Su­blime. Les trem­ble­ments du monde

Art Press - - EXPOSITIONS - Paul Ar­denne

Centre Pom­pi­dou-Metz / 11 fé­vrier - 5 sep­tembre 2016 On re­com­man­de­ra la vi­site de cette ex­po­si­tion pour deux rai­sons. La pre­mière est la den­si­té de chef­sd’oeuvre qu’elle re­cèle, is­sus de l’âge clas­sique et ro­man­tique ou, plus contem­po­rains, du fait de leur ra­re­té ; la se­conde est l’in­ter­ro­ga­tion qui ne manque pas de sai­sir le spec­ta­teur à comp­ter de la sep­tième par­tie – in­ti­tu­lée Éro­sion – de cette pro­po­si­tion fleuve, qui en compte dix­neuf. Car l’on change alors d’uni­vers, de ré­fé­ren­tiel, tout d’un coup. Le « su­blime », qu’est-ce c’est nor­ma­le­ment ? L’ab­so­lu de l’énon­cé es­thé­tique, une forme rhé­to­rique, si l’on se ré­fère à son sens an­tique. La qua­li­té de ce qui, dans la na­ture, nous fige, tran­sis que nous sommes par l’émo­tion ou, à la ma­nière de Burke et de Bau­de­laire, par l’« hor­reur dé­li­cieuse » as­pi­rant nos sens aus­si fas­ci­nés qu’in­ter­dits. Où est le pro­blème ? Brus­que­ment, le par­cours de cette ex­po­si­tion conçue par Hé­lène Gue­nin di­verge, sa thé­ma­tique ces­sant stric­to sen­su d’il­lus­trer ce qu’est par tra­di­tion ce su­blime-ci, le su­blime ca­no­nique, pour de­ve­nir une longue dé­rive sur ce qui est ou se­rait au­jourd’hui le prin­ci­pal « trem­ble­ment du monde », la ca­tas­trophe éco­lo­gique. Un peu plus des deux tiers de l’ex­po­si­tion, avec un nombre d’oeuvres d’un in­té­rêt ex­cep­tion­nel, pour l’es­sen­tiel en­core ja­mais pré­sen­tées en France, s’at­tachent ain­si à ex­plo­rer ce qu’est la ca­tas­trophe en­vi­ron­ne­men­tale, et comment les ar­tistes plas­ti­ciens s’en sai­sissent. Cer­tains constatent le mal (Dar­ren Al­mond, Ur­su­la Bie­mann, Ro­sa Bar­ba), d’autres le mé­ta­pho­risent (Ni­co­las Uri­bu­ru, Gus­tav Metz­ger), d’autres en­core passent à l’ac­tion de ma­nière sym­bo­lique (Gi­na Pane, Terre pro­té­gée) ou, de plus en plus sou­vent à me­sure que l’on re­monte jus­qu’au temps T, de ma­nière contex­tuelle et di­rec­te­ment opé­ra­tion­nelle (Agnes Denes, Tree Moun­tain). Ce su­blime que nous avons per­du ? Pas en­core. L’art a pris conscience de la fra­gi­li­té des éco­sys­tèmes. Re­viens- nous, Su­blime, sous la forme d’une Terre de nou­veau triom­phante, à la puis­sante na­ture nous ir­ra­diant de toutes parts, en nous do­mi­nant, nous autres ca­la­mi­teux hu­mains. At­ten­tion, nulle iro­nie en ces lignes mais l’ex­pres­sion, plu­tôt, d’une stu­peur. Car l’option choi­sie est dé­rou­tante. Le su­blime, ce peut être tout autre chose, à com­men­cer par l’ex­pres­sion d’une es­thé­tique ma­jeure (confor­mons-nous à l’éty­mo­lo­gie), qui « parle haut », tu­toie le ly­risme pin­da­rique ou se confond avec lui. Sans que le dé­sastre, pour l’oc­ca­sion, soit pré­sent, mais pour que flam­boie de ma­nière si­dé­rante, tout au contraire, ce qui dé­passe l’hu­main et qui le dé­pas­se­ra tou­jours. Que le monde, l’uni­vers, la mé­ca­nique cos­mique soient plus grands que nous, qui en dou­te­rait ? Mettre alors l’ac­cent sur le monde im­mé­diat (la Terre où nous vivons), les mé­faits que lui fait su­bir l’ir­res­pon­sa­bi­li­té en­vi­ron­ne­men­tale de l’homme, ce n’est donc plus rendre compte du su­blime, mais rap­por­ter ce der­nier au ni­veau du réa­lisme. Au­da­cieuse acrobatie concep­tuelle, qui fe­ra se re­tour­ner dans sa tombe do­rée un James Lee Byars et dou­ter de leur ma­gis­tère ar­tis­tique, entre autres, une Ma­ri­ko Mo­ri ou un James Tur­rell, tous ex­perts pour­tant en mises en scène su­per­la­tives du monde, ayant per­du ici même voix au cha­pitre. This is a show, one that can be hear­ti­ly re­com­men­ded for two rea­sons. The first is that sheer num­ber of mas­ter­works on view, some da­ting back to the Clas­si­cal and Ro­man­tic eras of pain­ting and others more con­tem­po­ra­ry, and ma­ny of them sel­dom seen. The se­cond is the in­ter­ro­ga­tion that in­evi­ta­bly be­gins to mount in the minds of vi­si­tors star­ting with the se­venth seg­ment (Ero­sion) of this aboun­ding ex­hi­bi­tion’s to­tal of ni­ne­teen, when there is a sud­den shift to a dif­ferent uni­verse and re­fe­rence sys­tem, dif­ferent soft­ware, in that sense. What is “the su­blime”? The ab­so­lute as

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