Nil Yal­ter

Art Press - - EXPOSITIONS - Anaël Pi­geat

La Ver­rière - Fon­da­tion d’en­tre­prise Her­mès/ 2 oc­tobre - 5 dé­cembre 2015 L’oeuvre de Nil Yal­ter ré­sonne éton­nam­ment avec l’ac­tua­li­té ré­cente. Il y a pour­tant cin­quante ans que cette ar­tiste d’ori­gine turque, ins­tal­lée à Pa­ris en 1965 par l’ef­fet d’un « exil cultu­rel vo­lon­taire » comme elle le dit elle-même, tra­vaille sur les ques­tions des mi­gra­tions, du no­ma­disme et de l’exil. Por­teur de mes­sages fé­mi­nistes très forts, son tra­vail a été peu mon­tré à Pa­ris (deux ex­po­si­tions à l’ARC en 1973 et 1983), un peu plus, mais à peine, à l’étran­ger. Par les temps qui courent – est-ce un ef­fet de ré­sis­tance au be­soin de consom­ma­tion de jeunes ar­tistes par le mar­ché, ou le ré­sul­tat de son contour­ne­ment ? – les re­dé­cou­vertes sont nom­breuses d’ar­tistes d’un cer­tain âge, sou­vent des femmes, dont les tra­vaux pré­sentent une grande fraî­cheur, Shei­la Hicks ou Etel Ad­nan par exemple. Il est pas­sion­nant de re­dé­cou­vrir le tra­vail de Nil Yal­ter que Guillaume Desanges pré­sente à la Ver­rière de Bruxelles dans son pro­gramme de trois ans Des gestes de la pen­sée. L’ex­po­si­tion s’ouvre sur une tente que Nil Yal­ter a réa­li­sée en 1976 avec un ami eth­no­logue pour une ex­po­si­tion à l’ARC, et qu’elle a re­tra­vaillée pour l’oc­ca­sion. Elle avait alors pas­sé 24 heures avec des no­mades d’Ana­to­lie. Il s’agit d’une mai­son des femmes, lieu de pou­voir et d’en­fer­me­ment à la fois. La struc­ture de bois tra­di­tion­nelle a été rem­pla­cée par des barres d’alu­mi­nium cou­vertes de mor­ceaux de feutre qui rap­pellent à la fois les oeuvres de Jo­seph Beuys et les salles d’ex­po­si­tion de l’an­cien Mu­sée de l’Homme. On peut y lire des ins­crip­tions du poète russe Ve­li­mir Kh­leb­ni­kov et du ro­man­cier et jour­na­liste kurde Ya­char Ke­mal. Tout au­tour sont ac­cro­chées des peaux de bêtes or­nées de franges, sym­boles des bien­faits du ciel qui tombent sur la terre. Sur le mur du fond, quelques col­lages da­tés de 1974 com­plètent cette vi­sion ; ils dé­taillent des tech­niques tra­di­tion­nelles se­lon les mé­thodes de l’eth­no­lo­gie. Sur le cô­té, une sé­rie de tra­vaux sur pa­pier des­sine un voyage de trois jours en Orient Express Di­rect. Des­sins aux crayons de cou­leur et à l’encre, po­la­roids et lignes de textes se mêlent dans un ré­cit qui s’achève avec une vi­déo, trans­po­si­tion d’un an­cien film tour­né en Su­per 8, en­ri­chi ré­cem­ment de quelques images en 3D, signe que Nil Yal­ter n’a rien per­du de sa ma­lice. On y voit tour à tour les com­par­ti­ments du train, des vil­lages par la fe­nêtre et des rails à perte de vue. Les pas­sa­gers rou­mains, ar­mé­niens, you­go­slaves et turcs sont à peu près in­vi­sibles mais on sait leur pré­sence par les lignes de textes. À la même époque, Nil Yal­ter a tra­vaillé sur la ques­tion des tra­vailleurs im­mi­grés, sur la pri­son des femmes de la rue de la Roquette, elle a fait des af­fi­chages sau­vages à Pa­ris, à Bom­bay, à Va­lence et à Vienne dans le quar­tier des im­mi­grés. Elle pré­sente à Bruxelles une nou­velle pièce qui re­prend l’une de ces af­fiches, aug­men­tée d’un néon rouge qui énonce: « Exile is a hard job ». Le temps a pas­sé, mais peu de chose a chan­gé. Nil Yal­ter’s work is as­to­ni­shin­gly in sync with current events. Yet this ar­tist of Tur­kish ori­gin has been wor­king with is­sues like mi­gra­tion, no­ma­dism and exile for fif­ty years since she mo­ved to Pa­ris as a “vo­lun­ta­ry cultu­ral exile” her­self in 1965. Her work, with its strong fe­mi­nist mes­sage, has been seldom seen in Pa­ris (two ex­hi­bi­tions at the ARC in 1973 and 1983) and on­ly slight­ly more abroad. Whe­ther as a si­gn of re­sis­tance against the mar­ket and its ap­pe­tite for young ar­tists or its sub­ver­sive re­sult, la­te­ly ma­ny ol­der ar­tists The show be­gins with a tent Yal­ter made with an eth­no­lo­gist friend for in 1976 for a show at the ARC, and re­wor­ked for this new oc­ca­sion. At the time she spent 24 hours with Ana­to­lian no­mads. The tent is a home for wo­men, a site of both po­wer and im­pri­son­ment. The tra­di­tio­nal woo­den struc­ture was re­pla­ced with alu­mi­num bars co­ve­red with sheets of felt, re­cal­ling both Jo­seph Beuys’s ins­tal­la­tions and the old Mu­sée de l’Homme, the Pa­ris an­thro­po­lo­gy mu­seum. Ins­cri­bed on it are verses by the Rus­sian poet Ve­li­mir Kh­leb­ni­kov and the Kur­dish no­ve­list and jour­na­list Ya­shar Ke­mal. Hung around the ex­te­rior are frin­ged ani­mal skins, sym­bols of the good things that hea­ven bes­tows upon the earth. This vi­sion is fur­ther de­ve­lo­ped by the col­lages (da­ting to 1974) on the wall be­hind the tent, which give a tra­di­tio­nal eth­no­lo­gi­cal ex­po­si­tion of the tech­niques in­vol­ved. On the side are a se­ries of crayon and ink dra­wings on pa­per about a th­ree-day jour­ney on the Orient Express Di­rect. Dra­wings, Po­la­roids and lines of text com­bine to pro­duce a sto­ry that ends with foo­tage from an old Su­per8 film conver­ted to vi­deo and re­cent­ly en­ri­ched with some 3-D images, a si­gn that Yal­ter is as mi­schie­vous as ever. By turns we are shown train com­part­ments, vil­lages glimp­sed through the win­dows and rails ex­ten­ding as far as the eye can see. The passengers, a mix of Ro­ma­nians, Ar­me­nians, Yu­go­slavs and Turks, are all but in­vi­sible, but the lines of text make their pre­sence known. At the same time as when she was ma­king this piece, Yal­ter was doing work concer­ning im­mi­grant wor­kers and the pri­son for wo­men on Rue de la Roquette in Pa­ris. She put up wall pos­ters on the streets of Pa­ris, Bom­bay, Va­len­cia and an im­mi­grant neigh­bo­rhood in Vien­na. The current Brus­sels show pre­sents a new piece re­cy­cling one of these pos­ters with an ad­ded neon si­gn saying, “Exile is a hard job.” Time has pas­sed, but not much has chan­ged.

Translation, L-S Tor­goff

(dé­tail). 1976 (Court. de l’ar­tiste et Hu­bert Win­ter Gal­le­ry © Pixel­storm, Vienne)

1973. (Court. San­tra­lis­tan­bul Col­lec­tion)

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