Pierre Rei­mer

Art Press - - REVIEWS - Anaël Pi­geat

Mai­son eu­ro­péenne de la pho­to­gra­phie / 9 sep­tembre-31 oc­tobre 2015 ; Ga­le­rie du Jour/agnès b / 6 no­vembre-19 dé­cembre 2015 Le plus beau est d’un gris bleu­té avec des pi­cots plats, plein de dé­li­ca­tesse et de re­te­nue. En guise d’in­tro­duc­tion à son ex­po­si­tion de la Mai­son eu­ro­péenne de la pho­to­gra­phie, Pierre Rei­mer montre une par­tie de sa col­lec­tion de Le­gos ; ils ont été soi­gneu­se­ment choi­sis et ali­gnés dans une vi­trine, de cou­leurs et de tailles toutes dif­fé­rentes comme une col­lec­tion de cailloux. Ce sont eux que l’on re­trouve, en une mu­raille illu­sion­niste, dans Range tes af­faires, ver­ti­gi­neuse pho­to­gra­phie vi­sible dans une deuxième ex­po­si­tion à la ga­le­rie du Jour / agnès b. Rien dans ces images n’est ja­mais to­ta­le­ment vi­sible ni com­plè­te­ment ra­con­té. Et la pre­mière ex­po­si­tion fi­nit au mo­ment où com­mence la deuxième. C’est avec toutes sortes d’ob­jets que Pierre Rei­mer construit de­puis le mi­lieu des an­nées 1980 un monde où les formes se ré­pondent l’air de rien, dans une co­hé­rence af­fo­lante. À la MEP, une sélection de pho­to- gra­phies, presque toutes réa­li­sées à la chambre, in­vite à faire des tours entre la Pro­vence, le Ja­pon, la Ré­pu­blique tchèque et Rome où Pierre Rei­mer a pas­sé quelques temps à la Vil­la Mé­di­cis. On re­garde la pluie tom­ber d’un sac en plas­tique, on traîne entre les murs aban­don­nés d’un ter­rain de jeu, on re­garde la tour Eif­fel ou des pe­tits riens à tra­vers des masques sou­vent très drôles et par­fois un peu ef­frayants. Sur­tout, un chat n’est ja­mais un chat. Des ob­jets se suc­cèdent sur une ligne droite, to­ta­le­ment flous ou d’une ab­so­lue pré­ci­sion ; il s’agit de l’une des images qui ont par la suite été in­té­grées dans la vi­déo Mo­dell (2004) (pro­je­tée dans l’au­di­to­rium avec d’autres vi­déos de Pierre Rei­mer). C’est une autre ligne que des­si­ne­rait l’au­to­mo­bile Jus­tine (2009), de la sé­rie Azimut droit, si elle était lan­cée à pleine vi­tesse, car elle a été construite sans freins. Sur le mur voi­sin, les pho­to­gra­phies sont ac­cro­chées par taille dé­crois­sante, comme un cou­rant d’air. Il y a peu de li­mites dans ce tra­vail. La pro­me­nade se pour­suit dans Al­ler­Re­tour, à la ga­le­rie du Jour, où l’on est ac­cueilli par quelques points de ta­pis­se­rie, Por­trait of a La­dy (2015), un pe­tit mo­nu­ment, au­to­nome, bru­tal et dé­li­cat à la fois. Comme dans l’Aleph de Bor­gès, le monde est conte­nu dans un re­gard. Un T-shirt pen­dille sur un fil, les an­neaux roses de Sa­turne se des­sinent sur un mur bleu, un chien en plas­tique se cache sous un dra­peau bleu blanc rouge comme il le fe­rait der­rière une co­lonne, des gla­çons fondent avec un peu de to­mate, lé­gè­re­ment dé­goû­tants et ter­ri­ble­ment jo­lis. S’agit-il là de re­trou­vailles avec des images ou­bliées, ou bien d’une re­mise au pré­sent per­pé­tuel de quelques an­ciennes pré­oc­cu­pa­tions ? Em­maüs est de toute fa­çon la source de bien des his­toires. Dans une nou­velle vi­déo, En­core !! (2014-2015) des gens courent droit de­vant eux sur la piste d’une chasse au tré­sor ; un grand angle dé­forme lé­gè­re­ment les pers­pec­tives. Leurs ac­cé­lé­ra­tions en rap­pellent d’autres. Mais à la Grande Roue (2015) qui oc­cupe le centre de la ga­le­rie, on ne gagne ja­mais, ou bien tou­jours. C’est comme au mo­ment du car­na­val, ce­lui où tout est per­mis, ou comme dans les mi­roirs dé­for­mants d’une fête fo­raine. The fi­nest one is bluish gray with flat studs, ve­ry de­li­cate and re­strai­ned. By way of an in­tro­duc­tion to his show at the Mai­son Eu­ro­péenne de la Pho­to­gra­phie, Pierre Rei­mer is sho­wing part of his Le­go col­lec­tion, ca­re­ful­ly cho­sen and li­ned up in a dis­play win­dow, or­ga­ni­zed by co­lor and size like a col­lec­tion of pebbles. They ap­pear again in Range tes af­faires, a stun­ning pho­to that fea­tures in the ar­tist’s se­cond show, at Ga­le­rie du Jour/agnèsb. No­thing in these images is ei­ther to­tal­ly vi­sible nor to­tal­ly nar­ra­ted. And the first exhibition en­ded just as the se­cond was be­gin­ning. It was in the mid-1980s that Rei­mer be­gan ma­king ob­jects that dis­creet­ly come to­ge­ther to form a world of in­cre­dible coherence. At the MEP, a se­lec­tion of pho­tos, near­ly all ta­ken with a view camera, took us on a tour around Pro­vence, Ja­pan, the Czech Re­pu­blic and Rome, where Rei­mer was a re­sident at the Vil­la Me­di­ci. We see rain falling from a plas­tic bag, we hang around wi­thin the crum­bling walls of a play­ground, we ob­serve the Eif­fel To­wer through masks that are of­ten ve­ry fun­ny and so­me­times a bit frigh­te­ning. Above all, a spade here is ne­ver a spade. Ob­jects fol­low on in a straight line, to­tal­ly blurred or ut­ter­ly pre­cise. There is one of the images that was la­ter in­clu­ded in Mo­dell (2004), shown in the au­di­to­rium along with other films by Rei­mer. Ano­ther line seems to de­li­neate the car Jus­tine (2009), in the Azimut droit se­ries, a car seen at full speed be­cause built wi­thout brakes. On the fa­cing wall, pho­to­graphs are hung in or­der of size, like a draft. This work has few li­mits. The pro­me­nade conti­nued with Al­ler-Re­tour, at Ga­le­rie du Jour, where we were wel­co­med by a few ta­pes­try stitches, Por­trait of a La­dy (2015), a small, au­to­no­mous mo­nu­ment, at once bru­tal and de­li­cate. As in Aleph by Borges, the world is contai­ned in a gaze. A T-shirt hangs on a line, the pink rings of Sa­turn ap­pear on a blue wall, a plas­tic dog hides un­der a tri­co­lor flag as it would be­neath a co­lumn, ice cubes melt with a bit of to­ma­to, slight­ly dis­gus­ting and ve­ry pret­ty. Is this a re­mi­nis­cence of for­got­ten images, or old concerns brought in­to a per­pe­tual present? Ma­ny of these sto­ries ori­gi­nate in the th­rift store Em­maüs. In a new vi­deo, En­core !! (2014-2015) people are seen run­ning on some kind of trea­sure hunt, the pers­pec­tive slight­ly de­for­med by a wide-angle lens. Still, on the Grande Roue (2015) that oc­cu­pies the cen­ter of the gal­le­ry you ne­ver win, or al­ways: it’s the same thing. It’s like car­ni­val, when any­thing goes, or the de­for­ming mir­rors of a fun­house.

Translation, C. Pen­war­den

Ci-des­sus/ above: 2000. Ci-contre/ op­po­site:

2015.

(© P. Rei­mer)

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