Pi­pi­lot­ti Rist

Art Press - - EXPOSITIONS - Alain Que­min

Kuns­thaus / 26 fé­vrier - 8 mai 2016 La Zu­ri­choise Pi­pi­lot­ti Rist est l’une des ar­tistes suisses les plus re­con­nues in­ter­na­tio­na­le­ment, très pré­sente dans la sphère cultu­relle ger­ma­nique, et, à l’in­verse, très peu vi­sible en France. Avec Bill Vio­la, elle est l’une des deux prin­ci­pales re­pré­sen­tantes de l’art vi­déo et l’une des rares ar­tistes qui ont su tou­cher le plus large pu­blic tout en pra­ti­quant ex­clu­si­ve­ment ce mé­dium. C’est dire si cette ex­po­si­tion (plus ou moins) ré­tros­pec­tive mé­rite la vi­site. Le terme de ré­tros­pec­tive ap­pa­raît en ef­fet exa­gé­ré, puisque la pré­sen­ta­tion s’or­ga­nise au­tour de cinq en­sembles prin­ci­paux : cinq vi­déos des « dé­buts » de l’ar­tiste, de 1986 à 1997, pré­sen­tées sur de petits mo­ni­teurs in­té­grés dans une ci­maise (plus une au sol), puis des oeuvres beau­coup plus ré­centes en quatre sec­tions suc­ces­sives. Une vaste ins­tal­la­tion im­mer­sive ( Ad­mi­nis­tra­ting Eter­ni­ty, 2011) pro­jette, tout d’abord, des images de mou­tons et de plantes, dans des tons acides, sur des voi­lages presque trans­pa­rents. Puis le vi­si­teur dé­couvre des ins­tal­la­tions au­dio­vi­suelles com­bi­nant des ob­jets kitsch, tels des sacs à main ba­rio­lés ou des co­quillages géants et de petits mo­ni­teurs qui leur sont in­té­grés ( Yog­hurt on Skin. Vel­vet on TV, 2014). Une sorte d’in­té­rieur do­mes­tique ba­rio­lé et joyeu­se­ment fou­traque ( Heim [le foyer]) réunit alors deux dou­zaines d’as­sem­blages d’ob­jets (le plastique ba­rio­lé et la ver­ro­te­rie sont om­ni­pré­sents) et de vi­déos pro­duites au cours des deux der­nières dé­cen­nies. En­fin, un nou­veau vaste en­vi­ron­ne­ment ( Pixel­wald [Fo­rêt de pixels], 2016) se com­pose de guir­landes de verre co­lo­ré pen­dant du pla­fond et conduit à deux im­menses écrans pla­cés dans deux angles voi­sins de la salle. Y sont al­ter­na­ti­ve­ment pro­je­tées des oeuvres ico­niques des an­nées 1990 et une autre pro­duite en 2014. L’ex­po­si­tion tout en­tière est plon­gée dans la se­mi-obs­cu­ri­té, le vi­si­teur se voyant re­mettre à l’en­trée une lampe de poche qui per­met de zoo­mer sur telle ou telle par­tie de la pré­sen­ta­tion. Si­gna­lons l’ab­sence de car­tel qui, pour­tant, ne nuit en rien à la pré­sen­ta­tion. Le tra­vail de Pi­pi­lot­ti Rist re­pose, en ef­fet, plus sur la sen­sa­tion et sur l’émo­tion que sur la com­pré­hen­sion. Le corps est au coeur du tra­vail ici pré­sen­té, qu’il s’agisse de ce­lui de l’ar­tiste ou de ce­lui du vi­si­teur, dont la sol­li­ci­ta­tion et la par­ti­ci­pa­tion ne se li­mitent pas à la vue seule. Nu­di­té joyeuse, corps li­bé­ré, plai­sir de gam­ba­der dans la na­ture, goût pour le non­sens, les cou­leurs vives et sa­tu­rées, entre psy­ché­dé­lisme et sou­ve­nirs en­fan­tins, ra­vis­se­ment res­sen­ti de­vant un aqua­rium mul­ti­co­lore, une lan­terne ma­gique ou une guir­lande élec­trique de Noël, les jeux de lu­mière, l’uni­vers de Pi­pi­lot­ti Rist est bien là. C’est toute la ma­gie de cette créa­tion : si l’ex­po­si­tion ras­semble, sur près de 1000 mètres car­rés, pas moins de 41 oeuvres, on sort en re­gret­tant juste de n’en avoir pas vu da­van­tage en­core. Au­tant dire, pour le vi­si­teur fran­çais, qu’il de­vra sans doute at­tendre avant que ce­la ne se pro­duise. This “re­tros­pec­tive” by Pi­pi­lot­ti Rist in her ho­me­town of Zu­rich is so­me­thing of a must. Why? Sim­ply be­cause she is an ar­tist of in­ter­na­tio­nal sta­ture, whose high pro­file in the Ger­ma­nic cultu­ral sphere is hard­ly re­flec­ted in French co­ve­rage of her work, and be­cause, with Bill Vio­la, she is one of the two main pro­po­nents of vi­deo art, and like Vio­la, one of the few to achieve a broad ap­peal ex­clu­si­ve­ly with that me­dium. But, re­tros­pec­tive? Not quite. The show is or­ga­ni­zed around five main en­sembles: the first is for­med by five vi­deos from the ar­tist’s ear­ly days, from 1986 to 1997, shown on small mo­ni­tors set in a pic­ture wall (with one on the floor), then come suc­ces­sive sec­tions fea­tu­ring more recent pieces. First, big im­mer­sive ins­tal­la­tion ( Ad­mi­nis­tra­ting Eter­ni­ty, 2011) pro­ject images of sheep and plants in acid tones on al­most trans­pa­rent sheets. The vi­si­tor then comes to au­dio­vi­sual ins­tal­la­tions using kitsch ob­jects such as gau­dy hand­bags or giant shells with lit­tle screens set in­to them ( Yog­hurt on Skin. Vel­vet on TV, 2014). A kind of va­rie­ga­ted and exu­be­rant­ly nut­ty do­mes­tic in­ter­ior ( Heim: home) now unites about two do­zen ob­jects (loud plas­tic and fla­shy glass are eve­ryw­here) and vi­deos pro­du­ced over the last two de­cades. Fi­nal­ly, there is ano­ther ve­ry big en­vi­ron­ment, a “fo­rest of pixels” ( Pixel­wald, 2016) com­pri­sing gar­lands of co­lo­red glass han­ging from the cei­ling and lea­ding to two huge screens pla­ced in two neigh­bo­ring cor­ners of the room. Pro­jec­ted al­ter­na­tin­gly on these are ico­nic works from the 1990s and ano­ther pro­du­ced in 2014. The while ex­hi­bi­tion is im­mer­sed in se­mi-dark­ness and vi­si­tors are gi­ven mi­ni-fla­sh­lights al­lo­wing them to zoom in on this or that part of the show. The ab­sence of la­bels is no hin­drance here, since Rist’s work is about sen­sa­tion and emo­tion more than in­tel­lec­tion. The body is at the heart of Rist’s work, both the ar­tist’s and the vi­si­tor’s—we re­spond with more than just our eyes. Joyous nu­di­ty, the body li­be­ra­ted, the plea­sure of fro­li­cking in fresh pas­tures, a love of non­sense as well as bright, sa­tu­ra­ted co­lors (half­way bet­ween psy­che­de­lia and child­hood me­mo­ries), the abi­li­ty to de­light in a bright aqua­rium, a ma­gic lan­tern or Christ­mas lights—wel­come to Rist World. And it is ma­gi­cal. The thou­sand square me­ters of this show fit in no less than 41 works, yet we still leave wan­ting more. For French (and other) art lo­vers unable to get to Zu­rich, the wait could be a long one.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

De haut en bas/ from top: . (Fo­rêt de pixels). 2016

2014 Ins­tal­la­tion au­dio vi­déo. (Court. l’ar­tiste, Hau­ser & Wirth et Luh­ring Au­gus­tine ; Ph. A. Del­fanne). Au­dio and vi­deo

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