PAUL VECCHIALI c’est la vie, c’est l’amour

Art Press - - CINÉMA -

in­ter­view par Pierre Eu­gène De­puis les an­nées 1970, Paul Vecchiali tra­verse les dé­cen­nies avec le dé­sir de réa­li­ser et aus­si de sou­te­nir des films pro­téi­formes aux his­toires am­bi­guës et à l’écri­ture libre. À l’oc­ca­sion de la sor­tie de son film C’est l’amour, Pierre Eu­gène s’est en­tre­te­nu avec ce ci­néaste sans dogme, at­ta­ché à la poé­sie de l’ir­re­pro­duc­tible.

Les spec­ta­teurs (re)dé­couvrent pro­gres­si­ve­ment l’oeuvre contras­tée et im­pré­vi­sible de Paul Vecchiali de­puis la sor­tie de Nuits blanches sur la je­tée en 2015, sui­vie des deux ré­tros­pec­tives pa­ri­siennes de ses films an­té­rieurs à 1990 (édi­tés aus­si par Shel­lac en deux beaux cof­frets DVD). Homme ayant tou­jours pris au sé­rieux ses su­jets et in­ven­té des films à leur me­sure (d’où l’hé­té­ro­gé­néi­té de cette oeuvre qu’il faut par­cou­rir sur toute sa lon­gueur), ayant tra­ver­sé tous les genres et tous les bud­gets, Vecchiali est l’au­teur de quelques films in­ou­bliables qui forment le lot pri­mi­tif des ci­né­philes (et de quelques ci­néastes). Ci­tons Femmes femmes (1974), ce clas­sique se­cret qui plut tant à Pa­so­li­ni qu’il en­ga­geât ses deux ac­trices, Hé­lène Sur­gère et So­nia Sa­viange, pour Salò et Corps à coeur (1978), ahu­ris­sant ré­cit d’une pas­sion aus­si ha­sar­deuse que l’in­con­ve­nance des émo­tions qu’elle pro­voque. Entre 1970 et 1990, Vecchiali fut aus­si pro­duc­teur et dis­tri­bu­teur, avec sa mai­son Dia­go­nale, d’une part sans équi­valent du ci­né­ma fran­çais, hé­las mé­con­nue (Biette, Frot-Cou­taz, Gui­guet, Treil­hou…), dé­si­reuse de re­nouer avec le po­pu­laire sans pas­ser par le na­tu­ra­lisme, de trai­ter l’or­di­naire avec une in­tel­li­gence dis­crète et in­ven­tive. Dans les an­nées 1990, Vecchiali connaît de grandes dif­fi­cul­tés à mon­ter ses pro­jets, et le CNC lui re­fuse son aide. La re­con­nais­sance de À vot’bon coeur (2005) lui re­donne le dé­sir du ci­né­ma et lui fait réa­li­ser sept films avec de faibles moyens, no­tam­ment une Pen­ta­lo­gie va­roise aux in­trigues en­tre­la­cées (qui se­ra mon­trée en salle ce prin­temps dans une autre ré­tros­pec­tive). Aides du CNC à l’ap­pui, le suc­cès de Nuits blanches sur la je­tée re­lance le ci­néaste aux qua­rante-cinq ans de car­rière ; il réa­lise deux films en 2015. Le pre­mier, C’est l’amour a la re­la­tion pas­sion- nelle pour su­jet ; il narre la ren­contre d’Odile (As­trid Ad­verbe) et de Da­niel (Pas­cal Cer­vo), cha­cun en couple et cha­cun avec un homme (Ju­lien Lucq et Fred Ka­ra­ko­zian), et les ré­per­cus­sions fu­nestes de cet amour fou, in­ex­pli­cable et contra­rié sur leur vie res­pec­tive. Le se­cond, le Cancre (à sor­tir), suit le des­tin d’un vieil homme, joué par Vecchiali, vi­si­té par celles qu’il a ai­mées, ses re­la­tions com­pli­quées avec son fils (Pas­cal Cer­vo).

PE Quel était le pro­jet de dé­part de C’est l’amour ? Ça s’ap­pelle C’est l’amour, mais c’est un film sur la peur : la peur de soi, la peur des autres, la peur des sen­ti­ments, la peur de et dans la guerre. Et aus­si sur l’iden­ti­té : qu’est-ce qu’on est, que sont les autres ? L’amour est très vul­né­rable aux at­taques du quo­ti­dien, à la pro­mis­cui­té, et le seul amour qui soit ab­so­lu est l’amour vir­tuel. Comme d’ha­bi­tude dans ma dia­lec­tique, à la fin du film, on ne sait pas trop ce qui s’est pas­sé. On ne sait pas si Odile est vrai­ment morte, si l’un des deux hommes qui l’en­tourent l’a tuée, s’il ce­lui-ci se sui­cide, s’il a un ac­ci­dent… Comme je dis souvent, je de­mande au spec­ta­teur de ra­me­ner du tra­vail à la mai­son. Il faut, quand la salle s’est ral­lu­mée, que le film conti­nue à vivre en soi, qu’il pose des ques­tions. Vous connais­sez les ré­ponses ? Oh non ! Dans Corps à coeur (1), ni Hé­lène Sur­gère (2) ni moi ne sa­vions les rai­sons du sui­cide de son per­son­nage. Elle a pen­sé que cet amour était trop beau et la dif­fé­rence d’âge trop mar­quée. Ou alors elle était vrai­ment ma­lade et ne vou­lait pas que son amant la voie dans cet état… Il y a plu­sieurs ré­ponses. C’est d’ailleurs Sur­gère qui m’avait dit : « Tu sais, au Ja­pon, quand les morts re­viennent, ils re­viennent d’abord de

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