Ma­ri­na Ga­don­neix

Art Press - - EXPOSITIONS - Étienne Hatt

Le Point du Jour / 31 jan­vier - 8 mai 2016 Pla­teaux de tour­nage avec fond vert ou bleu, « mai­sons à feu » pour l’en­traî­ne­ment des pom­piers, stu­dios de re­pro­duc­tion pho­to­gra­phique d’oeuvres d’art, la­bo­ra­toires scien­ti­fiques où sont re­cons­ti­tués des phé­no­mènes phy­siques : tels sont les lieux de la Cou­leur moyenne de l’uni­vers, convain­cante ex­po­si­tion d’une qua­ran­taine de pho­to­gra­phies de Ma­ri­na Ga­don­neix, dont des ex­traits furent ré­cem­ment mon­trés à Pa­ris, ga­le­rie Mi­chèle Cho­mette. L’ar­tiste n’en­tend pas do­cu­men­ter ces es­paces ou en faire la ty­po­lo­gie. Bien au contraire, elle ex­ploite leur ca­pa­ci­té à pro­duire des images men­tales. C’est pour­quoi elle les pho­to­gra­phie vides de toute pré­sence hu­maine et de toute oeuvre. Ain­si, ce que l’ar­tiste veut nous faire voir n’est pas l’image qu’elle nous montre mais celle qui l’ex­cé­de­ra dans notre es­prit. Pour y par­ve­nir, elle livre quelques in­dices, comme les formes pro­duites par la fonc­tion de ces lieux ou un titre, à lire comme une lé­gende. La sé­rie Après l’image (2014-15) frappe par la di­men­sion plastique des dis­po­si­tifs de pho­to­gra­phie d’oeuvres dont cer­tains élé­ments, tels ces trois repères dan­sant sur le mur après qu’un mo­bile de Cal­der eut été pho­to­gra­phié, semblent pro­lon­ger la pré­sence de l’oeuvre et conser­ver une part de son au­ra. Mais l’ar­tiste aime aus­si voir l’ima­gi­na­tion se heur­ter au réel ou consta­ter que la fic­tion y a dé­jà fait ef­frac­tion. Les Land­scapes (2012) sont de grands mo­no­chromes verts ou bleus dont les titres évo­ca­teurs, par exemple Bur­ning Car on a Bro­ken Bridge, sont dé­ri­vés de la scène tour­née sur le pla­teau. À cha­cun de s’aban­don­ner à l’ima­gi­ner, sauf quand l’ar­tiste prend soin d’in­clure dans l’image un car­ré de sol blanc qui la tri­via­lise. La Mai­son qui brûle tous les jours (2008-10) pré­sente, quant à elle, des vues de mai­sons à feu noir­cies par la ré­pé­ti­tion des exer­cices. On se de­mande bien quelle ca­tas­trophe pour­rait se pro­duire dans cet uni­vers fac­tice, jus­qu’au mo­ment où on dis­tingue d’in­quié­tantes traces de mains sur une porte qui semble avoir re­fu­sé de s’ou­vrir. Le pro­to­cole et le sys­té­ma­tisme ap­pa­rents de chaque sé­rie font ain­si place au dé­rè­gle­ment. L’ar­tiste sait aus­si re­mettre en cause sa mé­thode. Ain­si, pour ses Phé­no­mènes, com­men­cés en 2014, elle est cette fois par­tie d’une liste de mots qui ap­pellent des images – ava­lanche, tor­nade, foudre… – qu’elle a confron­tées à la réa­li­té des re­cons­ti­tu­tions en la­bo­ra­toire. L’oeuvre de Ma­ri­na Ga­don­neix pro­cède ain­si moins par dé­cli­nai­son que par dé­pla­ce­ments et re­tour­ne­ments. Sa co­hé­rence, sou­te­nue par une es­thé­tique épu­rée où la cou­leur, quand elle n’est pas in­tense et lu­mi­neuse, peut tendre au noir et blanc, fa­ci­lite les dia­logues entre les sé­ries. Ain­si, sor­ti du bel es­pace de pro­jec­tion qu’est la sé­rie Land­scapes, où l’on au­ra pu écou­ter Bla­ckout, une pièce so­nore écrite par Mar­cel­line Del­becq en écho aux images vides, les ex­pé­riences scien­ti­fiques des Phé­no­mènes prennent des al­lures d’ef­fets spé­ciaux qui peu­ple­raient les fonds verts et bleus des stu­dios de films ca­tas­trophes. Sans doute, une des qua­li­tés de Ma­ri­na Ga­don­neix est, der­rière la maî­trise dont té­moignent son oeuvre et cette ex­po­si­tion, de per­mettre que les choses puissent lui échap­per. Film sets with green or blue back­grounds, a “house that burns eve­ry­day” for fi­re­men to prac­tice on, stu­dios for the pho­to­gra­phic re­pro­duc­tion of art­works, scien­ti­fic labs for the re­cons­ti­tu­tion of phy­si­cal phe­no­me­na—these are the lo­ca­tions seen in La Cou­leur moyenne de l’uni­vers (The Ave­rage Co­lor of the Uni­verse), a per­sua­sive ex­hi­bi­tion of for­ty pho­tos by Ma­ri­na Ga­don­neix, al­so re­cent­ly ex­cerp­ted at the Mi­chèle Cho­mette gal­le­ry in Pa­ris. She does not seek to do­cu­ment or pro­duce a to­po­lo­gy of these spaces. On the con­tra­ry, she brings out their ca­pa­ci­ty to in­du­ce­men­tal images. Con­se­quent­ly, she pho­to­graphs them emp­ty of any hu­man pre­sence or ac­ti­vi­ty. What this ar­tist wants to make us see is not the image she shows us but the image that sur­passes it in our mind. With that in­ten­tion she pro­vides a few clues, like the forms pro­du­ced by the func­tion of these places or a title that can be read as a cap­tion. In the se­ries Après l’image (Af­ter the Image, 2014-15), pho­tos of pho­to­gra­pher’s stu­dios used for the do­cu­men­ta­tion of art­works, she brings out the vi­sual qua­li­ties of the stu­dios them­selves. For ins­tance, the th­ree marks dan­cing on the wall af­ter the pho­to­gra­phing of a Cal­der mo­bile seem to pre­serve its pre­sence and es­pe­cial­ly its au­ra. But Ga­don­neix al­so likes to show ima­gi­na­tion cra­shing in­to rea­li­ty or real si­tua­tions where fic­tion has al­rea­dy bro­ken in. Her Land­scapes (2012) are large-for­mat green and blue mo­no­chro­ma­tic pho­tos whose evo­ca­tive titles such as Bur­ning Car on a Bro­ken Bridge des­cribe a scene fil­med on the set. Vie­wers can use their own ima­gi­na­tion, ex­cept when the ar­tist takes care to in­clude a white floor tile in the image to tri­via­lize it. The House That Burns Eve­ry­day (2008-10) shows houses bla­cke­ned by re­pea­ted fire drills. We­might ask our­selves how any­thing could go wrong in this fake world, un­til we no­tice sca­ry hand­prints on a door that seems to have re­fu­sed to open. The pro­to­col and or­der that mark each se­ries are al­so pro­pi­tious for crea­ting di­sor­der. Ga­don­neix knows how to turn her me­tho­di­cal­ness against it­self. For Phé­no­mènes, a se­ries be­gun in 2014, she uses a list of words that call up images— ava­lanche, tor­na­do, thun­der, etc.— that she contrasts with the rea­li­ty of la­bo­ra­to­ry re­cons­ti­tu­tions. In short, Ga­don­neix’s me­thod in­volves not so much va­ria­tion on a theme as dis­pla­ce­ments and re­ver­sals. The co­he­rence of her se­ries fa­ci­li­tates dia­logue bet­ween them. This co­he­rence is sus­tai­ned by a mi­ni­ma­list aes­the­tics whe­ther in an in­tense, lu­mi­nous co­lors or black and whi­tish. In Land­scapes, a se­ries of pro­jec­tion ins­tal­la­tions, the sound piece Bla­ckout writ­ten by Mar­cel­line Del­becq echoes th­rough the emp­ty images. The scien­ti­fic ex­pe­ri­ments in Phé­no­mènes pro­duce spe­cial ef­fects set against the green and blue back­grounds used to film di­sas­ter mo­vies. The tech­ni­cal mas­te­ry Ga­don­neix dis­plays in her work is cou­pled with an abi­li­ty to let things get out of hand.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

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