Do­ris Sal­ce­do

Art Press - - EXPOSITIONS - Fré­dé­rique Jo­seph Lo­we­ry

Gug­gen­heim Mu­seum / 26 juin - 12 oc­tobre 2015 La rétrospective de l’oeuvre de Do­ris Sal­ce­do, or­ga­ni­sée par le mu­sée d’art contem­po­rain de Chi­ca­go en 2014, s’est dé­ployée tout l’été dans les ga­le­ries in­té­rieures du Gug­gen­heim Mu­seum. La place don­née à cette oeuvre – re­lé­guée à l’ar­rière – épouse son su­jet : les vic­times de meurtres po­li­tiques qui ont lais­sé des fa­milles en deuil et sans corps. Pour com­bler ce vide, l’ar­tiste a rem­pli l’es­pace de sculp­tures, mais, ce­lui-ci n’en ap­pa­raît pas moins comme une mise à dis­tance de la mort. Pri­ver un être de la trace de sa mort est le pri­ver de son hu­ma­ni­té, s’in­surge-t-elle. L’ar­tiste co­lom­bienne vit tou­jours dans un pays qu’ont quit­té quatre mil­lions de ré­fu­giés. Le deuil est son état et l’am­bi­tion de son tra­vail. Non pour illus­trer les té­moi­gnages de mas­sacres, mais en un pa­tient tra­vail d’écoute des proches ou de re­cherche des corps avec les sur­vi­vants, dans les char­niers quand ceux-ci sont mis au jour ( Atra­bi­la­rios). L’abo­mi­na­tion des crimes et la puis­sance trau­ma­tique condamnent la re­pré­sen­ta­tion. Le tra­vail est donc avant tout com­mé­mo­ra­tif : ce sont des meubles cou­pés et mê­lés à d’autres cou­lés dans le bé­ton, et dont l’ar­ma­ture est par­fois vi­sible ; ici et là, des bouts de vê­te­ments ou d’os en une sorte de mar­que­te­rie fu­nèbre. Ce sont des cages de lit mé­tal­lique d’hô­pi­tal ou d’or­phe­li­nat où est fra­gi­le­ment re­te­nu dans une en­coi­gnure un mi­nus­cule bé­bé en plas­tique em­maillo­té dans une peau trans­lu­cide. Ce sont des som­miers dont la grille mé­tal­lique est par en­droits en­ru­ban­née de che­mises rou­lées puis plâ­trées. Ces oeuvres sont, sur quatre étages, ac­com­pa­gnées d’un film mon­trant les « ac­tions de deuil » ef­fec­tuées sur les lieux où se sont pro­duits les meurtres de juges, de jour­na­listes... La perte d’un proche fait de nous un héros an­tique, dit-elle. Et ef­fec­ti­ve­ment, à la vio­lence ex­pé­di­tive de ces morts en grand nombre, Sal­ce­do op­pose un pa­tient tra­vail de Parques qui file la vie, la me­sure et la coupe. Un­land: elle fend des tables en deux et les joint. Elle en re­con­fi­gure ain­si la lon­gueur, puis les coud et perce le bois de leur pla­teau de mil­liers de trous in­fimes dans les­quels passent des che­veux noirs qui main­tiennent un pan de soie blanche à peine vi­sible, tant il n’en reste presque plus rien. Elle tisse ain­si les fibres de bois et ces che­veux, créant, lors­qu’on les re­garde à dis­tance, une illu­soire image d’usure ou de traces d’on ne sait quelle tor­ture. A flor de piel est une im­mense nappe de sang faite de pé­tales de roses main­te­nus en état de dé­com­po­si­tion et cou­sus en­semble. Elle tisse aus­si des fils de soie grège avec des ai­guilles, créant une tu­nique de souf­france (Dis­mem­be­red). Elle ren­verse des tables l’une sur l’autre, main­te­nues en­semble avec de la terre, et dans les­quelles de minces trous dans le bois mé­nagent le pas­sage à quelques brins d’herbe (Ple­ga­ria Mu­da). Sa cou­ture fu­né­raire est gran­diose. The Do­ris Sal­ce­do re­tros­pec­tive or­ga­ni­zed by the Chi­ca­go Mu­seum of Con­tem­po­ra­ry Art in 2014 was shown at the Gug­gen­heim this sum­mer. The place gi­ven the exhibition, the in­te­rior To­wer Gal­le­ries, fit its sub­ject: po­li­ti­cal mur­der vic­tims who have left their fa­mi­lies grie­ving but with no bo­dy. To fill that void, Sal­ce­do has filled this space with sculp­tures, but the re­sult is sim­ply a dis­tan­cing of death. To de­prive the dead of the re­mains of their life is to de­prive them of their hu­ma­ni­ty, she de­clares. This Co­lom­bian ar­tist still lives in a coun­try that four mil­lion re­fu­gees have fled. Mour­ning is the condi­tion and am­bi­tion of her work. Not to illus­trate eye­wit­ness ac­counts of mas­sacres, but as a pa­tient pro­cess of lis­te­ning to the lo­ved ones of the di­sap­pea­red and sear­ching for the bo­dy with the sur­vi­vors when mass graves are dis­co­ve­red ( Atra­bi­la­rios). The abo­mi­na­tion of these crimes and their trau­ma­tic po­wer doom any at­tempt at re­pre­sen­ta­tion. Con­se­quent­ly, this work is above all commemorative: fur­ni­ture cut up, mixed with other pieces and filled with concrete, the re­bar so­me­times vi­sible; pieces of clo­thing and bones in a sort of fu­ne­ra­ry mar­que­try; me­tal ba­by cribs from a hos­pi­tal or or­pha­nage, with, de­li­ca­te­ly held in a cor­ner, a mi­nus­cule plas­tic ba­by swadd­led in a trans­lucent skin; bed frames whose me­tal­lic mat­tress hol­ders are in­ter­mit­tent­ly be­rib­bo­ned with rol­le­dup shirts dip­ped in plas­ter. In ad­di­tion to the ins­tal­la­tions spread over four floors there is al­so a film sho­wing “acts of mour­ning” car­ried out on places where judges, jour­na­lists, etc., were mur­de­red. The loss of a lo­ved one turns us in­to a Greek tra­gic he­ro, Sal­ce­do says. In op­po­si­tion to so ma­ny sum­ma­ry, violent deaths, pa­tience is the word to des­cribe Parques, which threads to­ge­ther life, mea­su­re­ment and cross- sec­tions. For Un­land, she cut two tables in half and put them to­ge­ther, re­con­fi­gu­ring their length. Then she made thou­sands of ti­ny holes in the ta­ble­top and stit­ched it with black hairs hol­ding a swatch of white silk that is ba­re­ly vi­sible be­cause so lit­tle of it is left. By wea­ving to­ge­ther the woo­den fi­bers and the hair she crea­ted the illu­sion, when seen from a dis­tance, that we are seeing worn spots or traces of some uni­ma­gi­nable tor­ture. A flor de piel is an im­mense flow of blood made of sewn-to­ge­ther de­com­po­sing rose pe­tals. Raw silk threads are knit­ted to­ge­ther to form a kind of hair shirt ( Dis­re­mem­be­red). Tables are tur­ned up­side down and sta­cked; grass sprouts through ti­ny holes in the wood. As a fu­ne­ra­ry seamstress, Sal­ce­do is ma­gni­ficent.

Translation, L-S Tor­goff

au / ins­tal­la­tion view at So­lo­mon R. Gug­gen­heim Mu­seum, New York, 2015. (Ph. D. Heald)

(dé­tail). 2008-2010. Bois, bé­ton, verre, terre. (Coll. In­to­him Ph. P. Toc­ci). Wood, concrete, earth, grass

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