MA­TIÈRE

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Cette évo­ca­tion amène à abor­der la ques­tion de la ma­tière, tout au­tant pré­sente dans le spec­tacle que dans les ex­po­si­tions de Mi­chel Fran­çois, on l’au­ra com­pris. Ici la dif­fé­rence pro­vient du fait que la ma­tière est ani­mée, presque vi­vante, car très sou­vent en con­tact ou en rap­port étroit avec le corps des pro­ta­go­nistes. Pro­lon­geant le corps, elle fait of­fice de pro­thèse, comme cette sculp­ture-pe­lote dont Léone dé­roule le fil de plus en plus ra­pi­de­ment, s’es- souf­flant au pas­sage, alors que la corde s’amon­celle à ses pieds en un tas in­forme, en contraste ab­so­lu avec la sphère de dé­part. Elle l’oc­culte en par­tie et l’uti­lise comme un masque, no­tam­ment quand Mi­chel se re­couvre le vi­sage de terre glaise, s’iso­lant ain­si du reste de l’ac­tion, se cou­pant de toute source vi­suelle et so­nore. Cette scène, aus­si courte que spec­ta­cu­laire vu la ma­tière uti­li­sée, contraste avec une autre du même type où une jeune femme reste le buste plâ­tré du­rant une bonne par­tie du spec­tacle, le temps que la prise sèche et qu’elle puisse être dé­mou­lée. Cette no­nac­tion est fil­mée en conti­nu, comme pour si­gni­fier qu’elle est tou­jours vi­vante sous ce masque. Une nou­velle fois, il s’agit de jouer sur dif­fé­rentes tem­po­ra­li­tés dont la conjonc­tion crée des phases d’in­ten­si­té dif­fé­rentes. Lorsque sur­vient la li­bé­ra­tion de la jeune femme de son car­can de plâtre, le spec­tacle prend alors un tout autre rythme. Les ob­jets bas­culent, se re­dressent, un bloc de glace fond sous les pro­jec­teurs, des frag­ments du ta­pis sont dé­cou­pés à la ma­chine. La scène, jus­qu’alors re­la­ti­ve­ment si­len­cieuse, se fait tout d’un coup très so­nore. Ou, du moins, on s’aper­çoit que le son a tou­jours été bien pré­sent, mais à des am­pli­tudes dif­fé­rentes, comme pour tout le reste des opé­ra­tions d’ailleurs. Entre théâtre, per­for­mance et ins­tal­la­tion, Take the Floor consti­tue une ma­ni­fes­ta­tion hy­bride, une sorte d’ov­ni vi­suel, pro­dui­sant des images en sé­quences suc­ces­sives dont l’une des qua­li­tés est de s’ins­crire du­ra­ble­ment dans nos mé­moires. Mi­chel Fran­çois Né en 1956, vit et tra­vaille à Bruxelles Ex­po­si­tions per­son­nelles ré­centes : 2015 Mi­chel Fran­çois, Tho­mas Dane Gal­le­ry, Londres ; Phi­laet­chou­ri, avec Ann Ve­ro­ni­ca Jans­sens, La Ver­rière, Fon­da­tion d’en­tre­prise Her­mès, Bruxelles ; Kuns­ten­fes­ti­val­de­sarts, Bruxelles Léone Fran­çois Née en 1991, vit et tra­vaille en Bel­gique Spec­tacles ré­cents : 2014 le Portrait de Do­rian Gray par Pa­trice Mincke 2015 la Théo­rie du Y par Ca­ro­line Taillet

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