Jac­que­line Sal­mon

Art Press - - EXPOSITIONS - Ré­gis Du­rand

Hô­tel des arts / 30 jan­vier - 24 avril 2016 À l’ini­tia­tive de l’Hô­tel des arts, Centre mé­di­ter­ra­néen d’art, Jac­que­line Sal­mon a bé­né­fi­cié d’une ré­si­dence à Tou­lon sur une pé­riode de deux ans. Elle pré­sente ici une par­tie du re­mar­quable tra­vail ef­fec­tué, dans ce qui est à la fois une ex­plo­ra­tion très fine et très dé­taillée de cette ville, et la rê­ve­rie poé­tique qu’elle a sus­ci­tée chez elle. Jac­que­line Sal­mon a fait la preuve, dans ses très nom­breux tra­vaux pré­cé­dents, qu’elle maî­trise par­fai­te­ment l’art de s’ap­pro­prier l’âme d’un lieu, au tra­vers de son ar­chi­tec­ture, de son his­toire et de l’ima­gi­naire dans le­quel elle baigne. L’ex­po­si­tion, in­ti­tu­lée 42,84 km2 sous le so­leil, pose ce cadre, en s’ou­vrant sur des vues en très grand for­mat dans les­quelles elle tente de « pho­to­gra­phier » le vent, à l’aide de ce qu’elle ap­pelle une « géo­cal­li­gra­phie », dans la­quelle le vent est fi­gu­ré par de pe­tits traits orien­tés qu’elle peint sur le ti­rage pho­to­gra­phique qui de­vient alors un pa­no­ra­ma du ciel et des forces qui y règnent. Puis elle pré­sente un cer­tain nombre de ce qu’elle ap­pelle des « constel­la­tions » – des en­sembles à fort ca­rac­tère do­cu­men­taire, construits à par­tir de ses propres ob­ser­va­tions ou ti­rés des ar­chives mu­ni­ci­pales, re­gistres du bagne, de la Ma­rine, de­van­tures de pe­tits com­merces en déshé­rence, fêtes re­li­gieuses, col­lec­tions d’ob­jets di­vers, etc. La ville de Tou­lon change très vite, et Jac­que­line Sal­mon a vou­lu sai­sir ses trans­for­ma­tions, dans ses plus mo­destes as­pects comme dans ses lieux em­blé­ma­tiques ou pa­tri­mo­niaux. La der­nière par­tie ras­semble une cen­taine de por­traits d’ha­bi­tants de la ville, âgés de quelques mois à 99 ans. De for­mats va­riables, re­grou­pés par tranches d’âge, ces por­traits sont ad­mi­rables de vé­ri­té, sans au­cune re­cherche du pit­to­resque ou du sen­sa­tion­nel. Ils sont ac­com­pa­gnés de textes écrits par la pho­to­graphe, re­mar­quables eux aus­si par leur pré­ci­sion et leur éco­no­mie. D’une vi­sion pa­no­ra­mique à une lec­ture mi­nu­tieuse des « formes d’une ville », des ves­tiges d’une très riche his­toire aux pro­messes du vi­vant, Jac­que­line Sal­mon a su don­ner une ana­lyse dé­taillée et pas­sion­née de Tou­lon, une forme de « vé­ri­té » de cette ville, qui est celle du temps dont cha­cun est l’ac­teur et le dé­po­si­taire. L’ex­po­si­tion est ac­com­pa­gnée d’un beau livre (Édi­tions Lo­co), avec des textes de Jean-Ch­ris­tophe Bailly, lui­même grand ar­pen­teur et dé­chif­freur de pay­sages, ur­bains ou autres (comme en té­moigne no­tam­ment son livre le Dé­pay­se­ment. Voyages en France, Seuil, 2011). Elle est éga­le­ment ac­com­pa­gnée par un film de Te­ri Wehn-Da­misch, qui donne très lar­ge­ment la pa­role à Jac­que­line Sal­mon, et nous in­tro­duit avec sub­ti­li­té à son oeuvre. Jac­que­line Sal­mon was able to have a two-year re­si­den­cy in Tou­lon thanks to the ini­tia­tive of the Hô­tel des Arts, Centre Mé­di­ter­ra­néen d’Art. This show pre­sents some of the re­mar­kable pho­tos she made there, a si­mul­ta­neous­ly so­phis­ti­ca­ted and de­tai­led ex­plo­ra­tion of that ci­ty and the poe­tic re­ve­rie it ins­pi­red in her. In her vo­lu­mi­nous pre­vious work Sal­mon gave proof of her pro­wess. Here, too, she ap­pro­priates the soul of a place through its ar­chi­tec­ture, his­to­ry and col­lec­tive ima­gi­na­tion. This ex­hi­bi­tion, en­tit­led 42,84 km2 sous le so­leil, be­gins with ve­ry large for­mat pho­tos in which she has tried to “pho­to­graph” the wind through the de­ploy­ment of what she calls “geo­cal­li­gra­phy.” The mo­ve­ment of air is fi­gu­red by swarms of ti­ny ar­rows pain­ted on the print so that we see not on­ly the sky but al­so its rei­gning forces. Af­ter that come what she calls “constel­la­tions,” do­cu­men­ta­ry en­sembles construc­ted through her own ob­ser­va­tions along with ma­te­rial from pri­son and na­vy ar­chives, aban­do­ned sto­re­fronts, re­li­gious ce­le­bra­tions, col­lec­tions of di­verse ob­jects, etc. Tou­lon is a fast chan­ging ci­ty, and Sal­mon wan­ted to cap­ture its trans­for­ma­tions, from its most mo­dest as­pects to its em­ble­ma­tic and he­ri­tage sites. The last sec­tion of this show com­prises a hun­dred por­traits of the ci­ty’s ci­ti­zens, from a few months to ni­ne­ty-nine years old. In a va­rie­ty of for­mats, grou­ped to­ge­ther by age co­hort, they are ad­mi­rable for their ve­ra­ci­ty and avoi­dance of the pic­tu­resque or sen­sa­tio­nal. The texts Sal­mon wrote to ac­com­pa­ny these pho­tos are al­so re­mar­kable for their pre­ci­sion and eco­no­my. With her com­bi­na­tion of pa­no­ra­mic sweep and me­ti­cu­lous rea­ding of “the em­bo­di­ments of a ci­ty,” the ves­tiges of a ve­ry rich his­to­ry and its li­ving pos­si­bi­li­ties, Sal­mon has gi­ven us a de­tai­led and pas­sio­nate ana­ly­sis of Tou­lon, the ci­ty’s own truth, the truth of time of which eve­ryone is both an ac­tor and cus­to­dian. This ex­hi­bi­tion has been the oc­ca­sion for the pu­bli­ca­tion of a hand­some book with texts by Jean-Ch­ris­tophe Bailly, ano­ther great sur­veyor and de­co­der of ur­ban and other land­scapes (as de­mons­tra­ted most no­ta­bly by his book Dé­pay­se­ment. Voyages en France, Seuil, 2011). It al­so oc­ca­sio­ned a film by Te­ri Wehn Da­misch, a subtle in­tro­duc­tion to Sal­mon’s work that leaves most of the tal­king to the ar­tist.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

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