TIM ET­CHELLS See­ping Through (Dé­cou­verte)

Pa­lais de la Dé­cou­verte

Art Press - - FIAC HORS LES MURS -

« J’avais vu Ai­sha Oraz­baye­va (la vio­lo­niste) jouer dans le cadre du fes­ti­val Kam­merK­lang, à Londres. J’ai beau­coup ai­mé ce qu’elle fai­sait. J’étais alors en train d’or­ga­ni­ser un en­semble d’évé­ne­ments à Lis­bonne et je lui ai de­man­dé si elle vou­lait y col­la­bo­rer. On a fait un double pro­gramme, moi li­sant et elle jouant, puis une pièce fi­nale en col­la­bo­ra­tion sur la base d’un texte exis­tant que j’avais écrit. Cette pre­mière ma­ni­fes­ta­tion nous a conduits à ima­gi­ner d’autres pos­si­bi­li­tés et nous avons com­men­cé une sé­rie d’évé­ne­ments et d’en­re­gis­tre­ments dif­fé­rents, plus im­pro­vi­sés, entre autres pour la ra­dio. Pour See­ping Through, le texte ne re­pose pas sur une par­ti­tion, mais sur un en­semble de ma­té­riaux qui me sert sou­vent de point de dé­part. Je tra­vaille tou­jours à par­tir d’un jeu de car­tons conte­nant des tas et des tas de frag­ments de textes – lignes, ex­pres­sions, phrases re­cueillies ou écrites, choses at­tra­pées au vol dans la rue, choses ve­nues d’In­ter­net, de films, de jour­naux et de ro­mans. Je crois qu’Ai­sha a un ré­per­toire de tech­niques sur les­quelles elle brode… elle a une for­ma­tion clas­sique au dé­part, et elle a donc une grande connais­sance et une grande ex­pé­rience du ré­per­toire contem­po­rain, plus ex­pé­ri­men­tal, en plus de sa propre pra­tique en im­pro­vi­sa­tion et en com­po­si­tion. Nous nous ser­vons de tout ce­la... c’est tou­jours ouvert. La re­la­tion entre les ma­té­riaux par­lés et les sons du vio­lon change tout le temps. Tan­tôt je mène un bout de conduite, tan­tôt c’est Ai­sha qui m’éjecte un peu en route. Par­fois, elle pose des boucles très fortes, très vives, et je tra­vaille en re­la­tion avec ça. Même si on ne tra­vaille qu’avec la voix et le vio­lon, ça peut étran­ge­ment res­sem­bler à de la tech­no! À d’autres mo­ments c’est éphé­mère, fra­gile, dé­li­cat, dis­per­sé. Ai­sha a aus­si dé­ve­lop­pé une stra­té­gie d’imi­ta­tion de mon élo­cu­tion – le vio­lon suit et ré­pète donc les rythmes et les tex­tures de ma pa­role, jus­qu’à me re­cou­vrir par­fois, comme si l’écho pre­nait le des­sus. J’aime l’idée que la voix puisse être cou­verte et dé­cou­verte. Nous la trai­tons comme un élé­ment. Ce n’est pas maî­tri­sé. Je crois que c’est une des choses qui nous in­té­ressent dans ce tra­vail – ex­plo­rer l’es­pace entre la sé­man­tique du lan­gage et son exis­tence pa­ral­lèle en tant que son, rythme et tex­ture. Les choses les plus in­té­res­santes ap­pa­raissent sans qu’on sache pour­quoi ni comment… Tous ces ca­ne­vas ne sont là que pour amor­tir l’im­pro­vi­sa­tion, on se fie donc pas mal à notre nez. Je suis sûr qu’au Pa­lais de la Dé­cou­verte, See­ping Through (Dé­cou­verte) au­ra de l’ef­fet. C’est un es­pace in­croyable, dont j’aime l’am­biance et l’es­thé­tique. Comme le texte (et tout le reste) est im­pro­vi­sé, la pièce semble dif­fé­rente à chaque fois. Je suis sûr aus­si que d’autres textes me vien­dront à l’es­prit et trou­ve­ront leur ré­so­nance dans cet en­vi­ron­ne­ment – et que ce que nous fe­rons se­ra en dia­logue avec lui. »

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“I’d seen Ai­sha Oraz­baye­va (the vio­li­nist) per­form as part of so­me­thing cal­led Kam­merK­lang in Lon­don. I real­ly li­ked what she was doing. I was or­ga­ni­zing a set of events in Lis­bon a while la­ter and I as­ked her if she’d like to col­la­bo­rate. We did a kind of double-bill event, me rea­ding and her playing, and then a fi­nal piece that was more a col­la­bo­ra­tion, ba­sed on an exis­ting text I’d writ­ten. That ini­tial eve­ning led to conver­sa­tions about other possibilities, and we star­ted on a se­ries of dif­ferent, more im­pro­vi­sed events, ra­dio ses­sions and re­cor­dings. For See­ping Through, there’s no score for the text, but there is a col­lec­tion of ma­te­rials I tend to be­gin from. I al­ways work from a set of cards which contain ma­ny frag­ments of text—lines, phrases and sen­tences that I have col­lec­ted or writ­ten, things I’ve ove­rheard on the street, things from the In­ter­net, from mo­vies, from news­pa­pers and no­vels. Ai­sha I guess has a re­per­toire of tech­niques that she draws from… she’s clas­si­cal­ly trai­ned in the first place and then has a great know­ledge and ex­pe­rience of contem­po­ra­ry, more ex­pe­ri­men­tal re­per­toire, as well as her own im­pro­vi­sa­tio­nal and com­po­si­tio­nal prac­tice. I guess we draw on all these things… it’s al­ways open. The re­la­tion­ship bet­ween dif­ferent spo­ken ma­te­rials and the vio­lin sounds changes all the time. We move ba­ck­wards and for­wards in the mix… so­me­times it feels as though I’m dri­ving it along, other times Ai­sha is pret­ty much blas­ting me out of the way. So­me­times it has the fee­ling that she’s set­ting up these ve­ry strong, bold loops, and I work in re­la­tion to that. Al­though we work with vio­lin and voice on­ly, it can be stran­ge­ly like tech­no at times! Other times it’s real­ly ephe­me­ral, fra­gile, de­li­cate, dis­per­sed. Ai­sha has al­so de­ve­lo­ped a stra­te­gy of mi­mi­cking my speech, so the vio­lin is fol­lo­wing and echoing the rhythms and tex­tures of my spea­king, so­me­times era­sing me, as though the echo takes over. I like the idea, that the voice is so­me­thing that gets co­ve­red and un­co­ve­red. We treat it as an ele­ment. It’s not in con­trol. I think that’s one of our in­ter­ests in this work—ex­plo­ring the space bet­ween the se­man­tics of the lan­guage and its pa­ral­lel exis­tence as sound, rhythm and tex­ture. The most in­ter­es­ting things hap­pen in this work wi­thout one real­ly kno­wing why or how… all these fra­me­works I’m out­li­ning are just there as a cu­shion to im­pro­vi­sa­tion. So much of it is about fol­lo­wing your nose. To do See­ping Through (Dé­cou­verte) in The Pa­lais de la Dé­cou­verte, I’m sure that that will have an ef­fect. It’s an ama­zing space. I love the am­bience of it and the look of it. Since the text (and eve­ry­thing else) is im­pro­vi­sed there’s a real sense that each time we work to­ge­ther it’s dif­ferent—and a lo­ca­tion like the elec­tro-sta­tic room will de­fi­ni­te­ly af­fect us. I’m al­so sure that dif­ferent texts will come to mind, and find re­so­nance in that en­vi­ron­ment—so what we do will be in dia­logue with it.” Tim Et­chells Né en 1962 Vit et tra­vaille à Shef­field.

Tim Et­chells.

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