Geert Goi­ris

Art Press - - EXPOSITIONS - Étienne Hatt Ré­gis Du­rand

Frac Haute-Nor­man­die / 23 jan­vier - 10 avril 2016 Le Frac Haute-Nor­man­die pour­suit son cycle de mo­no­gra­phies de pho­to­graphes avec Geert Goi­ris. Le Belge de 45 ans in­vite à une tra­ver­sée ser­rée de son oeuvre éco­nome et em­preinte d’étran­ge­té. La ving­taine d’images, dont la plus an­cienne re­monte à 2001, al­terne sans règle, mais avec une grande maî­trise, wall­pa­pers et ti­rages en­ca­drés de dif­fé­rents for­mats, noir et blanc et cou­leur. De toute évi­dence, Goi­ris sait don­ner à ses pho­to­gra­phies un fort pou­voir d’évo­ca­tion, y com­pris quand le mo­tif est ano­din, comme une boule de neige qui fond len­te­ment dans une cou­pelle. Pour y par­ve­nir, il joue no­tam­ment des temps de pose, par­fois très longs, et de pel­li­cules à contre-em­ploi. Si bien que ses pho­to­gra­phies les plus mar­quantes ne sont peut-être pas celles prises dans ces contrées hos­tiles, arides ou gla­ciales, où il aime se rendre. Certes, il y té­moigne, sans ja­mais cher­cher l’ef­fet, de phé­no­mènes na­tu­rels, at­mo­sphé­riques ou op­tiques éton­nants, tels le voile blanc et le faux so­leil en An­tarc­tique. Mais nul be­soin de se confron­ter à des condi­tions ex­trêmes pour pho­to­gra­phier ce tronc qui, cri­blé de pièces de mon­naie, évoque un fé­tiche pri­mi­tif, ou cette ar­chi­tec­ture de brique qui, dé­for­mée par un in­cen­die, de­vient une bouche d’ombre. À bonne dis­tance les unes des autres, cha­cune des images im­pose sa sin­gu­la­ri­té, ren­for­cée par celle de la pré­cé­dente. Mais toutes concourent à créer un sen­ti­ment d’in­quié­tude d’au­tant plus op­pres­sant que la me­nace est im­pré­cise et dif­fuse. S’im­pose alors l’al­ter­na­tive sug­gé­rée par le titre de l’ex­po­si­tion : fight or flight. The Up­per Nor­man­dy re­gio­nal art cen­ter (FRAC) is con­ti­nuing its cycle of so­lo shows with photographer Geert Goi­ris. The work of this 45-year-old Bel­gian is simple in its stran­ge­ness and strange in its sim­pli­ci­ty. The twen­ty images in this tight sur­vey of his pro­duc­tion since 2001 al­ter­nates, skill­ful­ly and ap­pa­rent­ly at random, wall­pa­pers and fra­med pho­tos in dif­ferent for­mats and in co­lor as well as black and white. Clear­ly Goi­ris knows how to make po­wer­ful­ly evo­ca­tive pictures, even when the sub­ject is so­me­thing as ano­dyne as a snow­ball mel­ting in a sau­cer. He achieves this by playing with so­me­times ve­ry long ex­po­sure times and using kinds of film that are the op­po­site of ob­vious choices. As a re­sult, his most stri­king images are not ne­ces­sa­ri­ly those ta­ken in the arid, gla­cial or other­wise hos­tile en­vi­ron­ments he likes to frequent. His shots in such lo­ca­tions ef­fort­less­ly chro­nicle as­to­ni­shing at­mos­phe­rics and other phe­no­me­na, such as dog suns and whi­teouts in An­tarc­ti­ca. But it wasn’t an extreme en­vi­ron­ment that led to the pho­to of a tree trunk stud­ded with coins, loo­king like a tri­bal fe­tish, or the fire-da­ma­ged brick struc­ture that seems to be the yaw­ning mouth of a shadow. Hung at a res­pect­ful dis­tance from one ano­ther, each image is unique, and all the more so in re­la­tion to the others. But they all help to im­part an an­xie­ty that is all the more op­pres­sive in that the threat is vague and dif­fuse. The al­ter­na­tive pro­po­sed by the ex­hi­bi­tion title is a fit­ting des­crip­tion of the state of mind this show in­duces: fight or flight.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff Tho­mas Hir­sch­horn pour­suit sa sé­rie des col­lages, en ayant re­cours à des images par­tiel­le­ment pixel­li­sées, pour mon­trer en quoi il est si im­por­tant de « re­gar­der des images de corps hu­mains dé­truits ». Le re­cours aux pixels est une ma­nière de dé­non­cer l’hy­po­cri­sie qui consiste, dans la presse ou à la té­lé­vi­sion, à flou­ter cer­taines images, à en faire des images « sans vi­sage », pré­ten­du­ment pour mé­na­ger notre hy­per­sen­si­bi­li­té. L’ar­tiste en fait au contraire un ou­til dans sa re­cherche de la Vé­ri­té, un ou­til pour connec­ter et créer des liens entre les choses. Dans les oeuvres pré­cé­dentes, ces liens étaient ma­té­ria­li­sés pour l’es­sen­tiel par de l’adhé­sif, qui te­nait en­semble des ci­ta­tions, des livres, du car­ton, des images dé­cou­pées dans des ma­ga­zines, dans une sorte de col­lage gé­né­ra­li­sé qui trou­vait son apo­gée dans les « Au­tels » éle­vés à la mé­moire des grandes fi­gures du Pan­théon de l’ar­tiste (De­leuze, Spi­no­za, Mon­drian). Avec cette nou­velle sé­rie, le dis­cours se radicalise et de­vient plus ex­pli­cite. Les pixels de­viennent des ins­tru­ments pour « lier l’in­di­cible avec l’abs­trait », le ca­ché avec le connu. Cette re­cherche est à la fois éthique et es­thé­tique, dans la li­gnée de celle de Su­san Son­tag (dans De­vant la dou­leur des autres, 2003), mais avec une vio­lence que n’ar­rête au­cune com­plai­sance. Mon­trer ce qui est le plus souvent non vi­sible ; re­fu­ser l’in­fan­ti­li­sa­tion qu’im­pose la cen­sure, mais aus­si ce que l’ar­tiste ap­pelle le « syn­drome de la vic­time » ; as­su­mer la re­don­dance et les contra­dic­tions ; pour, au fi­nal, « com­prendre que l’acte in­com­men­su­rable n’est pas de re­gar­der, mais que ce­la soit ar­ri­vé – qu’un hu­main, un corps hu­main ait été dé­truit, et qu’un nombre in­com­men­su­rable d’êtres hu­main aient été dé­truits ». Mais ce­la n’em­pêche pas qu’il y ait quelque chose de trou­blant dans cette as­so­cia­tion entre des images de corps mu­ti­lés et l’élé­gance qua­si abs­traite des pixels agran­dis. Tho­mas Hir­sch­horn’s la­test col­lages use par­tial­ly pixe­la­ted images to de­mons­trate the im­por­tance of “loo­king at images of des­troyed hu­man bo­dies.” The idea is to ex­pose the hy­po­cri­sy with which the me­dia pixe­late the faces of the dead to “pro­tect” our sen­si­bi­li­ties. Hir­sch­horn does exact­ly the op­po­site with his pixe­la­tion, using it as a tool in his search for Truth, to re­veal in­vi­sible links that, in his ear­lier work, were ma­te­ria­li­zed by duct tape that held to­ge­ther quo­ta­tions, books, card­board, pho­tos from­ma­ga­zines in huge col­lages. This tech­nique pea­ked with Al­tars, ho­mages to the ar­tist’s per­so­nal pan­theon (De­leuze, Spi­no­za, Mon­drian). In this current se­ries Hir­sch­horn is more ra­di­cal and ex­pli­cit, using pixels to “link the uns­pea­kable with the abs­tract,” the hid­den with the known. His concerns are both aes­the­tic and ethi­cal, not un­like Su­san Son­tag in Re­gar­ding the Pain of Others (2003), but with a raw vio­lence. He shows what is usual­ly not left vi­sible, re­jec­ting the in­fan­ti­li­za­tion im­po­sed by cen­sor­ship but al­so “the vic­tim syn­drome” and re­co­gni­zing re­cur­rence and contra­dic­tions so as to “un­ders­tand that the in­com­men­su­rable act is not that of loo­king at this but the fact that this hap­pe­ned, that a hu­man being, a hu­man bo­dy has been des­troyed, as have an in­com­men­su­rable num­ber of hu­man beings.” Still, there is so­me­thing trou­bling about this as­so­cia­tion bet­ween pictures of mu­ti­la­ted corpses and the al­most abs­tract ele­gance of blown-up pixels.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

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