Edith De­kyndt

Art Press - - EXPOSITIONS - Ber­nard Mar­ce­lis

Le Con­sor­tium / 31 oc­tobre 2015 - 24 jan­vier 2016 Wiels / 5 fé­vrier - 24 avril 2016 On l’avait quit­tée dans l’épi­logue de Là où com­mence le jour au LaM, à Ville­neuve-d’Ascq ( art­press n° 431, mars 2016), avec ses dra­peaux trans­pa­rents flot­tant au vent, on la re­trouve avec un autre film – un dra­peau en che­ve­lure, cette fois – en in­tro­duc­tion de son ex­po­si­tion per­son­nelle au Con­sor­tium de Di­jon. Les images sont fil­mées sur la côte du Dia­mant en Mar­ti­nique, non loin de l’en­droit où est in­hu­mé Édouard Glis­sant, au­teur du concept du « tout monde », mais aus­si le lieu où, en 1830, s’est fra­cas­sé un na­vire trans­por­tant une cen­taine d’es­claves. Ce fait di­vers tra­gique nous ra­mène, deux cents ans plus tard, à une réa­li­té si­mi­laire qui ne manque pas de bou­le­ver­ser les côtes mé­di­ter­ra­néennes et l’Eu­rope en gé­né­ral. Ce concept de Glis­sant, le « mou­ve­ment per­pé­tuel d’in­ter­pé­né­tra­bi­li­té cultu­relle et lin­guis­tique » peut par­fai­te­ment s’ap­pli­quer à la dé­marche de l’ar­tiste belge dont la pra­tique est no­tam­ment liée à ses dé­pla­ce­ments, ses voyages, ses ré­si­dences et ses ex­po­si­tions à tra­vers le monde. Ain­si le film dont il est ques­tion s’in­ti­tule Ombre in­di­gène, par ailleurs le titre de son ex­po­si­tion au Wiels à Bruxelles, dont l’in­ter­ac­tion avec celle de Di­jon rend les deux ma­ni­fes­ta­tions aus­si com­plé­men­taires que dis­tinctes. On pour­rait dire d’Edith De­kyndt qu’elle est une adepte des « sur­faces flot­tantes », au­tre­ment dit mo­biles. Si le dra­peau en est un des exemples évi­dents, la sur­face de l’eau l’est aus­si. En cher­chant à en cap­ter les in­fi­nies va­ria­tions et les per­tur­ba­tions an­xio­gènes, comme dans Go­wa­nus, elle touche aus­si à des phé­no­mènes tels que la den­si­té. Ain­si la salle du Wiels où est évo­quée la mer Morte ( la Femme de Loth) est l’une des plus trou­blantes de l’ex­po­si­tion. La den­si­té des élé­ments est une des com­po­santes du tra­vail d’Edith De­kyndt, comme ces pièces de lin ou de co­ton qu’elle re­couvre de gra­phite par de nom­breux pas­sages, dé­struc­tu­rant la sta­bi­li­té du sup­port pour la trans­for­mer en sur­face on­du­la­toire une nou­velle fois. Comme souvent chez elle, c’est la con­jonc­tion de plu­sieurs ma­tières qui dé­ter­mine la confi­gu­ra­tion fi­nale des oeuvres, sous la simple im­pul­sion de l’ar­tiste. Abor­der la sur­face de l’eau, c’est bien sûr te­nir compte de l’air qui la fait fluc­tuer. À ces deux élé­ments s’ajoutent de fa­çon tou­jours dis­crète et el­lip­tique le feu et la terre, ce der­nier élé­ment se ré­vé­lant es­sen­tiel dans sa pra­tique qui joue aus­si sur le cli­mat, le temps et la du­rée. Ain­si ra­mène-t-elle des ter­ri­toires qu’elle ar­pente des traces, des frag­ments, des sou­ve­nirs, qui re­lèvent no­tam­ment de l’in­tui­tif, mais qui peuvent aus­si s’an­crer dans la mé­moire des lieux. Ain­si, de son pas­sage en Bour­gogne, le tra­vail sur le vin et la ca­séine fait écho à la le­vure de bière que l’on trouve à Bruxelles. Les pièces qui ré­sultent de ce pro­ces­sus ra­content des his­toires mul­tiples au croi­se­ment de tech­niques an­ciennes, d’ex­pé­riences em­pi­riques di­verses, de re­cherches scien­ti­fiques, dont le ré­sul­tat re­lève d’une poé­sie énig­ma­tique, où le temps est sus­pen­du à la ma­tière et à la vie des ma­té­riaux na­tu­rels uti­li­sés. Son oeuvre se nour­rit d’ex­pé­ri­men­ta­tions sans cesse re­vi­si­tées, for­mant dé­sor­mais un cor­pus d’une in­fi­nie ri­chesse que dé­montre le nombre de pièces ras­sem­blées dans ces deux ex­po­si­tions re­mar­qua­ble­ment ré­vé­la­trices de son tra­vail. On les re­trouve dans la pu­bli­ca­tion épo­nyme pu­bliée aux Presses du réel. The last time we saw her was for the epi­logue of Là où com­mence le jour at the LaM in Ville­neu­ved’Ascq ( art­press 431, March 2016), with those trans­pa­rent flags flap­ping in the wind. Now here she is again with ano­ther film—the flag, this time, is made of hair—by way of an in­tro­duc­tion to her so­lo show at the Con­sor­tium de Di­jon. The images were fil­med on the Dia­mant coast in Mar­ti­nique, not far from the grave of Édouard Glis­sant, who coi­ned the “tout monde” (one world) concept, but al­so the place where a ship car­rying some hun­dred slaves was da­shed against the rocks in 1830. Two hun­dred years la­ter, we can­not help thin­king of the tra­ge­dies that have be­come com­mon­place on the Me­di­ter­ra­nean, and on all Eu­rope’s bor­ders. Glis­sant’s idea of the “per­pe­tual mo­tion of cul­tu­ral and lin­guis­tic in­ter­pe­ne­tra­bi­li­ty” can be per­fect­ly ap­plied to the prac­tice of this Bel­gian ar­tist, which is in­ti­ma­te­ly bound up with her mo­ve­ments, her tra­vels, her re­si­den­cies and her ex­hi­bi­tions around the world. Thus, the film in ques­tion here is tit­led Ombre in­di­gène, which is al­so the title of her ex­hi­bi­tion at the Wiels in Brussels, whose in­ter­ac­tion with the one in Di­jon makes the two events both com­ple­men­ta­ry and dis­tinct. One could say that De­kyndt takes an in­ter­est in “floa­ting sur­faces,” sur­faces that are mo­bile. If the flag is one of the ob­vious examples, ano­ther is the sur­face of wa­ter. By trying to cap­ture its in­fi­nite va­ria­tions and an­xie­ty-in­du­cing per­tur­ba­tions, as in Go­wa­nus, she touches on den­si­ty and other re­la­ted phe­no­me­na. The room at the Wiels evo­king the Dead Sea ( La Femme de Loth) is one of the most trou­bling in this show. The den­si­ty of the ele­ments is one of the consti­tu­tive ele­ments of De­kyndt’s work. Take, for example, the pieces of li­nen or cot­ton that she covers with gra­phite, ap­plying this layer af­ter layer and the­re­by de­struc­tu­ring the sta­bi­li­ty of the sup­port and trans­for­ming it once again in­to an un­du­la­ting sur­face. As of­ten with this ar­tist, it is the ma­te­rial, or com­bi­na­tion of ma­te­rials, that de­ter­mines the fi­nal confi­gu­ra­tion of the works, un­der the simple im­pul­sion of the ar­tist. To ap­proach the sur­face of the wa­ter of course means being aware of the air that makes it fluc­tuate. Dis­creet­ly and el­lip­ti­cal­ly ad­ded to these two ele­ments are fire and earth. The lat­ter ele­ment is al­so es­sen­tial in her work, which al­so plays on cli­mate, time and du­ra­tion. From the ter­ri­to­ries she ex­plores she re­turns with traces, frag­ments and me­mo­ries, of­ten in­tui­tive, but al­so an­cho­red so­me­times in the me­mo­ry of the places she fre­quents or has re­si­den­cies in. For example, the work she did in Bur­gun­dy on wine and ca­sein echoes the use of beer yeast in the Brussels pieces. To make these, the ar­tist wove to­ge­ther mul­tiple sto­ry­lines re­la­ting to an­cient tech­niques, em­pi­ri­cal ex­pe­ri­ments and scien­ti­fic re­search. The re­sult has an enig­ma­tic poe­try: time is bound up with the ma­te­rials and the life of the na­tu­ral sub­stances that are used. Her work draws on cons­tant­ly re­vi­si­ted ex­pe­ri­ments and forms an end­less­ly rich cor­pus, as re­flec­ted in the num­ber of pieces as­sem­bled in these two ex­hi­bi­tions which so re­mar­ka­bly show­case her work. Both are pro­lon­ged in the ac­com­pa­nying book pu­bli­shed by Les Presses du Réel.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.