Marc Ca­mille Chai­mo­wicz

Art Press - - EXPOSITIONS REVIEWS - Au­ré­lie Ver­dier

Ser­pen­tine Gal­le­ry / 29 sep­tembre - 20 no­vembre 2016 On ne sait s’il faut voir un ha­sard ob­jec­tif dans le fait qu’une carte mon­trant la Ser­pen­tine Gal­le­ry de Londres, ba­na­le­ment trou­vée sur In­ter­net (et dont les droits ap­par­tiennent à la Cou­ronne bri­tan­nique) semble re­prendre avec exac­ti­tude les nuances pas­tel chères aux mo­tifs ta­pis­sants de l’art de Marc Ca­mille Chai­mo­wicz : vert Nil, ci­tron, ou gris tendre. Le pe­tit bâ­ti­ment de plan presque par­fai­te­ment car­ré est le cadre de la der­nière ex­po­si­tion de l’ar­tiste, in­ti­tu­lée An Au­tumn Lexi­con. Elle re­trouve un peu de l’at­mo­sphère feu­trée et in­time du sa­lon de thé qui était la des­ti­na­tion pre­mière de ce lieu à son ou­ver­ture dans les an­nées 1930. Une pho­to­gra­phie d’époque, pla­cée par l’ar­tiste, le rap­pelle dans l’ex­po­si­tion. Cette scé­no­gra­phie « d’au­tomne » dé­ploie donc bien un lexique : ce­lui, for­mel, de Chai­mo­wicz, où do­minent ces pat­terns dé­co­ra­tifs bien iden­ti­fiés chez lui, et que l’on re­trouve sur un lit de re­pos, un fau­teuil, des om­brelles ou bien un pa­pier peint. Pa­vi­lion (2015) montre le mo­tif de l’ar­chi­tec­ture du pa­villon de la Ser­pen­tine, et son titre nous pré­cise que ce pa­pier peint est « sauge et « olive ». Les pro­to­types de mo­bi­liers, dis­sé­mi­nés et so­clés, la pein­ture (par­fois sur marbre), les ta­pis, le sculp­tu­ral mo­dèle pour une fe­nêtre ou bien les chaises d’en­fants sont bai­gnés d’une lu­mière douce fil­trée par des ri­deaux. Ces mêmes voi­lages oc­cultent au contraire la lu­mière na­tu­relle dans la ga­le­rie ouest ac­cueillant En­ough Ti­ran­ny, oeuvre que Chai­mo­wicz avait mon­trée dans ce même lieu en 1972 : on y per­çoit un amas d’ob­jets col­lec­tés dans la rue, tri­viaux ou ru­ti­lants (une boule à fa­cette, un ta­lon or­phe­lin, une guir­lande lu­mi­neuse, un mi­roir bri­sé), alors que les lu­mières des stro­bo­scopes et la mu­sique de Bo­wie ins­til­lent une at­mo­sphère de fin de fête. De quel ab­so­lu­tisme la phrase En­ough Ti­ran­ny ins­crite à même le mur se fait-elle l’écho ? Les in­té­rieurs do­mes­tiques, par­fois im­mer­sifs, de Chai­mo­wicz s’op­posent aux ca­té­go­ri­sa­tions, aux fron­tières entre la sphère pu­blique et pri­vée, les beaux-arts et les arts ap­pli­qués, le mé­ca­nique et le fait main. Mais, ici, l’idée du re­fus de sou­mettre à la ty­ran­nie de l’opi­nion et de la mo­rale, chère à la fi­gure du dan­dy de­puis Beau Brum­mell, n’est peu­têtre pas loin. « Deux dan­gers ne cessent de me­na­cer le monde : l’ordre et le désordre », écri­vait Paul Va­lé­ry. Cette po­la­ri­té des contraires ren­voie à la ma­nière qu’a l’ar­tiste d’éri­ger le dé­cor – in­té­rieur ou ex­té­rieur – en ar­ran­ge­ments vé­ri­ta­ble­ment sculp­tu­raux, créant ici une im­pres­sion d’ex­tra­va­gance douce. Mais il y a une autre ty­ran­nie : celle du temps li­néaire dont Chai­mo­wicz dit vou­loir se dé­bar­ras­ser, celle en­core de l’iden­ti­té fixée une fois pour toutes, et dont cer­tains de ses hé­rauts, Jean Coc­teau ou Mar­cel Proust, pen­saient qu’elle était faite de contraires ir­ré­con­ci­liables. C’est ce que ces ob­jets montrent ma­gni­fi­que­ment, en fonc­tion­nant comme des pe­tits mi­roirs ten­dus au moi qui se ré­flé­chit. Per­haps it is sim­ply a mat­ter of ob­jec­tive chance that a map tur­ned up by a Google search for the Ser­pen­tine Gal­le­ry in Lon­don (a Crown co­py­right) seems to exact­ly imi­tate the pas­tel tones fa­vo­red by Marc Ca­mille Chai­mo­wicz for the mo­tifs on the wall­pa­per fea­tu­red in his art: Nile green, lemon and soft gray. This small, al­most per­fect­ly square buil­ding is the ve­nue for this ar­tist’s la­test show, en­tit­led An Au­tumn Lexi­con. It brings back a bit of the un­ders­ta­ted, hu­shed at­mos­phere of the royal tea pa­vi­lion that ori­gi­nal­ly oc­cu­pied this site when it was built in the 1930s, as a pho­to from that time, hung by Chai­mo­wicz, re­minds us in this ex­hi­bi­tion. This au­tum­nal set­ting ac­tual­ly does un­fold a lexi­con, Chai­mo­wicz’s own for­mal vo­ca­bu­la­ry do­mi­na­ted by his rea­di­ly iden­ti­fiable pat­terns, here ite­ra­ted on a day bed, arm­chair, pa­ra­sols and, of course, wall­pa­per. The do­mi­nant mo­tif in Pa­vi­lion (2015) is the sil­houette of the Ser­pen­tine pa­vi­lion it­self, and the title pre­ci­se­ly ex­plains this wall­pa­per’s co­lors are “sage” and “olive.” The fur­ni­ture pro­to­types, stan­ding here and there or on bases, the pain­ting (so­me­times on marble), the rugs, the sculp­tu­ral mo­del for a win­dow and the chil­dren’s chairs are ba­thed in soft light fil­te­red though cur­tains. The same cur­tains, on the other hand, block the na­tu­ral light in the wes­tern room where the mixed me­dia piece En­ough Ti­ran­ny is ins­tal­led. Chai­mo­wicz sho­wed the same piece in the same room in 1972. Ba­si­cal­ly, it is a heap of ob­jects found in the street, some simple and others glea­ming—a dis­co ball, so­li­ta­ry heel, string of lights and bro­ken mir­ror. Strobe lights and a Da­vid Bo­wie tune create a par­ty’s-over at­mos­phere. What op­pres­sion do the words “En­ough Ti­ran­ny” writ­ten on the wall re­fer to? Chai­mo­wicz’s of­ten im­mer­sive de­cors re­sist ca­te­go­ri­za­tion. They are si­tua­ted on the bor­der bet­ween the pu­blic and pri­vate spheres, the fine arts and de­co­ra­tive arts, the in­dus­trial and the hand­made. All this is re­la­ted to the re­fu­sal to sub­mit to the ty­ran­ny of the do­mi­nant opi­nions and mo­rals associated with the fi­gure of the dan­dy since Beau Brum­mell. Not to men­tion the ty­ran­ny of spel­ling. “Two dan­gers in­ces­sant­ly threa­ten the world,” wrote Paul Va­lé­ry, “or­der and di­sor­der.” This bi­no­mial is conveyed in this ar­tist’s way of construc­ting ex­te­rior and in­ter­ior de­cors with ve­ri­table sculp­tu­ral ar­ran­ge­ments, crea­ting an im­pres­sion of soft ex­tra­va­gance in this piece. But there are other ty­ran­nies, that of li­near time, which Chai­mo­wicz says he wants to over­throw, and that of a fixed and eter­nal­ly fro­zen iden­ti­ty. Some of Chai­mo­wicz’s lea­ding lights, like Jean Coc­teau and Mar­cel Proust, be­lie­ved that an iden­ti­ty is made up of ir­re­con­ci­lable op­po­sites. That’s what these ob­jects ma­gni­fi­cent­ly de­mons­trate. They serve as lit­tle mir­rors held up to the self re­flec­ted in them.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

« An Au­tumn Lexi­con ». Vue de l’ex­po­si­tion à la Ser­pen­tine Gal­le­ry. Ex­hi­bi­tion view

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