trale / 24 avril - 30 août 2015 Il est pour le moins symp­to­ma­tique de consta­ter la pa­ren­té des titres choi­sis pour qua­li­fier la scène fran­çaise ac­tuelle puisque ces deux ma­ni­fes­ta­tions qui ont ( eu) lieu à l’étran­ger sont en lien di­rect avec le prix Mar­cel Du­champ. Pla­cée sous le com­mis­sa­riat de la conser­va­trice As­trid Ihle, l’ex­po­si­tion al­le­mande a clai­re­ment orien­té sa sé­lec­tion au­tour de neuf ar­tistes : cinq lau­réats (Saâdane Afif, Mir­cea Can­tor, La­ti­fa Echa­khch, Laurent Gras­so, Mathieu Mer­cier) et les quatre no­mi­nés pour l’édi­tion 2014 du prix (Eva­riste Ri­cher, Flo­rian et Mi­chaël Quis­tre­bert, Théo Mer­cier et Julien Pré­vieux, le der­nier lau­réat). L’en­tre­prise consti­tuait un réel dé­fi, car le mu­sée al­le­mand ne manque pas de contraintes : son ar­chi­tec­ture en bé­ton, ty­pique des an­nées 1970, est faite de pla­teaux ou­verts les uns sur les autres. Il fal­lait donc choi­sir des oeuvres qui ont la ca­pa­ci­té de ré­sis­ter à l’ar­chi­tec­ture du lieu, qui sup­portent les ef­fets de pers­pec­tive, mais aus­si qui soient ca­pables de dia­lo­guer avec leurs voi­sines. Une cer­taine mo­nu­men­ta­li­té s’im­po­sait donc, soit en mon­trant des pièces de grande di­men­sion, soit en créant des en­sembles consé­quents. Al­liant les deux op­tions, l’ex­po­si­tion don­nait de la scène fran­çaise une image ré­vé­la­trice de sa di­ver­si­té et de son hé­té­ro­gé­néi­té, à par­tir de pièces de qua­li­té. On ne peut mal­heu­reu­se­ment pas en dire au­tant de l’ex­po­si­tion bruxel­loise, no­tam­ment par ce que l’op­tion pre­mière a été de ras­sem­bler uni­que­ment les 14 lau­réats ac­tuels du Prix qui, vus dans cette op­tique, n’ont pas grand-chose en com­mun. Cette In­vi­ta­tion au voyage (les 15 ans du Prix Mar­cel Du­champ) est donc des plus dé­li­cates, car elle se heurte à des contraintes ar­chi­tec­tu­rales si­mi­laires : un vaste es­pace ou­vert dif­fi­cile à oc­cu­per, sur­tout pour une ex­po­si­tion col­lec­tive de ce type. Mais sur­tout, à la dif­fé­rence de l’ex­po­si­tion al­le­mande, bon nombre d’oeuvres ne sont pas à la hau­teur (ou alors hors échelle par rap­port à l’en­semble, comme la pein­ture sur toile de pa­ra­chute de Cy­prien Gaillard). Le lieu au­rait pu per­mettre une dé­fer­lante Hir­sch­horn, il n’en est rien ; un en­semble co­hé­rent de Gras­so, c’est une oc­ca­sion ra­tée. Le par­cours peut être consi­dé­ré comme une tra­ver­sée com­men­çant et fi­nis­sant bien, dé­bu­tant par le pa­pier mu­ral Ma­ra­bout de Claude Clos­ky et se ter­mi­nant avec une mise en re­gard au­da­cieuse mais pro­bante entre Saâdane Afif et Ta­tia­na Trou­vé. On re­tien­dra éga­le­ment les en­sembles re­pré­sen­ta­tifs de Mathieu Mer­cier, Ca­role Ben­za­ken et Phi­lippe Mayaux. Le reste est plus ca­ho­tique. Le fait qu’une ma­jo­ri­té d’oeuvres pro­vient de col­lec­tions pri­vées n’est sans doute pas étran­ger à ce sen­ti­ment. Hors de leur contexte pri­vé, elles ont du mal à s’im­po­ser dans cet es­pace aty­pique qui manifeste ain­si aus­si ses li­mites. The titles of these two fo­rei­gn ex­hi­bi­tions of French art are symp­to­ma­tic in their clo­se­ness, since both are re­la­ted to the Prix Mar­cel Du­champ. Cu­ra­ted by As­trid Ihle, the Ger­man ex­hi­bi­tion clearly or­ga­ni­zed its se- lec­tion around nine ar­tists: five pri­ze­win­ners (Saâdane Afif, Mir­cea Can­tor, La­ti­fa Echa­khch, Laurent Gras­so, Mathieu Mer­cier) and the four ar­tists short­lis­ted for the 2014 prize (Eva­riste Ri­cher, Flo­rian and Mi­chaël Quis­tre­bert, Théo Mer­cier and Julien Pré­vieux, the last win­ner). The un­der­ta­king was quite a chal­lenge, be­cause the Ger­man­mu­seum is it­self quite a chal­len­ging pro­po- si­tion, with its open concrete floors. The works cho­sen had to be able to withs­tand the ar­chi­tec­ture and its swee­ping pers­pec­tives, while at the same time dia­lo­guing with their neigh­bors. That meant a de­gree of mo­nu­men­ta­li­ty, whe­ther in the di­men­sions of the in­di­vi­dual pieces or in those of en­sembles that they form. The ex­hi­bi­tion used both op­tions, in a show that re­vea­led the di­ver­si­ty and he­te­ro­ge­nei­ty of the French scene with works of real qua­li­ty. Sad­ly, the same can­not be said of the Brus­sels show. The or­ga­ni­zers de­ci­ded to show on­ly the four­teen win­ners of the prize to date, with the re­sult that we rea­lize how lit­tle they have in com­mon, apart from the award it­self. This “In­vi­ta­tion on a Jour­ney” (fif­teen years of the Prix Du­champ) is thus a tri­cky bu­si­ness, all the more so in that it, too, must deal with si­mi­lar ar­chi­tec­tu­ral constraints: a big open space, like the one here, is par­ti­cu­lar­ly dif­fi­cult for this kind of group show. Most of all, ma­ny of the works in the Brus­sels ex­hi­bi­tions are not—un­like their Ger­man coun­ter­parts—up to the chal­lenge (or are out of scale with the others, like the pain­ting on pa­ra­chute silk by Cy­prien Gaillard). The place would have lent it­self to one of Hir­sch­horn’s spraw­ling pieces, but no­thing doing. A co­herent en­semble by Gras­so is a mis­sed op­por­tu­ni­ty. The ex­hi­bi­tion se­quence can be seen as a jour­ney that be­gins and ends well, star­ting with me­di­ci­ne­man wall­pa­per by Claude Clos­ky and clo­sing with a bold but suc­cess­ful dia­logue bet­ween Saâdane Afif and Ta­tia­na Trou­vé. Al­so wor­thy of note are the re­pre­sen­ta­tive en­sembles of work by Mathieu Mer­cier, Ca­role Ben­za­ken and Phi­lippe Mayaux. The rest is more une­ven. The fact that most of the works come from pri­vate col­lec­tions no doubt has so­me­thing to do with this fee­ling. Out­side their pri­vate con­text, they struggle to make them­selves heard in this unu­sual space which, al­so, re­veals its li­mits.

Translation, C. Pen­war­den

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.