Ro­main Ber­ni­ni

Art Press - - REVIEWS - Anaël Pi­geat

Ga­le­rie Su­zanne Ta­ra­siève / 10 sep­tembre - 8 oc­tobre 2016 Il est en pein­ture des évo­lu­tions lentes, qui ré­vèlent d’an­née en an­née des va­ria­tions sub­tiles et d’autres plus ra­di­cales qui conduisent, l’es­pace de quelques mois, à des ques­tion­ne­ments ré­vo­lu­tion­naires. Alors que de­puis une di­zaine d’an­nées, Ro­main Ber­ni­ni nous avait ha­bi­tués à ces trans­for­ma­tions pro­gres­sives, par exemple à tra­vers ses per­son­nages, sou­vent des grimpeurs de dos dans ses pre­miers ta­bleaux, puis des cha­manes fai­sant face au re­gar­deur dans ses toiles plus ré­centes, sa der­nière ex­po­si­tion fait l’ef­fet d’un coup de ton­nerre, et sou­lève des ques­tion­ne­ments d’un ordre in­édit chez lui : l’usage de cou­leurs vives et chaudes, la trans­for­ma­tion de la toile en ob­jet, le rap­port entre la fi­gu­ra­tion et l’abs­trac­tion. Ce­la ne si­gni­fie pas que la co­hé­rence lui fasse dé­faut, que ces toiles nou­velles soient sans lien avec celles qui les pré­cèdent, ni que ces in­ter­ro­ga­tions en­traînent dans son tra­vail des chan­ge­ments de na­ture du­rables. Ce qui est sen­sible en re­vanche, c’est le sen­ti­ment de li­ber­té qui se dé­gage de cette ex­po­si­tion. On y entre comme dans une fo­rêt vierge psy­ché­dé­lique – Ro­main Ber­ni­ni évoque vo­lon­tiers les lu­mières de Gau­guin et de Peter Doig. Des per­ro­quets au plu­mage so­phis­ti­qué peints avec fer­me­té et re­te­nue, dé­pour­vus des cou­lures qui ca­rac­té­ri­saient sa fac­ture an­cienne, fi­gurent sur de pe­tites toiles dont les bords peints, re­pliés sur les châs­sis, pro­longent l’image au-de­là de sa sur­face. Ils sont lit­té­ra­le­ment po­sés sur de grandes pein­tures qui leur servent de fond abs­trait, or­nées de quelques formes in­dis­tinctes vio­lettes, bleues, vertes ou rouges. L’une d’entre elles est ex­po­sée telle quelle. Ce­la trans­forme presque les pe­tites toiles en sculp­tures, et les grandes en socles. D’ailleurs les per­ro­quets sont ai­man­tées, et l’on peut éven­tuel­le­ment chan­ger leur po­si­tion. Il y a d’abord, dans le choix de ce mo­tif ani­ma­lier, une re­cherche pic­tu­rale me­née à par­tir d’images trou­vées, ou bien prises sur le vif au zoo, qui rap­pelle par­fois cer­tains ta­bleaux de Gilles Aillaud avec le sen­ti­ment de l’em­pri­son­ne­ment en moins. Bien que Ro­main Ber­ni­ni se soit ins­pi­ré de la nou­velle de Flau­bert Un coeur simple pour des oeuvres an­té­rieures, ces per­ro­quets-là ont peu de chose en com­mun avec un ani­mal em­paillé sor­dide et ter­ri­fiant. Pour­rait-on voir dans ces ta­bleaux un trait d’hu­mour mor­dant, qui coupe court à la cri­tique ? Un contre­point à ces images contri­bue à l’équi­libre de l’ex­po­si­tion : une piste ronde sur la­quelle sont dis­po­sés des pa­ral­lé­lé­pi­pèdes gris– fon­taine, foyer ou piste de cirque, le mys­tère res­te­ra en­tier. L’at­mo­sphère gé­né­rale rap­pelle celle des mu­sées d’his­toire naturelle ; deux cha­manes mé­lan­co­liques contemplent des pay­sages, coif­fés de masques de feuilles et de ma­quillages pré­cieux. Plu­sieurs pein­tures qui re­pré­sentent une fo­rêt de palmes com­plètent cet en­semble dont on ne sait pas tout à fait s’il s’agit de la na­ture sau­vage ou de vi­trines oni­riques. Ca­chée au pre­mier étage, une chouette sage veille sur cette mé­na­ge­rie. He is a pain­ter of slow de­ve­lop­ments that lead, in the space of se­ve­ral months, to re­vo­lu­tio­na­ry ques­tions. Over the last ten years, we had grown used to these gra­dual trans­for­ma­tions in the work of Ro­main Ber­ni­ni, no­ta­bly in the na­ture of his cha­rac­ters (from the clim­bers of the first pain­tings, seen from be­hind, and then sha­mans fa­cing the vie­wer in more recent can­vases), but his la­test show is dra­ma­ti­cal­ly dif­ferent, as he ex­plores ques­tions that seem quite new for him: the use of bright, warm co­lors, the trans­for­ma­tion of the can­vas in­to an ob­ject, the re­la­tion bet­ween fi­gu­ra­tion and abs­trac­tion. This does not mean a lack of co­he­rence, that these new can­vases are un­con­nec­ted to the ones that went before, or that these ques­tions si­gni­fy du­rable changes in his work. What this show does ve­ry clear­ly convey, ho­we­ver, is a sense of free­dom. En­te­ring it is like en­te­ring a psy­che­de­lic vir­gin fo­rest. Par­rots with so­phis­ti­ca­ted plu­mage, and none of the drips of paint found in Ber­ni­ni’s old pain­tings, are li­te­ral­ly pla­ced on large can­vases that serve as an abs­tract ba­ck­drop. These are ador­ned with a few in­dis­tinct forms in shades of purple, blue, green or red. One of them is shown bare. The birds ap­pear on smal­ler can­vases whose pain­ted edges, fol­ded over the stret­chers, ex­tend the can­vas beyond its sur­face. This trans­forms them al­most in­to sculp­tures, and the large can­vases in­to bases. In fact, the par­rots are held by ma­gnets and it would be pos­sible to change their po­si­tion. The ar­tist put a lot of stu­dy, both of pho­tos and of live spe­ci­mens in the zoo, in­to these ani­mal mo­tifs, and the re­sult so­me­times re­minds us of pain­tings by Gilles Aillaud, al­beit wi­thout the fee­ling of confi­ne­ment. Al­though Ber­ni­ni re­fer­red to the Flau­bert short sto­ry in ear­lier works, these par­rots have lit­tle in com­mon with the sor­did and ter­ri­fying stuf­fed par­rot of Un coeur simple. These birds might al­so be seen as an ex­pres­sion of sar­do­nic hu­mor, an­ti­ci­pa­ting and un­der­cut­ting cri­ti­cism. Ba­lan­cing the ex­hi­bi­tion is an enig­ma­tic round area full of gray pa­ral­le­le­pi­peds. Could this be a foun­tain, a hearth, a cir­cus ring? The ge­ne­ral at­mos­phere is like that of a na­tu­ral his­to­ry mu­seum. Two me­lan­cho­ly sha­mans contem­plate land­scapes wea­ring leaf masks and pre­cious face paints. Se­vern pain­tings of palm fo­rests com­plete the en­semble. Dream vi­sions or wild na­ture? We don’t know. Hid­den on the se­cond floor, an owl watches over this me­na­ge­rie, as if to take it un­der the wings of its wis­dom.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

« Vâ­ha­na II ». 2016. Ta­bleaux as­sem­blés Huile sur toile. 200 x 160 cm (Court. de l'ar­tiste). Oil on can­vas

« Wai­ting Per­iod ». 2016. Huile sur toile. 150 x 150 cm. Oil on can­vas

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.