Sal­va­tore Aran­cio

Centre d’art contemporain la Halle des bou­chers / 29 mai - 9 août 2015

Art Press - - CONTENTS - In­grid Lu­quet-Gad

De­puis un peu plus d’un an, le centre d’art la Halle des bou­chers à Vienne, en Isère, dé­ve­loppe une pro­gram­ma­tion par ri­co­chets. D’une double vo­lon­té de dia­logue avec l’hé­ri­tage gal­lo-ro­main de la ville et l’adé­qua­tion au lieu, un bâ­ti­ment du 16e siècle, naissent des pro­po­si­tions qui se font écho, tout en ex­plo­rant cha­cune un pan de la créa­tion ac­tuelle. Après Ni­na Chil­dress qui, l’hi­ver der­nier, jouait du dé­cen­tre­ment sé­man­tique d’une Vienne qui se rê­ve­rait au­tri­chienne et re­cons­ti­tuait un « tom­beau de Sis­si » dans la crypte, c’est au tour de l’ar­tiste ita­lien Sal­va­tore Aran­cio de pro­po­ser sa re­lec­ture de l’es­pace. Sa se­conde ex­po­si­tion mo­no­gra­phique en France se nour­rit d’une ob­ses­sion in­ta­ris­sable : l’ima­gi­naire du vol­can, à la fois mo­tif et force agis­sante, qui ir­ra­die l’en­semble de son oeuvre. Au centre de l’es­pace, six sculp­tures en cé­ra­mique émaillée s’ins­pirent d’un phé­no­mène géo­lo­gique des îles d’Haï­ti, où une fo­rêt en­tière a été re­cou­verte par une cou­lée de lave en fu­sion. Des formes am­bi­guës à mi-che­min entre dol­men et cham­pi­gnon or­ga­nique et mi­né­ral en sont nées, que l’ar­tiste a scru­pu­leu­se­ment mou­lées, avant de les re­cou­vrir d’un dé­gra­dé co­lo­ré, aci­du­lé et ap­pli­qué au pis­to­let. Par cercles concen­triques, ce sont deux re­gistres du gro­tesque qui s’ex­posent dans la salle : d’une part, les conno­ta­tions phal­liques ma­ni­festes ain­si qu’un trai­te­ment co­lo­ré qui rap­pelle la scène ar­tis­tique de Los An­geles, de Mike Kel­ley à Alex Is­raël ; de l’autre, le monde étrange des ca­vernes et sou­ter­rains pro­pices à l’éclo­sion de ré­cits al­chi­miques. Po­sés à même le sol contre les pa­rois, trois grands ti­rages pho­to­gra­phiques scandent l’es­pace. On y voit des re­pro­duc­tions de cham­pi­gnons ti­rées de ma­nuels scien­ti­fiques, agran­dies à la taille du vi­si­teur et re­cou­vertes d’un filtre co­lo­ré. Cet in­té­rêt pour l’ima­ge­rie scien­ti­fique et les taxo­no­mies fait en­tre­voir une pa­ren­té avec les ar­tistes que la der­nière sai­son d’ex­po­si­tions à la Vil­la du Parc à An­ne­masse qua­li­fiait avec jus­tesse d’ « ico­no­graphes ». Une gé­néa­lo­gie mou­vante qui re­groupe les ar­tistes tra­vaillant à par­tir de ma­té­riaux ico­niques à vi­sée pre­mière do­cu­men­taire ou ex­pli­ca­tive, qu’ils ré­per­to­rient puis ré­in­ves­tissent d’un sens nou­veau en les dé­con­tex­tua­li­sant. C’est ain­si une gra­vure d’un jé­suite al­le­mand du 17e siècle, re­pré­sen­tant le globe ter­restre et ses flux vol­ca­niques, qui sert de point de dé­part à une ani­ma­tion vi­déo. Sa lente ro­ta­tion est ac­com­pa­gnée d’un gron­de­ment d’in­fra­basses ré­pon­dant à une autre vi­déo pla­cée dans la crypte, le point d’orgue de l’ex­po­si­tion. Avec une ca­mé­ra Su­per-8, l’ar­tiste a fil­mé la grotte de Fin­gal en Écosse, puis lui a su­per­po­sé des sym­boles éso­té­riques. Sous l’ef­fet de l’onde so­nore, tout l’es­pace pal­pite d’une éner­gie ani­miste. Les taxo­no­mies de Sal­va­tore Aran­cio ne sont ja­mais une mise à plat du réel : bau­de­lai­riennes, nous y sommes comme dans un temple où de vi­vants pi­liers laissent par­fois sor­tir de confuses pa­roles. For a lit­tle more than a year now the Halle des Bou­chers art cen­ter in Vienne, in the French de­part­ment of Isère, has been de­ve­lo­ping a kind of program in which one show seems to ri­co­chet off ano­ther. The dri­ving force here is a de­sire to have art dia­logue with the ci­ty’s Gal­lo-Ro­man he­ri­tage and the ve­nue it­self, a 16th-cen­tu­ry buil­ding. The ex­hi­bi­tions each ex­plore a par­ti­cu­lar seg­ment of contem­po­ra­ry art and al­so re­so­nate with one ano­ther. Last win­ter’s Ni­na Chil­dress show played a se­man­tic game in which Vienne be­came Vien­na (al­so Vienne in French), with the re­cons­ti­tu­ted “tomb” of the Aus­trian Em­press Sis­si in the crypt. Now it’s the Ita­lian ar­tist Sal­va­tore Aran­cio’s turn to re­con­fi­gure this space. His se­cond so­lo show in France is mar­ked by an in­sa­tiable ob­ses­sion with vol­ca­noes, a mo­tif and ac­tive force that runs through all of his work. In the cen­ter of the space are six ena­mel ceramic sculp­tures ins­pi­red by a geo­lo­gi­cal phe­no­me­non in Hai­ti, where a la­va flow co­ve­red over an en­tire fo­rest. The re­sul­ting shapes are am­bi­guous, so­mew­here bet­ween a dol­men and an or­ga­nic and mi­ne­ral mush­room. Aran­cio ca­re­ful­ly made molds of them and then co­ve­red the cas­tings with gra­da­ted bright co­lors ap­plied with a spray gun. Two dif­ferent, concen­tric modes of the gro­tesque emerge. One arises from the ob­vious phal­lic conno­ta­tions and a co­lor treat­ment that re­calls Los An­geles ar­tists from Mike Kel­ley to Alex Is­rael. The other is the strange world of ca­verns and other sub­ter­ra­nean fea­tures pro­pi­tious for re­soun­ding al­che­mi­cal in­can­ta­tions. Th­ree large photo prints sit­ting on the floor and lea­ning against the walls im­part a rhythm to the space. In them we see re­pro­duc­tions of mush­rooms ta­ken from science text­books, blown up to human size and co­ve­red with a co­lo­red fil­ter. Aran­cio’s pen­chant for scien­ti­fic ima­ge­ry and taxo­no­mies re­veals an af­fi­ni­ty with the ar­tists whom an ex­hi­bi­tion at the Vil­la du Parc in An­ne­masse last sea­son ni­ce­ly de­fi­ned as “ico­no­gra­phers.” This uns­table ge­nea­lo­gy groups to­ge­ther ar­tists who work with ico­nic ma­te­rials that at first glance may seem do­cu­men­ta­ry or ex­pli­ca­tive, which they clas­si­fy and de­con­tex­tua­lize to in­fuse them with new mea­ning. Aran­cio has al­so made an ani­ma­ted video using an en­gra­ving by a se­ven­teenth-cen­tu­ry Je­suit priest. As the image slow­ly ro­tates we hear a sub-bass groan, res­pon­ding to ano­ther video scree­ned in the crypt, the ex­hi­bi­tion’s cen­ter­piece. Aran­cio used a Su­per-8 mo­vie ca­me­ra to film Fin­gal’s Cave in Scot­land and then su­per­im­po­sed eso­te­ric sym­bols. The sound waves make the whole space pulse with an ani­mist ener­gy. Aran­cio’s taxo­no­mies are ne­ver a sim­ply a re­view of the real. As with Bau­de­laire, we feel as if we were in a temple where the li­ving pillars so­me­times emit mudd­led words.

Translation, L-S Tor­goff

Sal­va­tore Aran­cio. « Une taxo­no­mie des sens et des formes ». Vue de l’ex­po­si­tion. (Ph. B. Adi­lon). Ex­hi­bi­tion view

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