Rir­krit Ti­ra­va­ni­ja

Ga­le­rie Chan­tal Crou­sel/ 6 juin - 18 juillet 2015

Art Press - - CONTENTS - Anaël Pi­geat

C’est un grand re­tour­ne­ment. Au pre­mier re­gard, l'es­pace de la ga­le­rie Chan­tal Crou­sel, au­quel on ac­cède d’ha­bi­tude par la rue Char­lot, est ré­duit à un mi­nus­cule es­pace, re­pro­duc­tion exacte des toi­lettes du CBGB, la my­thique boîte de nuit punk new-yor­kaise (1973-2006). À un dé­tail près, et il est de taille, les murs sont im­ma­cu­lés, à peine se­coués des re­liefs des an­ciens graf­fi­tis re­cons­ti­tués à l'aide de pho­to­gra­phies. Tout le mo­bi­lier que l'on ima­gine dans un tel lieu est en par­fait état de marche et in­vite à faire des ren­contres. Rir­krit Ti­ra­va­ni­ja, l'un des grands re­pré­sen­tants de l'es­thé­tique re­la­tion­nelle, pra­tique de­puis vingt ans ce prin­cipe de re­cons­ti­tu­tion : son ate­lier, la pé­niche Louise Ca­the­rine de Le Cor­bu­sier, et même les es­paces de l’ARC. N’est pas nou­velle non plus dans son oeuvre cette ré­fé­rence pleine d’hu­mour à la fi­gure de Du­champ– ici à son Uri­noir, à la der­nière Bien­nale de Shar­jah à son Porte-bou­teille et à son Eau de Voi­lette. Mais cette ex­po­si­tion, Un­tit­led 2015 (run like hell), se des­sine dans l’es­pace avec une adresse et une to­na­li­té re­nou­ve­lées. Après cette pre­mière vi­site, Rir­krit Ti­ra­va­ni­ja nous ren­voie dans la rue, du New York des an­nées 1970 au vieux Ma­rais, pour faire le tour du pâ­té de mai­son jus­qu’à l'ar­rière de la ga­le­rie rue de Sain­tonge. Une grande scène s'y dresse, re­po­sant sur des caisses comme dans un concert de punk. Cette sculp­ture – ou bien estce un mo­nu­ment ? – est en marbre blanc de Car­rare, scène ou­verte à tous les vi­si­teurs qui vou­draient es­sayer les ins­tru­ments lais­sés à leur dis­po­si­tion, et ma­gni­fique forme en at­tente. C’était donc ce­la, les sons que l’on en­ten­dait de­puis les toi­lettes de la rue Char­lot, que l’on re­trouve re­trous­sées dans la ga­le­rie sous la forme d’un cu­rieux vo­lume en contre­pla­qué ? Le soir du ver­nis­sage, a eu lieu un concert du groupe Che­veu. D’autres caisses de marbre qui jonchent le sol étaient rem­plies de tar­tines de lard de Co­lon­na­ta, spé­cia­li­té de la ré­gion de Car­rare tra­di­tion­nel­le­ment conser­vée dans le marbre, que les vi­si­teurs pou­vaient goû­ter ce jour-là. Peu de temps après, c’est de­vant la foire de Bâle que Rir­krit Ti­ra­va­ni­ja fai­sait par­ta­ger un re­pas aux pas­sants qui le dé­si­raient, en les in­vi­tant aux pré­pa­ra­tifs ou à faire la vais­selle ; le pa­villon de Do We Dream Un­der The Same Sky re­join­dra The Land, projet lan­cé en Thaï­lande en 1998 comme un lieu de ré­si­dence d’ar­tistes et d’ate­liers. En com­pa­rai­son de cette douce at­mo­sphère, il y a dans l’ex­po­si­tion Un­tit­led 2015 (run like hell) quelque chose de sombre. Faut-il y voir une autre al­lu­sion, même pleine de dé­ri­sion, à Du­champ et à son étrange pro­phé­tie de 1961: « le grand ar­tiste de de­main se­ra clan­des­tin » ? Est-ce un com­men­taire cy­nique sur l’art d’au­jourd’hui ? Le choix du punk n’est évi­dem­ment pas ano­din. Les des­sins des ma­ni­fes­ta­tions et les agrandissements de pages de Li­bé­ra­tion re­cou­vertes des mots « On ne peut pas si­mu­ler la li­ber­té d'ex­pres­sion », qui sont ac­cro­chées dans la pièce à cô­té, donnent à cette mu­sique une ac­tua­li­té in­tense. This is a big tur­na­round. At first glance, the gal­le­ry space at Chan­tal Crou­sel, usual­ly en­te­red from Rue Char­lot, has been re­du­ced to a ti­ny area, the exact re­pro­duc­tion of the rest rooms at New York’s le­gen­da­ry punk club, CBGB (19732006). Ex­cept for one si­gni­fi­cant de­tail: the walls are im­ma­cu­late, ba­re­ly de­fa­ced by the re­liefs of the old graf­fi­ti, re­cons­ti­tu­ted here using pho­to­graphs. All the fur­ni­shings one ex­pects to find in such a place are in per­fect wor­king or­der and en­cou­rage en­coun­ters. Rir­krit Ti­ra­va­ni­ja, one of the great pro­po­nents of re­la­tio­nal aesthe- tics, has been ma­king re­crea­tions for some twen­ty years now, whe­ther of his own stu­dio, Le Cor­bu­sier’s barge, Louise Ca­the­rine, or the spaces of the ARC gal­le­ry in Paris. Nor is the hu­mo­rous re­fe­rence to Du­champ here (the Uri­nal) un­pre­ce­den­ted; at the last Shar­jah Bien­nale he evo­ked the Bot­tle Rack and Eau de Voi­lette. But this ex­hi­bi­tion, Un­tit­led 2015 (run like hell), oc­cu­pies the space with a deft­ness and a tone that are quite new. Af­ter this first visit, Ti­ra­va­ni­ja sends us back out in­to the street, from the New York of the 1970s to the old Ma­rais, taking us round the block to the back of the gal­le­ry on Rue Sain­tonge. A big stage res­ts on crates, as if at a punk concert. This sculp­ture—or is it a mo­nu­ment?—is in white Car­ra­ra marble, and vi­si­tors who wish to can make use of the ins­tru­ments laid out there. It is al­so a ma­gni­ficent la­tent form. So was this it, the source of the sounds heard from the toi­lets on Rue Char­lot, which we find squa­shed in­to the gal­le­ry, in the form of a strange shape in ply­wood? On ope­ning night the group Che­veu played here. Other crates of marble lay around the floor, filled with bread spread with Co­lon­na­ta, the lar­do that is the spe­cial­ty of the Car­ra­ra re­gion and is tra­di­tio­nal­ly kept in marble, and which vi­si­tors could try. Short­ly af­ter­wards, at Art Ba­sel, Ti­ra­va­ni­ja sha­red a meal with willing pas­sers-by, in­vi­ting them to cook with him or do the dishes. His Do We Dream Un­der The Same Sky pa­vi­lion will be­come part of The Land, his ar­tists’ re­si­den­cies and stu­dios pro­ject in Thai­land. Com­pa­red to all this gentle com­men­sa­li­ty, there is a dar­ker streak in Un­tit­led 2015 (run like hell). Might it be an al­lu­sion, even a mo­cking one, to Du­champ and his strange pro­phe­cy in 1961: “the great ar­tist of to­mor­row will go un­der­ground”? Is it a com­men­ta­ry on today’s art? The choice of punk is ob­vious­ly si­gni­fi­cant, too. Dra­wings of de­mons­tra­tions and blow-ups of pages from Li­bé­ra­tion co­ve­red with the words “You can’t si­mu­late free­dom of ex­pres­sion” give this mu­sic an in­ten­se­ly to­pi­cal re­verb.

Translation, C. Pen­war­den

Cette page/ this page: « Un­tit­led. 2015 (Run like hell) ». Vues d’ex­po­si­tion / ex­hi­bi­tion views. (Ph. F. Klei­ne­fenn)

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.