Mar­gaux Bri­cler ; Ni­cho­las Nixon

Art Press - - ART PRESS 434 - Ju­lie Crenn Étienne Hatt

Ga­le­rie Mi­chel Rein / 19 mars - 7 mai 2016 Un lan­gage à la fois poé­tique et concep­tuel est ins­crit au coeur de la nou­velle ex­po­si­tion per­son­nelle de Mar­gaux Bri­cler, Un oeuf, un caillou, un chat. On re­tient plus par­ti­cu­liè­re­ment la di­men­sion se­crète du lan­gage : entre l’oeuvre et le re­gar­deur, entre deux êtres, de l’un à l’autre. Qu’il soit vé­hi­cu­lé par les mots, les ob­jets, les images (fixes et vi­déo) ou le son, le lan­gage cir­cule dans les deux es­paces. Les oeuvres, ri­che­ment ré­fé­ren­cées, nous mènent de Georges Ba­taille à An­dreï Tar­kovs­ki, en pas­sant par Mi­chel Fou­cault ou An­to­nio Vi­val­di. Aux ré­fé­rences ar­tis­tiques et lit­té­raires s’ajoute une part d’éso­té­risme, d’as­tro­no­mie, de phy­sique, de sé­mio­tique ou en­core de phi­lo­so­phie. Les oeuvres fonc­tionnent comme un jeu de piste dont l’ob­jec­tif se­rait la dé­route, la perte et une forme de frus­tra­tion. L’im­pos­si­bi­li­té plane sur notre quête de com­pré­hen­sion. Ain­si, la prose du monde – un lan­gage éten­du et com­plexe – est tra­duite de ma­nière frag­men­tée à l’image des constel­la­tions et des car­to­gra­phies qui s’égrainent au fil des oeuvres. À la ma­nière d’un jeu de cartes ou d’un jeu de dés, il nous faut dé­cryp­ter les mots et les choses, ex­plo­rer les com­bi­nai­sons, re­con­naître le vo­ca­bu­laire, re­cons­ti­tuer la gram­maire, pour ten­ter de dé­chif­frer le sens d’une langue qui ré­clame aus­si bien l’ef­fort que le lâ­cher-prise. Il nous re­vient alors de jouer le jeu de l’in­sai­sis­sable, cé­der à la dé­am­bu­la­tion poé­tique ou tout mettre en oeuvre pour dé­co­der les énigmes et les mé­ta­phores exis­ten­tielles. Mar­gaux Bri­cler’s new so­lo show, Un oeuf, un caillou, un chat (Egg, pebble, cat) speaks in a lan­guage that is si­mul­ta­neous­ly poe­tic and concep­tual. What’s most stri­king about this lan­guage is its se­cret di­men­sion: bet­ween the art­work and the vie­wer, bet­ween two people, from one to the other. Whe­ther this lan­guage is conveyed by words, ob­jects, images (still pho­tos and vi­deos) or sounds, it cir­cu­lates bet­ween both spaces. The ri­chly re­fe­ren­tial works takes us from Georges Ba­taille to An­drei Tar­kovs­ky, with Mi­chel Fou­cault and An­to­nio Vi­val­di in bet­ween. The ar­tis­tic and li­te­ra­ry ci­ta­tions are over­laid with eso­te­ri­cism, as­tro­no­my, phy­sics, se­mio­tics and phi­lo­so­phy. The art­works func­tion like a trea­sure hunt whose ob­jec­tive is de­bacle, loss and a kind of frus­tra­tion. The sha­dow of im­pos­si­bi­li­ty falls on our quest for com­pre­hen­sion. The prose of the world, a spraw­ling, com­plex and ever-elu­sive lan­guage, is trans­la­ted, frag­men­ta­ri­ly, in­to the images of constel­la­tions and car­to­gra­phies that run through Bri­cler’s work. As if playing a game of cards or dice, we have to de­code the words and the things, ex­plore com­bi­na­tions, re­co­gnize the vo­ca­bu­la­ry and re­cons­ti­tute the gram­mar in an ef­fort to tease out the mea­ning of a lan­guage that re­quires us to both hold on tight and let go. We have to make a choice, play the game of the inef­fable, give in to poe­tic mean­ders, or try as hard as we can to de­code the exis­ten­tial enig­mas and me­ta­phors.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff En 2012, la pre­mière ex­po­si­tion à la ga­le­rie Éric Du­pont du pho­to­graphe amé­ri­cain Ni­cho­las Nixon re­ve­nait sur les sé­ries fa­meuses, ses tra­vaux sur la ville de Bos­ton, ou The Brown Sis­ters, suite ini­tiée en 1975 et tou­jours en cours de por­traits an­nuels de sa femme et de ses trois soeurs. La deuxième, Old and New, donne à voir une oeuvre po­la­ri­sée entre sai­sie pu­dique de l’in­ti­mi­té du pho­to­graphe et re­gard sen­sible sur la dou­leur des autres, ici sur­tout un ex­trait de People with AIDS qui, à la fin des an­nées 1980, suit des ma­lades du si­da sur plu­sieurs mois. Au­cune contra­dic­tion pour­tant, car une même re­te­nue, dé­pour­vue de froi­deur, ca­rac­té­rise ces sé­ries mar­quées par le temps. Le temps col­lec­tif de la ville étant ab­sent, il s’agit du temps in­di­vi­duel, de son pas­sage et de sa fin, mais aus­si de ses com­men­ce­ments, comme le montre un ma­gni­fique por­trait frag­men­taire de 1985 de sa femme et de sa fille dont ne pointe dans le cadre que le pe­tit poing de nou­veau­né. L’oeuvre de plus de qua­rante ans de Nixon pour­rait se pour­suivre sans grande sur­prise. Ce se­rait comp­ter sans une rup­ture – le mot peut sem­bler fort – ré­cente et tech­no­lo­gique. Nixon a, en ef­fet, tro­qué sa grosse chambre pho­to­gra­phique et ses épreuves par contact pour le nu­mé­rique. Les ti­rages sont moins beaux, peut-être plus plats, mais les pho­to­gra­phies de son oeil – un mo­tif an­cien chez lui – semblent des ma­cro­pho­to­gra­phies qui, par ac­cu­mu­la­tion de dé­tails hal­lu­ci­na­toires, bas­culent dans une autre réa­li­té. Ame­ri­can pho­to­gra­pher Ni­cho­las Nixon’s first show at the Éric Du­pont gal­le­ry in 2012 fea­tu­red his fa­mous se­ries on Bos­ton and The Brown Sis­ters, por­traits of his wife and her three sis­ters ta­ken eve­ry year since 1975. His se­cond show, Old and New, re­veals a cor­pus po­la­ri­zed bet­ween a dis­creet cap­tu­ring of his own fee­lings and a sen­si­tive eye for the suf­fe­ring of others, es­pe­cial­ly no­ti­ceable here in the pho­tos from People with AIDS, made in the late 1980s when he re­pea­ted­ly shot his sub­jects over the course of se­ve­ral months. There is no contra­dic­tion bet­ween the two en­dea­vors, be­cause the same kind of re­strai­ned yet ne­ver cold ap­proach cha­rac­te­rizes all these se­ries. They are em­bed­ded in the time when they we­re­made—not the col­lec­tive time of the ci­ty but in­di­vi­dual mo­ments, the pas­sage and end of time for par­ti­cu­lar people, and its be­gin­ning too, as shown by the ma­gni­ficent 1985 por­trait of his wife and daugh­ter, a new­born’s ti­ny fist jut­ting in­to the frame. It might seem that af­ter for­ty years Nixon’s work would hold no sur­prises, yet there has been a real rup­ture re­cent­ly, which be­gan when he tra­ded in his large-for­mat view ca­me­ra and its equal­ly large contact prints for di­gi­tal tech­no­lo­gy. The prints are less beau­ti­ful, per­haps flat­ter, but the images of his eye—an old theme in his work—seem like ma­cro­pho­to­graphs that, through the ac­cu­mu­la­tion of hal­lu­ci­na­to­ry de­tails, seem to tumble in­to ano­ther rea­li­ty.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

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