Les femmes dans le monde d’Al­lah

Wo­men in “the world of Al­lah”

Art Press - - ÉDITO -

« Con­trai­re­ment à la so­cié­té oc­ci­den­tale, rien de ce qui touche à la sexua­li­té et le sexuel dans la so­cié­té arabe n’a su­bi d’évo­lu­tion cultu­relle […] Jus­qu’à au­jourd’hui, dans la concep­tion de la vie quo­ti­dienne, l’homme donne, la femme re­çoit. Il est ac­tif, elle est pas­sive. Néan­moins, dans la poé­sie, règne une autre image de la femme: c’est Fâ­ti­ma, Khaou­la, Maïa. Qu’il s’agisse de la poé­sie dite pro­fane, cour­toise, ou de la poé­sie mys­tique, la femme a une place tout à fait dif­fé­rente que celle at­tri­buée par le Co­ran. […] Con­trai­re­ment au poète qui se fait le chantre de la femme, les théo­lo­giens exigent son voi­le­ment…

Ado­nis. Vio­lence et Is­lam. Seuil

« Comme si le dé­voi­le­ment et l’au­to­no­mie de la femme étaient la me­nace su­prême pour l’homme. Une me­nace de cas­tra­tion. Même sa voix est in­ter­dite, disent cer­tains com­men­ta­teurs du Texte ci­tés par Ta­ba­rî. Elle doit res­ter ca­chée comme si la femme était for­cé­ment une Bau­bô et que chaque vi­sage était un sexe. Et lorsque Ta­ba­rî in­ter­prète le ver­set : « Bat­tez-les », il écrit que l’homme peut la pos­sé­der sans lui adres­ser la pa­role. Donc il peut la vio­ler. Le viol de la femme comme châ­ti­ment fi­gure dans un livre qui fait au­to­ri­té en ma­tière de sciences re­li­gieuses. »

Hou­ria Abdelouahed. Vio­lence et Is­lam. Seuil

« Le rap­port à la femme est le noeud gor­dien, le se­cond dans le monde d’Al­lah. La femme est niée, re­fu­sée, tuée, voi­lée, en­fer­mée ou pos­sé­dée. Ce­la dé­note un rap­port trouble à l’ima­gi­naire, au dé­sir de vivre, à la créa­tion et à la li­ber­té. La femme est le re­flet de la vie que l’on ne veut pas ad­mettre. Elle est l’in­car­na­tion du dé­sir né­ces­saire et est donc cou­pable d’un crime af­freux : la vie. « […] Le corps de la femme est le lieu pu­blic de la culture : il ap­par­tient à tous, pas à elle. Écrit il y a quelques an­nées à pro­pos de la femme dans le monde dit arabe: “À qui ap­par­tient le corps d’une femme? À sa na­tion, sa fa­mille, son ma­ri, son frère aî­né, son quar­tier, les en­fants de son quar­tier, son père et à l’État, la rue, ses an­cêtres, sa culture na­tio­nale, ses in­ter­dits. À tous et à tout le monde, sauf à elle-même. Le corps de la femme est le lieu où elle perd sa pos­ses­sion et son iden­ti­té. Dans son corps, la femme erre en in­vi­tée, sou­mise à la loi qui la pos­sède et la dé­pos­sède d’elle-même, gar­dienne des va­leurs des autres que les autres ne veulent pas en­dos­ser par [pour] leurs corps à eux. Le corps de la femme est son far­deau qu’elle porte sur son dos”. « […] Le sexe est la plus grande mi­sère dans le “monde d’Al­lah”. À tel point qu’il a don­né nais­sance à ce por­no-is­la­misme dont font dis­cours les prê­cheurs is­la­mistes pour re­cru­ter leurs “fi­dèles” : des­crip­tions d’un pa­ra­dis plus proche du bor­del que de la ré­com­pense pour gens pieux, fan­tasme des vierges pour les ka­mi­kazes, chasse aux corps dans les es­paces pu­blics, pu­ri­ta­nisme des dic­ta­tures, voile et bur­ka. » Ka­mel Daoud. « Co­logne, lieu de fan­tasmes »

Le Monde, 31 jan­vier 2016

« Ka­mel Daoud est his­sé au rang de sym­bole de la li­ber­té de pensée et d’ex­pres­sion. On es­père pour lui la vic­toire et pour tous écri­vains et lec­teurs, une nou­velle ère de tran­quilli­té faite de libres et fruc­tueux échanges, mais la lu­ci­di­té nous in­ter­dit de rê­ver. L’écri­vain que je suis, hy­per­at­ta­qué dans son pays, sait de­puis son pre­mier ro­man l’in­tel­li­gence et la té­na­ci­té des as­sas­sins de la li­ber­té et de la pensée. »

Boualem Sansal. Li­bé­ra­tion, 24 mars 2016 “Con­tra­ry to wes­tern society, there has been no cultu­ral evo­lu­tion in mat­ters of sexua­li­ty and the sexual in Arab society […] Even to­day, in the concep­tion of eve­ry­day life, it is the man who gives and the wo­man who re­ceives. He is ac­tive, she is pas­sive. Ne­ver­the­less, we find ano­ther image of wo­men in poe­try: Fa­ti­ma, Khaw­la, Maia. Whe­ther the poe­try be pro­fane, court­ly or mys­tic, wo­men’s place here is ve­ry dif­ferent from the one as­si­gned by the Ko­ran. […] Con­tra­ry to the poet, who sings the praises of wo­men, theo­lo­gians de­mand that she be vei­led.”

Ado­nis. Vio­lence et Is­lam. Seuil

“It is as if the un­vei­ling and au­to­no­my of wo­man was the su­preme threat for men. A threat of cas­tra­tion. Even her voice is for­bid­den, say cer­tain com­men­ta­tors on the Text quo­ted by al-Ta­ba­ri. She must re­main hid­den, as if wo­man was ne­ces­sa­ri­ly a Bau­bo and each face a sex. And when al-Ta­ba­ri in­ter­prets the “Beat them” verse he writes that man can pos­sess her wi­thout spea­king to her. Which means that he can rape her. Ra­ping a wo­man as pu­nish­ment ap­pears in the book consi­de­red au­tho­ri­ta­tive in re­li­gious stu­dies.”

Hou­ria Abdelouahed, Vio­lence et Is­lam. Seuil

“The re­la­tion to wo­man is the Gor­dian knot, the se­cond in the world of Al­lah. Wo­man is de­nied, spur­ned, killed, vei­led, confi­ned or pos­ses­sed. This de­notes a dis­tur­bed re­la­tion to the ima­gi­na­ry, to the de­sire to live, to crea­tion and to free­dom. Wo­man is the re­flec­tion of a life that one does not want to al­low. She em­bo­dies ne­ces­sa­ry de­sire and is the­re­fore guil­ty of an atro­cious crime: life. […] Wo­man’s body is the pu­blic place of culture: it be­longs to all, not to her. Writ­ten a few years ago in the so-cal­led Arab world: ‘To whom does a wo­man’s body be­long? To her na­tion, her fa­mi­ly, her hus­band, her ol­der bro­ther, her neigh­bo­rhood, the chil­dren of her neigh­bo­rhood, her fa­ther, the state, her street, her an­ces­tors, her na­tio­nal culture, her ta­boos. To all and to eve­ry­bo­dy, ex­cept to her. A wo­man’s body is the place where she loses pos­ses­sion of her iden­ti­ty. In her body, a wo­man is a wan­de­ring guest, sub­ject to the law that pos­sesses her and dis­pos­sesses her of her­self, as guar­dian of other people’s va­lues that others do not wish to es­pouse in their own bo­dies. A wo­man’s body is the bur­den that she car­ries on her back. […] Sex is the grea­test­mi­se­ry in the ‘world of Al­lah,’ to such an extent that it has gi­ven rise to this por­no-Is­lam that Is­la­mist prea­chers use as a dis­course to re­cruit their ‘fai­th­ful’: the pa­ra­dise they des­cribe is more like a bro­thel than the re­ward for pious in­di­vi­duals, with its fan­ta­sy vir­gins for ka­mi­kazes, per­se­cu­tion of bo­dies in pu­blic spaces, pu­ri­ta­nism of dic­ta­tor­ships, the veil and the bur­ka.” Ka­mel Daoud. “Co­logne, lieu de fan­tasmes”

Le Monde, Ja­nua­ry 31, 2016

“Ka­mel Daoud has been made a sym­bol of free­dom of thought and ex­pres­sion. We wish him victory and, for all wri­ters and rea­ders, a new age of peace full of free and pro­duc­tive ex­change, but lu­ci­di­ty keeps us from drea­ming. As awri­ter, un­der in­tense at­tack in my own coun­try, I have known since my first no­vel all about the in­tel­li­gence and te­na­ci­ty of the killers of free­dom and thought.”

Boualem Sansal, Li­bé­ra­tion, March 24, 2016

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