Di­dier De­mo­zay

Art Press - - EXPOSITIONS - Ro­main Ma­thieu

Ga­le­rie des Pon­chettes du mu­sée d’art mo­derne et d’art contem­po­rain / 23 jan­vier - 27 mars 2016 Lors­qu’on pé­nètre dans la vaste salle éti­rée en lon­gueur de la ga­le­rie des Pon­chettes, on per­çoit in­tui­ti­ve­ment une re­la­tion entre les oeuvres et le lieu qui semble s’im­po­ser et que la déambulation face aux oeuvres ne fait que confir­mer. La pein­ture de De­mo­zay pro­cède d’un dé­pouille­ment qui ne laisse sub­sis­ter que l’évi­dente im­mé­dia­te­té de la per­cep­tion phy­sique de la cou­leur et de son es­pace. Deux ou trois formes co­lo­rées dans l’es­pace blanc du ta­bleau oc­cupent la sur­face, ou plu­tôt co­existent en elle, c’es­tà-dire se tiennent l’une et l’autre dans leur pré­sence. Rap­port ex­trê­me­ment ten­du où il n’est pas ques­tion d’ac­cords de cou­leurs, mais de re­la­tions de den­si­tés, de forces et d’in­ten­si­tés. La ra­di­ca­li­té du par­ti pris nous ren­voie à une dé­marche qui veut se si­tuer après l’abs­trac­tion, c’est-à-dire après une dé­fi­ni­tion de la pein­ture et plus pré­ci­sé­ment du ta­bleau comme un lan­gage fait de formes et de signes non ré­fé­ren­tiels. Ni image, ni concept, la pein­ture de Di­dier De­mo­zay nous confronte à la seule ex­pé­rience phy­sique et ma­té­rielle de la cou­leur. Si une telle concep­tion de la pein­ture est sin­gu­lière, elle n’est ce­pen­dant pas iso­lée. On peut son­ger aux ar­tistes de Ra­di­cal pain­ting, à Gun­ther Forg ou à Cal­lum Innes et, en France, à Sté­phane Bor­da­rier. Chez Di­dier De­mo­zay se noue, de ma­nière très par­ti­cu­lière, la re­la­tion entre l’es­pace et la cou­leur. Dans l’ex­po­si­tion, le peintre ne pré­sente que des oeuvres de très grand for­mat. Dans ces sur­faces, le blanc, dans le­quel s’ins­crivent les formes-cou­leurs, est un lieu ac­tif : ce­lui d’une mise en ten­sion entre les masses co­lo­rées. Il ouvre l’es­pace où ces formes semblent à la fois glis­ser dans un mou­ve­ment d’ex­pan­sion vers l’ex­té­rieur du ta­bleau, me­na­çant ain­si son uni­té, et se main­te­nir en­semble dans ses li­mites. La pein­ture se tient entre ces deux mou­ve­ments contra­dic­toires plus ou moins ac­cen­tués. Ni sur­face close, ni ob­jet ap­pe­lant à un dé­pas­se­ment tri­di­men­sion­nel, le ta­bleau se trouve pris dans ce pas­sage entre es­pace in­té­rieur et ex­té­rieur. Or, dans la ga­le­rie des Pon­chettes, le choix des for­mats ren­contre la scan­sion du lieu par les pi­lastres de pierre qui rythment la salle. La vo­lon­té de faire cor­res­pondre presque exac­te­ment les for­mats à la dis­tance entre chaque arche pro­duit un ef­fet de concen­tra­tion de ces pein­tures à l’in­té­rieur de leurs li­mites, mais tend aus­si à les as­so­cier à l’ar­chi­tec­ture, sou­li­gnant le dé­pas­se­ment de leurs es­paces propres. Cette re­la­tion au lieu, qui re­double les mou­ve­ments de la pein­ture, montre com­bien la per­cep­tion de ces oeuvres est in­dis­so­ciable d’un ici et main­te­nant de leur ex­pé­rience. Ma­nière d’af­fir­mer aus­si que l’ac­tua­li­sa­tion de la pein­ture se si­tue dans une précarité où se jouent à chaque fois les condi­tions de son exis­tence. When you en­ter the vast, long, nar­row hall, you in­tui­ti­ve­ly feel the re­la­tion­ship bet­ween the art­works and the ve­nue, and that fee­ling be­comes even stron­ger as you walk th­rough the room. Di­dier De­mo­zay paints with great eco­no­my, eli­mi­na­ting eve­ry­thing but the ob­vious im­me­dia­cy of the phy­si­cal per­cep­tion of co­lor and space. Two or th­ree co­lo­red shapes against the white back­ground oc­cu­py the sur­face of the can­vas, or, bet­ter said, co­exist in it—each holds the other in its pre­sence. In this ex­tre­me­ly taut re­la­tion­ship, the point is not how the co­lors go to­ge­ther but the re­la­tions of den­si­ties, forces and in­ten­si­ties. With the ra­di­ca­lism of his choices, De­mo­zay has op­ted for an ap­proach beyond abs­trac­tion, a de­fi­ni­tion of pain­ting and more pre­ci­se­ly the can­vas as a lan­guage com­pri­sed of non-re­fe­ren­tial shapes and si­gns. Nei­ther an image nor a concept, what De­mo­zay’s pain­ting conveys is no­thing but a phy­si­cal and ma­te­rial ex­pe­rience of co­lor. While this no­tion of pain­ting is unu­sual, it is not un­heard of. Think of the Ra­di­cal Pain­ting ar­tists such as Gun­ther Forg to Cal­lum Innes, and, in France, Sté­phane Bor­da­rier. De­mo­zay has a ve­ry par­ti­cu­lar way of de­ve­lo­ping the re­la­tion­ship bet­ween space and co­lor. This show is ex­clu­si­ve­ly com­pri­sed of ve­ry large for­mat works. The white on which the co­lor/shapes ap­pear is an ac­tive site, made so by the ten­sion bet­ween the swaths of co­lor. It opens up the space where these forms seem to si­mul­ta­neous­ly ex­pand and slide to­ward the ex­te­rior of the pain­ting, thus threa­te­ning its uni­ty, and hold them­selves to­ge­ther wi­thin its boun­da­ries. The pain­ting is grip­ped bet­ween these two contra­dic­to­ry mo­ve­ments, which are ac­cen­tua­ted to va­rious de­grees. Nei­ther a clo­sed sur­face nor an ob­ject on the verge of be­co­ming th­ree-di­men­sio­nal, the pain­ting is caught in this pas­sage bet­ween the in­ter­ior and ex­te­rior space. The choice of for­mats in Ga­le­rie des Pon­chettes ac­cords with the scan­sion of the de­co­ra­tive stone co­lumns that give rhythm to the hall. The al­most exact cor­res­pon­dence bet­ween the for­mats and the space bet­ween each arch seems to concen­trate the pain­tings wi­thin these confines, but is al­so tends to con­nect them to the buil­ding as a whole, em­pha­si­zing the way they over­flow their own spaces. This re­la­tion­ship with the phy­si­cal set­ting, in­ten­si­fying the mo­tion wi­thin the pain­tings, de­mons­trates how the per­cep­tion of these works is in­dis­so­luble from the here and now of their ex­pe­rience. This is al­so a way to tell us that the rea­li­za­tion of pain­ting is lo­ca­ted in a pre­ca­rious site where the condi­tions for its exis­tence are constant­ly at stake.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

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