JR. DE­CADE. Por­trait d’une gé­né­ra­tion

Art Press - - EXPOSITIONS - Em­ma­nuel Day­dé

Ga­le­rie Per­ro­tin / 12 sep­tembre - 17 oc­tobre 2015 Plus at­ten­tif aux mi­sé­rables de la vie qu’aux ins­tants dé­ci­sifs de la pho­to­gra­phie, JR a da­van­tage les al­lures d’un Vic­tor Hu­go du 21e siècle que d’un nou­veau Car­tier-Bres­son. Quand Jean Val­jean donne la main à Co­sette toute trem­blante sur le che­min vi­ci­nal qui mène à Mont­fer­meil, cet « en­droit pai­sible et char­mant » n’est « sur la route de rien ». En 2005, si « les plus grandes émeutes de l’His­toire de France contem­po­raine » (se­lon Gilles Ké­pel) éclatent à Cli­chyMont­fer­meil – aux Bos­quets –, c’est parce qu’au­cun Jean Val­jean n’est ve­nu tendre la main à Zyed Ben­na et à Bou­na Trao­ré, élec­tro­cu­tés alors qu’ils ten­taient de fuir un contrôle po­li­cier. Ayant dé­bu­té son pro­jet Por­trait d’une gé­né­ra­tion aux Bos­quets l’an­née pré­cé­dente, JR a col­lé sur les im­meubles in­sa­lubres des images grands for­mats de son ami réa­li­sa­teur Ladj Ly, qui pointe sa ca­mé­ra vers le spec­ta­teur, comme une arme de poing. L’ef­fet de ses af­fiches, lais­sées sur les murs au mi­lieu de la gué­rilla de rue, est sai­sis­sant. Re­fu­sant de contri­buer à vé­hi­cu­ler la ter­reur, qui ne cor­res­pond pas à une réa­li­té qui n’in­té­resse per­sonne, JR s’in­ter­roge alors sur l’image ren­voyée par ses amis. En 2006, il pho­to­gra­phie leurs vi­sages gri­ma­çant en gros plan, avec un ob­jec­tif dé­for­mant de 28 mm, et ex­pose ces épou­van­tails pour rire dans tout Pa­ris. En 2012, au mo­ment où, en ré­ponse aux émeutes, les barres de la ci­té sont pro­mises à la dé­mo­li­tion, JR s’in­tro­duit de nuit dans la ci­té fan­tôme pour col­ler bouches et yeux de ses ca­ma­rades sur les murs des ap­par­te­ments. Il filme en­suite en vi­déo la grue qui, de ses griffes poin­tues, vient ron­ger la car­casse des im­meubles, dé­voi­lant tous ces re­gards de Caïn im­pré­vus dans le bé­ton éven­tré. Pour­sui­vant son feuille­ton hu­go­lien, JR ne fait pas dan­ser les ha­bi­tants de Mont­fer­meil – comme Jé­rôme Bel – mais convainc le New-York Ci­ty Bal­let de cho­ré­gra­phier les émeutes fran­çaises, en les cen­trant au­tour de la ren­contre de Ladj Ly avec une jour­na­liste. Entre le Sacre du Prin­temps ver­sion Bé­jart et le West Side Sto­ry de Rob­bins, son bal­let néo­clas­sique les Bos­quets op­pose le dan­seur de hip-hop Lil’Buck à la dan­seuse clas­sique Lau­ren Lo­vette, sur une mu­sique hol­ly­woo­dienne d’Hans Zim­mer et de ses amis. Re­créant le bal­let sur les lieux mêmes du drame avec la troupe de l’Opé­ra de Pa­ris, JR en­re­gistre, dans un nou­veau court-mé­trage, les mou­ve­ments fous des col­lants tra­més qui lancent des pierres et des tu­tus de cygnes qui ago­nisent sur l’as­phalte, mixés en­suite avec des re­por­tages pris sur le vif des émeutes. Dé­mul­ti­pliant sa ré­vo­lu­tion ico­nique, l’ar­tiste com­bat le réel en trans­for­mant ses pho­to­gra­phies de dan­seurs en des encres sur bois, telles des choses à la fois vues et rê­vées. Trans­por­tant le corps de bal­let sur le toit de l’Opé­ra de Pa­ris ou sur le port de contai­ners du Havre – en sou­ve­nir du dé­cor uti­li­sé par Ri­chard Pe­duz­zi pour Quai Ouest de Ber­nard-Ma­rie Kol­tès – JR ana­mor­phose la force fra­gile du corps des dan­seurs en un re­gard in­qui­si­teur, por­té sur le monde tel qu’il ne va pas. More concer­ned with les mi­sé­rables than de­ci­sive mo­ments in pho­to­gra­phy, JR is more like a twen­ty-first cen­tu­ry Vic­tor Hu­go than a new Car­tier-Bres­son. When Jean Val­jean rea­ched out to the trem­bling Co­sette by the hand on the path lea­ding to Mont­fer­meil, that “char­ming, pea­ce­ful place” was “on the road to now­here.” In 2005, if “the big­gest riots in con­tem­po­ra­ry French his­to­ry” (ac­cor­ding to Gilles Kepel) broke out in the Bos­quets hou­sing pro­ject in Clichy-Mont­fer­meil, it was be­cause no Jean Val­jean came to reach out to Zyed Ben­na and Bou­na Trao­ré, two tee­na­gers elec­tro­cu­ted as they fled a po­lice ID stop. When he be­gan his Por­trait d’une gé­né­ra­tion aux Bos­quets, the year be­fore, on the pro­ject’s di­la­pi­da­ted walls JR glued large for­mat pho­tos of his film di­rec­tor friend Ladj Ly, whose poin­ted camera loo­ked like a hand­gun ai­med at the vie­wer. The ef­fect of these wall pos­ters left in the middle of what could be des­cri­bed as a war zone is stri­king. Re­fu­sing to be­come com­pli­cit in crea­ting a cli­mate of fear, a cli­mate that does not cor­res­pond to the rea­li­ty that so ma­ny people find unin­te­res­ting, at that point JR was more in­te­res­ted in in­ter­ro­ga­ting the image conveyed by his friends. In 2006, he took close-up shots of them ma­king faces, using a dis­tor­ting 28 mm lens, and pos­ted these sca­re­crows all over Pa­ris. In 2012, when, in res­ponse to the riots, these hou­sing blocks were sche­du­led for de­mo­li­tion, JR slip­ped in­to the pro­jects at night to glue pho­tos of his friends’ mouths and eyes on apartment walls. La­ter, he fil­med the de­mo­li­tion crane as its poin­ted claws tore the buil­dings down, ex­po­sing their Cain-like gazes amid the gut­ted concrete. Pur­suing his Hu­go­lian sa­ga, ins­tead of ha­ving the in­ha­bi­tants of Mont­fer­meil dance, as did Jé­rôme Bel, he convin­ced the New York Ci­ty Bal­let to cho­reo­graph

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