Franck Scur­ti

Art Press - - REVIEWS - Anaël Pi­geat

Ga­le­rie Mi­chel Rein / 5 - 26 sep­tembre 2015 Franck Scur­ti est un gla­neur mais il a aus­si quelque chose du pres­ti­di­gi­ta­teur. The Spi­rit of Du­nois Street, à la ga­le­rie Mi­chel Rein, marque un tour­nant dans son tra­vail, comme la cris­tal­li­sa­tion des re­cherches me­nées au cours des an­nées ré­centes. Il y a plu­sieurs lec­tures pos­sibles de cette ex­po­si­tion qui consiste en une pro­me­nade poé­tique, avec lui sur les trot­toirs de la rue Du­nois, dans le trei­zième ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris où son ate­lier est ins­tal­lé de­puis quelques an­nées. Dans la pre­mière salle par exemple, la plus réus­sie, trois mor­ceaux d’un mur de brique rouge, en­core mar­qués de join­tures de ci­ment qui font pen­ser à des traces de crème chan­tilly sur un gâ­teau, sont so­clés comme les ob­jets d’un ca­bi­net de cu­rio­si­tés. Ils sont cha­cun sur­mon­tés de deux boules blanches ; on di­rait des balles de ping-pong dont on ima­gine le bruit sec. Un trait de bombe comme de la craie et ce sont trois vi­sages qui ap­pa­raissent, ou trois masques afri­cains, qui portent le poids de l’his­toire et la lé­gè­re­té de l’ins­tant. Sur le mur juste der­rière sont ac­cro­chées quatre études de mains te­nant des sphères, ma­gni­fi­que­ment, et très drô­le­ment des­si­nées sur les pages sau­mon d’un jour­nal : com­po­si­tions in­gresques sur fond de résultats bour­siers, et com­men­taires sur les spé­cu­la­tions du mar­ché de l’art. Quand Franck Scur­ti ra­conte l’ex­po­si­tion, il in­siste sur les évé­ne­ments qui en ont mar­qué l’éla­bo­ra­tion, comme par exemple l’ap­pa­ri­tion d’une pièce de mon­naie tom­bée sur un trot­toir, qui a pro­vo­qué l’émer­veille­ment d’une pas­sante. La forme de cette pièce ré­sonne avec un disque doré, so­leil le­vant signe d’un éter­nel re­com­men­ce­ment. Ces his­toires se ma­té­ria­lisent dans ses oeuvres, en l’oc­cur­rence un rai de lu­mière des- si­né sur l’en­ca­dre­ment d’une fe­nêtre pour l’ap­pa­ri­tion de la pièce jaune. On re­trouve ici et là les ten­sions des ma­té­riaux qui étaient en jeu dans ses oeuvres pré­cé­dentes, la ré­sille struc­tu­rante de l’in­té­rieur d’une ci­maise trans­fi­gu­rée en un pré­cieux filet doré, ou en­core un mi­roir en­ser­ré dans une gaine de plas­tique, sou­ve­nir d’un jeu de mots in­vo­lon­taire de sa fille âgée de trois ans. Émanent en­fin, des tra­vaux de Franck Scur­ti, d’éton­nantes ré­mi­nis­cences de l’his­toire de l’art. De celles-ci, il ne parle pas au pre­mier abord, une ma­nière de conser­ver une forme de lé­gè­re­té ou de re­te­nue, et pour­tant elles sont bien pré­sentes. Libre donc au vi­si­teur de re­trou­ver l’al­lure cu­bi­sante d’une ins­tal­la­tion de verre avec bou­teille faite de ma­té­riaux pauvres ré­cu­pé­rés dans la rue, le sou­ve­nir de Rrose Se­la­vy dans le cadre de fe­nêtre d’où tombe le ra­bat d’un coffre de voi­ture, des sou­ve­nirs de Fluxus et de Mar­cel Du­champ dans un échi­quier mul­ti­co­lore fait de frag­ments de gou­dron, une trace des af­fi­chistes dans des mor­ceaux de pa­pier ar­ra­chés à une pa­lis­sade, ou en­fin des ac­cents pop ici et là. Franck Scur­ti is a glea­ner but he’s al­so so­me­thing of a pres­ti­di­gi­ta­tor. The Spi­rit of Du­nois Street, at the Mi­chel Rein gal­le­ry, marks a tur­ning point in his work, the crys­tal­li­za­tion of his ex­pe­ri­ments over the past few years. There are se­ve­ral ways to read this exhibition that is like a poe­tic pro­me­nade, ac­com­pa­nied by the ar­tist him­self, along the si­de­walks of Rue Du­nois, in Pa­ris’s thir­teenth ar­ron­dis­se­ment, where he has had a stu­dio for ma­ny years. In this first room, for example, the most suc­cess­ful in this exhibition, th­ree pieces of a red brick wall, with traces of mor­tar on their edges like whip­ped cream on a cake, are set on pe­des­tals as if they were ob­jects in a cu­rio­si­ty ca­bi­net. A white ball sits atop each of them, like a ping-pong ball whose sharp, pu­ckish sound we can ima­gine. A line drawn with ae­ro­sol spray ins­tead of chalk makes th­ree faces ap­pear, th­ree Afri­can masks, car­rying the weight of his­to­ry and the light­ness of the ins­tant. On the wall right be­hind them are four stu­dies of hands hol­ding spheres, ma­gni­fi­cent­ly and ve­ry hu­mo­rous­ly drawn on the pin­kish pages of a news­pa­per, Ingres-esque com­po­si­tions against a back­ground of stock mar­ket quotes—a com­men­ta­ry on art mar­ket spe­cu­la­tion. When Scur­ti talks about this show, he em­pha­sizes the events that oc­cur­red when he was ma­king these pieces, such as the sud­den ap­pea­rance of a coin on a si­de­walk that ama­zed a la­dy pas­ser-bye. The coin’s shape is that of a gol­den disc, a ri­sing sun, em­ble­ma­tic of eter­nal re­com­men­ce­ment. These sto­ries are embodied in his work— to take ano­ther example, a beam of light drawn on a win­dow frame by the ap­pea­rance of the yel­low coin. Here once again we find the ten­sions in the ma­te­rials that cha­rac­te­ri­zed his ear­lier pro­duc­tions, like the struc­tu­ral web­bing in­side a stret­cher trans­for­med in­to a pre­cious gold net, or the mir­ror in­ser­ted in­to a plas­tic sheath, a me­men­to of an unin­ten­ded pun made by his th­ree year old daugh­ter. Scur­ti’s work al­so exudes ama­zing re­fe­rences to art his­to­ry. He doesn’t talk about these par­ti­cu­lar works at first, per­haps as a way to keep the mood light, ele­gant and re­strai­ned, but these ci­ta­tions are real­ly there. It’s up to vi­si­tors to catch the Cu­bism in the glass ins­tal­la­tion with a bot­tle made of ma­te­rials sca­ven­ged in the street; the me­mo­ry of Rrose Se­la­vy in the win­dow frame with a car trunk hood falling out of it, of Fluxus and Mar­cel Du­champ in the mul­ti­co­lo­red chess­board made of pieces of tar; the traces of the pos­ter art mo­ve­ment in the pieces of pa­per snat­ched from a wall; and the Pop al­lu­sions scat­te­red a bit eve­ryw­here.

Translation, L-S Tor­goff

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.