Barthes, la pho­to, le ci­né­ma, l’ami­tié Barthes: films, friend­ships, fine-tu­ning

Art Press - - ÉDITO -

Ex­po­si­tions, col­loques, parutions de livres : cette an­née au­ra été l’an­née Ro­land Barthes. Elle n’est pas ter­mi­née. Les ma­ni­fes­ta­tions sus­ci­tées par la cé­lé­bra­tion du cen­te­naire de la nais­sance de l’écri­vain sont l’oc­ca­sion de me­su­rer mieux la force et l’am­pleur de son oeuvre, comme les rai­sons de la sin­gu­lière vio­lence avec la­quelle elle a été fine-tu­nin­gre­çue. Rap­pe­lons l’ex­po­si­tion de la Bi­blio­thèque na­tio­nale de France ; l’imposante bio­gra­phie de Ti­phaine Sa­moyault ; l’Al­bum Ro­land Barthes où, sous la di­rec­tion d’Éric Marty, ont été réunis in­édits, images, do­cu­ments di­vers ; le col­loque, au Centre Pom­pi­dou, qui a eu pour ob­jet un as­pect de l’oeuvre jus­qu’alors peu com­men­té, le lien am­bi­gu que Barthes a en­tre­te­nu avec le ci­né­ma. Il était en­ten­du, no­tam­ment de­puis la pu­bli­ca­tion de la Chambre claire, que Barthes ai­mait la pho­to et dé­tes­tait le ci­né­ma. Trois livres et un texte dans une re­vue sont ve­nus ré­cem­ment nuan­cer une telle ap­pré­cia­tion. L’es­sai de Jean Nar­bo­ni, la Nuit se­ra blanche et noire, dont Pierre Eu­gène a dit l’im­por­tance dans les co­lonnes du pré­cé­dent art­press ; le livre de Phi­lippe Watts, le Ci­né­ma de Ro­land Barthes, sui­vi d’un en­tre­tien avec Jacques Ran­cière ; Ro­land Barthes ou l’image ad­ve­nue, où Guillaume Cas­se­grain s’at­tache à éclai­rer plus pré­ci­sé­ment le rap­port image/texte, à par­tir des écrits de Barthes sur la pein­ture ; le texte pa­ru dans Tra­fic, Ro­land Barthes : bref lexique du spec­ta­teur, de Jacques Bon­temps, le­quel, à par­tir des re­la­tions po­si­tives que Barthes a en­tre­te­nues avec cer­taines oeuvres ci­né­ma­to­gra­phiques, éta­blit un pos­sible lexique, qu’après les sug­ges­tions de Barthes lui­même, peut se consti­tuer son lec­teur : la pose, le punc­tum, le sens ob­tus, la fi­gu­ra­tion, l’écoute, l’his­toire, et l’im­pé­ra­tif « cou­pez ! ». Barthes fut un « maître », il eut des « élèves », ces jeunes gens, gar­çons et filles, qui sui­virent pen­dant plu­sieurs an­nées ses cours, ses confé­rences, ses sé­mi­naires. Chan­tal Tho­mas et An­toine Com­pa­gnon furent de ceux-ci. Tous deux rendent un émou­vant hom­mage à ce­lui qui leur com­mu­ni­qua l’amour de la langue et le dé­sir d’écrire. Chan­tal Tho­mas, dans son Pour Ro­land Barthes, qu’elle pré­sente comme un « exer­cice d’ad­mi­ra­tion et de re­con­nais­sance » ; An­toine Com­pa­gnon, dans l’Âge des lettres, en re­ve­nant, trente-cinq ans après la mort de Barthes, sur leur longue ami­tié. Phi­lippe Sol­lers eut un autre type de re­la­tion à Barthes. Quand il le ren­contre, il est dé­jà un écri­vain re­nom­mé. Il n’est pas son élève mais très tôt son édi­teur et, jus­qu’à la mort de Barthes, son fi­dèle ami. Es­time et ad­mi­ra­tion ré­ci­proques. En 1965, Barthes pu­blie un très beau texte sur Drame, qui se­ra sui­vi de six autres, jus­qu’à ce Sol­lers écri­vain pa­ru en 1979, et ré­édi­té au­jourd’hui, qui va­lut à Barthes l’hos­ti­li­té de ceux qui avaient, pour re­prendre son ex­pres­sion, « l’ar­ro­gance des pau­més ». Car Barthes n’a pas été tout de suite la fi­gure qu’on cé­lèbre au­jourd’hui, il a dû se dé­fendre, com­battre. Sol­lers rap­pelle ain­si la vio­lente cam­pagne non seule­ment contre le Sur Ra­cine, mais aus­si contre son au­teur. C’était « ni plus ni moins que de de­man­der la mort de quel­qu’un, et qu’on le dé­ca­pite, et que ça aille plus vite que ça, et qu’est-ce qu’il vient nous dé­ran­ger dans nos ha­bi­tudes […] C’est vrai­ment la guerre tout de suite. […] Barthes en avait tout à fait conscience. La lit­té­ra­ture, c’est la guerre ».

Jacques Hen­ric

La bio­gra­phie de Ti­phaine Sa­moyault, l’Al­bum Ro­land Barthes, les livres de Chan­tal Tho­mas, et Phi­lippe Sol­lers sont pu­bliés au Seuil ; ce­lui d’An­toine Com­pa­gnon, aux édi­tions Gal­li­mard ; l’es­sai de Phi­lippe Watts aux édi­tions de l’In­ci­dence ; ce­lui de Jean Nar­bo­ni, aux édi­tions Cap­pric­ci ; ce­lui de Guillaume Cas­se­grain chez Ha­zan. A host of ex­hi­bi­tions, sym­po­siums and new books have made 2015 Ro­land Barthes year. And, at the time of wri­ting, there is more to come. These ce­le­bra­tions mar­king the cen­te­na­ry of Barthes’ death have gi­ven us a chance to bet­ter measure the po­wer and scope of his work, and al­so to un­ders­tand why the res­ponse to it was so­me­times so violent. Some high­lights: the exhibition at the Bi­blio­thèque Na­tio­nale de France, the hef­ty bio­gra­phy by Ti­phaine Sa­moyault, and the

Al­bum Ro­land Barthes, edi­ted by Éric Marty, brought to­ge­ther un­pu­bli­shed texts, and va­rious do­cu­ments. At the Pom­pi­dou, a sym­po­sium dis­cus­sed a ra­re­ly evo­ked as­pect of Barthes’ life: his am­bi­va­lent re­la­tion to ci­ne­ma. It was ta­ken as read (es­pe­cial­ly since Camera Lu­ci­da) that Barthes lo­ved pho­to­gra­phy and loa­thed ci­ne­ma. Th­ree recent books and an ar­ticle have qua­li­fied this vi­sion: La Nuit se­ra blanche et noire, by Jean Nar­bo­ni, whose im­por­tance was acc­clai­med by Pierre Eu­gène in our pre­vious is­sue; Le Ci­né­ma de Ro­land Barthes, by Phi­lippe Watts, fol­lo­wed by an in­ter­view with Jacques Ran­cière; Ro­land Barthes ou l’image

ad­ve­nue, in which Guillaume Cas­se­grain ana­lyzes Barthes’ texts on pain­ting to tease out the image/text re­la­tion in his work; and “Ro­land Barthes : bref lexique du spec­ta­teur,” pu­bli­shed by Jacques Bon­temps in Tra­fic, in which the au­thor cashes out Barthes’ film en­thu­siasms to es­ta­blish the kind of lexi­con that a rea­der might draw up, ba­sed on Barthes’ own sug­ges­tions: pose, punc­tum, ob­tuse di­rec­tion, ex­tras, lis­te­ning, his­to­ry, and the im­pe­ra­tive “cut!”. Barthes was a mas­ter and, as such, he had his stu­dents, the young men and wo­men who at­ten­ded his lec­tures, talks and se­mi­nars over a num­ber of years. People like Chan­tal Tho­mas and An­toine Com­pa­gnon, both of whom have writ­ten mo­ving ho­mages to this man who ins­pi­red them with the love of lan­guage and the de­sire to write. In Pour Ro­land Barthes, Tho­mas of­fers an “exer­cise in ad­mi­ra­tion and gra­ti­tude”; in L’Âge des lettres, Com­pa­gnon re­mi­nisces about his long friend­ship with Barthes, thir­ty-five years af­ter the lat­ter’s death. Phi­lippe Sol­lers had a dif­ferent kind of re­la­tion­ship with Barthes. When they met, he was al­rea­dy a renowned au­thor. He was not Barthes’ student but, from an ear­ly stage, his edi­tor and al­so, right to the end, a fai­th­ful friend. The ad­mi­ra­tion was mu­tual. In 1965 Barthes pu­bli­shed a ve­ry fine piece on Sol­lers’ Drame, and six more texts fol­lo­wed, the last being Sol­lers écri­vain in 1979 (re­cent­ly re­prin­ted). These es­says brought him the hos­ti­li­ty of those who, as he put it, had “the ar­ro­gance of the clue­less.” Barthes, lest we for­get, was not al­ways the fi­gure we are celebrating to­day. He had to defend him­self, to fight. Sol­lers re­calls the violent cam­pai­gn un­lea­shed not on­ly against Sur Ra­cine, but against Barthes him­self: it was “no more and no less than de­man­ding a man’s death, his be­hea­ding, no, qui­cker than that. What does he think he’s doing mes­sing with our ha­bits? […] It real­ly was war, at once. […] Barthes knew that full well. Li­te­ra­ture is war.”

Jacques Hen­ric Translation, C. Pen­war­den

Pu­bli­sher de­tails: the Sa­moyault, Marty, Tho­mas and Sol­lers books: all Seuil; Com­pa­gnon: Gal­li­mard; Watts: Édi­tions de l’In­ci­dence; Nar­bon­ni: Édi­tions Cap­pric­ci; Cas­se­grain: Ha­zan.

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