BPS22. Les mondes in­ver­sés

Art Press - - EXPOSITIONS - Ray­mond Ba­lau

BPS22 / 25 sep­tembre 2015 - 31 jan­vier 2016 Sans conteste l’un des centres d’art les plus in­té­res­sants en Bel­gique, le BPS22 a rou­vert ses portes le 25 sep­tembre après tra­vaux. Agran­di, en par­tie aux normes mu­séales, aug­men­té de plu­sieurs es­paces pour pro­jets in­ter­sti­tiels et bé­né­fi­ciant d’un cir­cuit en mez­za­nines qui mul­ti­plient les vues sur la grande halle et dé­sor­mais un éton­nant white cube, le BPS22 dis­pose d’un ou­til per­for­mant au coeur d’un site my­thique à Charleroi, l’Uni­ver­si­té du Tra­vail (U.T.). La dés­in­dus­tria­li­sa­tion et la fer­me­ture des char­bon­nages ont plom­bé les der­nières dé­cen­nies du « pays noir », avec ma­rasme ur­bain, af­faires sor­dides et nom­breuses friches. Mais un re­nou­veau se pro­file, au sein du­quel le monde de l’art a trou­vé un ter­rain d’élec­tion et bien­tôt le site de l’U.T. un ave­nir. Un pro­jet de dé­ve­lop­pe­ment ur­bain à hau­teur de 142 000 000 est à l’ordre du jour, avec pôle in­ter­uni­ver­si­taire, ci­té des mé­tiers, centre de de­si­gn, bref, un contexte pro­pice à d’in­té­res­santes co-pro­duc­tions. Le bâ­ti­ment est re­mar­quable. Il s’agit de l’an­cienne école pro­fes­sion­nelle de l’U.T., construite pour l’Ex­po­si­tion in­dus­trielle et com­mer­ciale Charleroi 1911. À sa fa­çade mo­nu­men­tale d’es­prit néo-clas­sique s’adossent trois grands es­paces de type in­dus­triel. Ce­lui de gauche abrite le BPS22 de­puis sa créa­tion en 2000, ce­lui du centre contient le vaste white cube et le troi­sième est en at­tente d’af­fec­ta­tion. En 1911, le lieu avait été inau­gu­ré par une ex­po­si­tion d’art an­cien et mo­derne, de Ro­gier van der Wey­den à Cons­tan­tin Meunier, en an­nexant au pas­sage An­toine Wat­teau. L’en­tre­prise était po­li­tique, face au mou­ve­ment fla­mand nais­sant. Avec le dé­clin éco­no­mique, le site de l’U.T. a pé­ri­cli­té. C’est ain­si qu’un centre d’art y a pris place. Di­ri­gé de­puis l’ori­gine par Pierre-Oli­vier Rol­lin, le BPS22 de­vient le Mu­sée d’art de la pro­vince de Hai­naut, dont l’une des mis­sions est la mise en va­leur de la col­lec­tion ré­gio­nale, avec un im­por­tant vo­let contem­po­rain. Une ex­po­si­tion de Marthe Wé­ry est ain­si pré­vue en 2016. Le concours d’ar­chi­tec­ture a été rem­por­té par l’« ar­chis­cé­no­graphe » Fi­lip Ro­land, se­con­dé par sa fille ar­chi­tecte, Ann-Vé­ro­nike Ro­land. Dans les li­mites étroites de 5 000 000 TTC pour 3 500 m2, avec res­pect du bud­get et du dé­lai, il s’est agi d’une ap­proche low cost sur toute la ligne, c’est-à-dire avec beau­coup d’idées, d’as­tuces, de ruses et de trou­vailles sub­su­mées sous une ap­pa­rente sim­pli­ci­té. Mais le concept spa­tial, qu’il n’est pas ai­sé de qua­li­fier – sauf en creux : ni grand geste, ni look at me, ni griffe, etc. –, est en réa­li­té as­sez com­plexe, tra­vaillé par une plas­ti­ci­té d’en­tailles, de re­touches, de mo­di­fi­ca­tions soi­gnées, d’ajouts par­ci­mo­nieux ou de ré­pa­ra­tions in­ven­tives, sans ex­clure de spec­ta­cu­laires dé­ploie­ments de ci­maises (2300 m2) pour ac­cueillir des oeuvres de grands for­mats, un atout ma­jeur du BPS22. Pour la ré­ou­ver­ture, Pierre-Oli­vier Rol­lin a mi­sé sur un thème qui lui est cher, conve­nant à un pu­blic large : les Mondes in­ver­sés. Art contem­po­rain et cultures po­pu­laires. Avec Ch­ris­to­pher Hill, Stuart Hall ou Mi­khaïl Ba­kh­tine en ar­rière-plan, une sorte de ker­messe s’est dé­ployée dans les es­paces re­mo­de­lés ou neufs, la sélection grou­pant des ar­tistes dé­jà liés au BPS22, des pro­duc­tions nou­velles et des oeuvres im­por­tantes is­sues de col­lec­tions pres­ti­gieuses, avec l’aide de la Fon­da­tion Mons 2015, qui a mis l’ex­po­si­tion à son pro­gramme. Par­mi la qua­ran­taine d’ar­tistes, on peut ci­ter Ma­ri­na Abra­mo­vic’, Je­re­my Del­ler, Wim Del­voye, Jim­mie Du­rham, Ken­dell Geers, Cart­sen Höl­ler, Mike Kel­ley, Paul McCar­thy, Jo­han Muyle, Yin­ka Sho­ni­bare Mbe, Walter Swen­nen, Pas­cale Mar­thine Tayou, Eric Van Hove ou en­core Ul­la von Bran­den­burg. Une fois le thème gé­né­ral ap­pré­hen­dé, qui sou­ligne les re­la­tions ten­dues entre cultures po­pu­laires et cultures of­fi­cielles ain­si que la pro­blé­ma­tique low culture / high culture, la pro­fu­sion des ré­so­nances sub­sé­quentes noie le pro­pos dans la di­ver­si­té : pi­ra­te­rie, per­ver­sion de l’ordre do­mi­nant, sa­voirs exo­gènes, sous-cultures, in­ver­sion du noble et du vil, éso­té­risme, dis­po­si­tifs ma­gi­co-spi­ri­tuels, syn­cré­tisme, tri­vial an­ti-mu­séal, mys­tiques po­pu­laires, am­bi­va­lences dé­co­ra­tives, af­fects in­cons­cients, at­ti­tudes li­ber­taires, my­tho­lo­gies bur­lesques, ef­fets hal­lu­ci­no­gènes, etc. Le foi­son­ne­ment des cultures po­pu­laires n’est plus un Autre de l’art, mais une de ses ex­ten­sions, et in­ver­se­ment. L’ex­po­si­tion n’est guère plus que la somme de ses par­ties, les si­gni­fi­ca­tions de beau­coup de pièces s’an­nu­lant dans un car­na­val de formes qu’il n’est pas évident de dé­mê­ler. L’oeuvre la plus grande, cen­sée don­ner le ton sur 140m2, est un texte d’Ed­ward Saïd mo­di­fié par Joe Scan­lan ( le Clas­sisme : une in­tro­duc­tion, 2015), sub­sti­tuant à l’op­po­si­tion Oc­ci­dent / Orient celle de l’art contem­po­rain et des cultures po­pu­laires ; elle est ar­due à com­prendre et n’éclaire pas vrai­ment le pro­jet. Pa­ra­doxa­le­ment, la dis­sé­mi­na­tion des oeuvres au fil d’un ac­cro­chage non exempt de fai­blesses a pour ef­fet de bien mon­trer le dis­po­si­tif ar­chi­tec­tu­ral va­rié, nuan­cé, qui donne même à l’ex­po­si­tion ce qui manque à sa co­hé­rence in­terne en ren­voyant de ma­nière très po­li­tique aux de­ve­nirs d’un site où le rôle his­to­rique du BPS22 s’af­fir­me­ra. In­con­tes­ta­bly one of Bel­gium’s most in­ter­es­ting art cen­ters, the re­hab­bed BPS22 ope­ned again Sep­tem­ber 25, now lar­ger and more in confor­mi­ty with mu­seum stan­dards, with se­ve­ral new spaces for in­ter­sti­tial pro­jects and a mez­za­nine cir­cuit of­fe­ring a se­ries of views on the vast concourse, trans­for­med in­to an as­to­ni­shing white cube. The BPS22 is lo­ca­ted on an em­ble­ma­tic site in Charleroi, the Uni­ver­si­té du Tra­vail (U.T.) For the past se­ve­ral de­cades the coun­try’s “black belt” has been ra­va­ged by dein­dus­tria­li­za­tion and the clo­sing of coal pits, lea­ving be­hind nu­me­rous aban­do­ned fa­cul­ties, sor­did scan­dals and ur­ban stag­na­tion. But a re­ne­wal seems to be un­der­way, with art among the so­cial sec­tors pro­mi­sed a bet­ter fu­ture, es­pe­cial­ly at the U.T. The ur­ban re­de­ve­lop­ment pro­ject with a 142 mil­lion eu­ro bud­get fo­re­sees an in­ter-university cen­ter, a trade and crafts school and a de­si­gn cen­ter—a pro­pi­tious context for in­ter­es­ting co­pro­duc­tions. The buil­ding, a for­mer vo­ca­tio­nal school built for the 1911 Charleroi In­dus­trial and Com­mer­cial Fair, is re­mar­kable. Be­hind its mo­nu­men­tal neo-Clas­si­cal fa­çade are th­ree large in­dus­trial buil­dings. The one on the left has been oc­cu­pied by the BPS22 since its foun­ding in 2010. The cen­ter buil­ding houses the vast white cube and the third is awai­ting a new as­si­gn­ment. The site was inau­gu­ra­ted in 1911 with an exhibition of ear­ly and mo­dern art ranging from Ro­gier van der Wey­den to Cons­tan­tin Meunier, with a slight de­tour for An­toine Wat­teau. The show was a po­li­ti­cal sta­te­ment, re­flec­ting the rise of the Fle­mish na­tio­na­list mo­ve­ment. As the lo­cal eco­no­my de­cli­ned, so did the U.T. That’s how the site came to be oc­cu­pied by an art cen­ter. Di­rec­ted since the be­gin­ning by Pierre-Oli­vier Rol­lin, the BPS22 be­came the Hai­naut pro­vince Art Mu­seum. One of its mis­sions is to show­case re­gio­nal art, in­clu­ding con­tem­po­ra­ry work. For example, a Marthe Wé­ry exhibition is sche­du­led for 2016. The ar­chi­tec­tu­ral com­pe­ti­tion was won by the “ar­chi-sce­no­gra­pher” Fi­lip Ro­land, ba­cked up by his ar­chi­tect daugh­ter Ann-Vé­ro­nike Ro­land. With a fun­ding of on­ly five mil­lion eu­ros for 3,5000 square me­ters, they had to em­ploy cle­ver bud­get-stret­ching ideas at eve­ry le­vel of their de­si­gn, whose ap­pa­rent sim­pli­ci­ty keeps the ruses and

avec la nou­velle en­trée, sous le bal­con. © Les­lie Ar­ta­mo­now) The new en­trance of the BPS22

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