Jacques Si­card

Art Press - - LIVRES - Guillaume Bas­quin

De l’in­ci­dence Il est d’autres ma­nières d’écrire sur le ci­né­ma que jour­na­lis­tique ou uni­ver­si­taire. C’est très juste ; mais ce­la ne suf­fit pas à mettre en exergue l’ori­gi­na­li­té pro­fonde de Jacques Si­card : une écri­ture non pas seule­ment sur le ci­né­ma, mais avec le ci­né­ma ; ré­pon­dant ain­si à un vieux sou­hait de Jean-Luc Go­dard : « Ne pas écrire sur les choses; mais à par­tir des choses. » Après son Films en prose, le seul des­cen­dant de Mal­lar­mé re­vient avec un nou­veau re­cueil de textes brefs (ce sont des haï­kus qui concentrent le maxi­mum de sens dans le mi­ni­mum d’es­pace, une de­mi-page, le plus souvent) sus­ci­tés par le ci­né­ma au fil des jours, et d’abord pu­bliés en re­vues, voire di­rec­te­ment sur Fa­ce­book. En seule­ment quelques an­nées, Jacques Si­card a réus­si cet ex­ploit : un oeil aver­ti peut ins­tan­ta­né­ment re­con­naître un texte de lui (comme on peut re­con­naître un dia­logue de n’im­porte quel film de Go­dard à l’oreille, même hors contexte), grâce à une écri­ture for­ma­liste équi­va­lente à l’écri­ture ci­né­ma­to­gra­phique : il trouve tou­jours une forme ver­bale pour rendre jus­tice à une fi­gure ci­né­ma­to­gra­phique. Ain­si, dans un texte sur la Je­tée de Ch­ris Mar­ker : « Il y a un fi­li­grane de so­leil gris. La tuile goutte sur un cou­vercle de tôle. […] La cer­ti­tude sou­daine qu’ap­porte l’hyp­nose du froid hu­mide de pou­voir dis­pa­raître comme dis­pa­raît l’homme de la Je­tée, au terme d’une boucle tem­po­relle que l’ovale d’un vi­sage de femme au­ra per­mis. » Un mot pour fi­nir sur la beau­té de la mise en page (mise en scène) de ce livre : cha­pitres sé­pa­rés par une page noire (équi­valent li­vresque des noirs entre les pho­to­grammes des films) ; écri­ture entre image et texte avec, en vis-àvis, à gauche, un pho­to­gramme du film, à droite, le poème.

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