Patrick Faigenbaum

Fon­da­tion Hen­ri Car­tier-Bres­son / 13 mai - 26 juillet 2015

Art Press - - CONTENTS - Étienne Hatt Anaël Pi­geat

Lau­réat du prix Hen­ri Car­tier-Bres­son 2013, Patrick Faigenbaum pré­sente Kol­ka­ta/Cal­cut­ta, tra­vail qui fait dé­bat au sein de la ré­dac­tion d’art­press.

Kol­ka­ta/Cal­cut­ta, fruit de plu­sieurs sé­jours de Patrick Faigenbaum en Inde, rap­pelle que la qua­li­té d’un tra­vail pho­to­gra­phique dé­pend par­fois moins des images que de leur mode d’exis­tence. Le livre, édi­té par Jean-Fran­çois Che­vrier et pu­blié par Lars Mül­ler, est com­po­sé de sept sé­quences co­hé­rentes et de na­tures dif­fé­rentes, fo­ca­li­sées sur une per­sonne, un lieu ou plus ou­vertes. Com­pre­nant plu­sieurs ni­veaux de textes, dont les té­moi­gnages de l’ar­tiste, il tisse un pas­sion­nant ré­cit do­cu­men­té, pour ne pas dire do­cu­men­taire, qui es­quisse un por­trait sub­jec­tif et sin­gu­lier, her­mé­tique aux sé­duc­tions de l’exo­tisme, de cette mé­tro­pole du Ben­gale et de ses en­vi­rons. Mais il sou­ligne aus­si les li­mites des deux ex­po­si­tions qui l’ac­com­pagnent. La pre­mière, à la fon­da­tion Hen­ri Car­tier-Bres­son, qui ne com­prend pas les 150 images du livre, éclate les sé­quences et perd ain­si leur fonc­tion nar­ra­tive. Elle livre aux vi­si­teurs des pho­to­gra­phies au­to­nomes dont la fai­blesse se fait alors sou­vent sen­tir. La plu­part sont dé­pour­vues de la belle am­bi­guï­té qui ca­rac­té­rise, à mon sens, les meilleures pho­to­gra­phies de Faigenbaum. Beau­coup sont même d’une grande lit­té­ra­li­té : à l’image de la pho­to­gra­phie de cette ar­tiste poin­tant le dé­tail de l’une de ses oeuvres, on a par­fois l’im­pres­sion qu’on nous montre ce qu’il faut voir. Bien plus ré­duite, fon­dée sur un ac­cro­chage chro­ma­tique as­sez for­mel, l’ex­po­si­tion à la ga­le­rie Na­tha­lie Oba­dia ac­cen­tue en­core l’au­to­no­mie des oeuvres et confirme mal­gré elle que toute pho­to­gra­phie de Patrick Faigenbaum ne fait pas ta­bleau. Kol­ka­ta / Cal­cut­ta, le titre de l’ex­po­si­tion de Patrick Faigenbaum à la Fon­da­tion Hen­ri Car­tier-Bres­son, l’in­dique d’em­blée: en re­ve­nant au nom ben­ga­li de la ville, il en dresse un por­trait an­ces­tral et hu­ma­niste. Dans ce contexte qui lui était peu fa­mi­lier, des ren­contres l’ont gui­dé, avec des ar­tistes, des écri­vains et des mu­si­ciens. Avec des images de dif­fé­rents voyages, l’ex­po­si­tion donne à voir cette culture lit­té­raire du Ben­gale qui se manifeste par­ti­cu­liè­re­ment dans la poé­sie de Ta­gore, le ci­né­ma de Sa­tya­jit Ray, mais aus­si la mu­sique et les danses des fêtes po­pu­laires. C’est en ce­la que ce por­trait très in­té­rio­ri­sé de la ville et des vil­lages san­tal alen­tour dé­passe le té­moi­gnage et le do­cu­ment. À tra­vers la très belle com­po­si­tion qui sur­prend deux femmes au­tour d’une fon­taine, sur­git la ré­mi­nis­cence d’un bas-re­lief sur un sar­co­phage an­tique, d’une pein­ture sur un vase grec. Deux na­tures mortes re­lient ces oeuvres nou­velles aux tra­vaux an­té­rieurs de Patrick Faigenbaum, et ré­sonnent avec ses images de Sar­daigne ; ces fruits exo­tiques semblent dire que le mé­dium pho­to­gra­phique et le contexte de l’Inde, l’exo­tisme pré­ci­sé­ment, im­portent peu, alors même que ces images parlent aus­si de l'Inde et de la pho­to­gra­phie. Ob­jet indépendant de l’ex­po­si­tion, le livre qui l’ac­com­pagne ré­or­ga­nise ces images en longues sé­quences. Un peu comme dans l’ou­vrage de Paul Strand et Ce­sare Za­vat­ti­ni, Un Paese (1955), que Patrick Faigenbaum cite vo­lon­tiers, les voix que l’on en­tend dans les pages de Kol­ka­ta / Cal­cut­ta, celle de l’ar­tiste, de Jean-Fran­çois Che­vrier, et de France Bhat­ta­cha­rya, conti­nuent long­temps d’éclai­rer les images, mais sans qu’il soit né­ces­saire de les en­tendre pour voir.

Win­ner of the 2013 Hen­ri Car­tierB­res­son Prize, Patrick Faigenbaum’s series has se­rious­ly di­vi­ded opi­nion at art­press.

Kol­ka­ta/Cal­cut­ta, the fruit of Patrick Faigenbaum’s re­pea­ted so­journs in In­dia, re­minds us that the qua­li­ty of pho­to­gra­phic work so­me­times de­pends less on the ac­tual images than on the way they exist. The book, edi­ted by Jean-Fran­çois Che­vrier and pu­bli­shed by Lars Mül­ler, has se­ven co­herent se­quences which fo­cus on a per­son or place, or are more open. Com­pri­sing se­ve­ral types of text, inl­cu­ding notes by the ar­tist, it forms a fas­ci­na­ting, do­cu­men­ted, if not do­cu­men­ta­ry nar­ra­tive, which adum­brates a sub­jec­tive and sin­gu­lar por­trait, im­per­meable to the se­duc­tions of exo­ti­cism, of the Ben­ga­li metropolis and its sur­roun­dings. But it al­so un­ders­cores the li­mi­ta­tions of the ac­com­pa­nying ex­hi­bi­tions. The first, at Fon­da­tion Hen­ri Car­tier-Bres­son, which does not in­clude all of the 150 images in the book, pre­sents the pho­to­graphs in au­to­no­mous mode, and these of­ten feel weak. Most of them lack the fine ambiguity that, in my view, cha­rac­te­rizes Faigenbaum’s best photos. Ma­ny of them, in­deed, are ex­tre­me­ly li­te­ral. As in the pho­to­graph of an ar­tist poin­ting to the de­tails in one of her works, you so­me­times get the im­pres­sion that we are being shown what we should see. Much smal­ler, and fairly for­mal in its ch­ro­ma­tic lo­gic, the show at Na­tha­lie Oba­dia fur­ther af­firms the autonomy of the works and in­vo­lun­ta­ri­ly confirms that not eve­ry pho­to­graph by Patrick Faigenbaum is a ta­bleau.

Étienne Hatt Translation, C. Pen­war­den Kol­ka­ta / Cal­cut­ta, the title of the Patrick Faigenbaum show at Fon­da­tion Hen­ri Car­tier-Bres­son, makes it clear by going back to the ci­ty’s Ben­ga­li name: this is an an­ces­tral por­trait of the ci­ty, com­po­sed through mee­tings with ar­tists, wri­ters and mu­si­cians. In the images in the book and ex­hi­bi­tion, Faigenbaum shows us the culture which is ma­ni­fes­ted in the poe­try of Ta­gore, the ci­ne­ma of Sa­tya­jit Ray, but al­so the mu­sic and dances of po­pu­lar feasts. This is how this high­ly in­ter­na­li­zed por­trait of the ci­ty and the San­tal vil­lages around it goes beyond wit­ness of do­cu­ment. Faigenbaum in­vites us to look be­hind the images. In the fine com­po­si­tion around two wo­man at a foun­tain, we are re­min­ded of a bas-re­lief on an an­cient sar­co­pha­gus, or a pain­ting on a Greek vase. Two still lifes link these new works to Faigenbaum’s ear­lier ones and re­so­nate, in par­ti­cu­lar, with his images of Sar­di­nia. These exo­tic fruits seem to be saying that the pho­to­gra­phic me­dium and the exo­tic In­dian con­text are ul­ti­ma­te­ly not ve­ry im­por­tant, even though these images speak to us of In­dia and pho­to­gra­phy. Two dif­ferent ob­jects—ex­hi­bi­tion and book—are mu­tual­ly com­ple­men­ta­ry and at the same time in­de­pendent. Ra­ther like the book by Paul Strand and Ce­sare Za­vat­ti­ni, Un Paese (1955), which Faigenbaum likes to quote, the voices we hear in the book Kol­ka­ta / Cal­cut­ta, those of the ar­tist, of Jean-Fran­çois Che­vrier, and of France Bhat­ta­cha­rya, las­tin­gly illu­mi­nate the images, even if these can be seen ve­ry well on their own.

Anaël Pi­geat Translation, C. Pen­war­den

Ci-des­sus/ above: « Sh­reya­si Chat­ter­jee montre un dé­tail de l’un de ses ta­bleaux,

Brea­king it Up-II. 2006 (acry­lique, encre, bro­de­rie, fils de soie et co­ton sur toile). Ga­le­rie Ci­ma, Bal­ly­gunge, Kol­ka­ta sud, mars 2015 » Ci-des­sous/ be­low: « Un puits à Go­sal­dan­ga, dé­cembre 2013 »

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