Tu­lipes

A Bou­quet of Spe­cu­la­tions

Art Press - - ÉDITO -

Le monde ac­tuel a at­teint un tel de­gré de dé­sordre que tout semble dé­sor­mais pos­sible à chaque ins­tant. Te­nue se­crète jusque-là, l’ins­tal­la­tion d’un Bou­quet de tu­lipes de Jeff Koons sur l’es­pla­nade qui réunit le Pa­lais de To­kyo et le mu­sée d’art mo­derne de la Ville de Pa­ris a été an­non­cée le 22 no­vembre der­nier. Ce mo­nu­ment of­fert par l’ar­tiste à la France veut rendre hom­mage aux vic­times des at­ten­tats qui ont tou­ché la France de­puis jan­vier 2015. On peut s’en ré­jouir et ima­gi­ner que l’of­fi­cia­li­sa­tion de ce pro­jet ini­tié par l’am­bas­sa­deur des États-Unis en France, la dé­mo­crate Jane D. Hart­ley, ait été ac­cé­lé­rée par la pers­pec­tive de l’ac­ces­sion de Do­nald Trump au pou­voir le 20 jan­vier. Mais un cer­tain nombre de ques­tions se posent aus­si. Le choix d’un ar­tiste qui in­carne à lui seul tous les ex­cès du mar­ché de l’art sur­prend for­te­ment – une autre ver­sion des tu­lipes, sans la main qui tient le bou­quet, est ins­tal­lée dans un hô­tel-ca­si­no de Las Ve­gas. Je ne fais pas par­tie des dé­trac­teurs sys­té­ma­tiques de Jeff Koons, et consi­dère même que son Balloon Dog pré­sente une réelle sé­duc­tion. Ici, les fleurs peuvent éven­tuel­le­ment convaincre, en re­vanche la main na­tu­ra­liste laisse per­plexe. Par ailleurs, l’oeuvre est « of­ferte » par l’ar­tiste, mais plus de trois mil­lions d’eu­ros doivent être réunis au­près de mé­cènes pour fi­nan­cer la pro­duc­tion. Ces fleurs de mé­tal en forme de bau­druche pour­ront-elles vrai­ment être une image de re­cueille­ment pour les sur­vi­vants et les fa­milles des vic­times ? À l’heure où ces lignes sont écrites, il sem­ble­rait que l’on at­tende en­core l’ac­cord de l’ar­chi­tecte des Bâ­ti­ments de France. Haute de plus de onze mètres, la sculp­ture, se­lon le pho­to­mon­tage ré­vé­lé par la Ville de Pa­ris, dé­passe lé­gè­re­ment la co­lon­nade qui réunit les deux ailes du bâ­ti­ment de 1937. Pour­quoi avoir choi­si ce lieu ? Est-ce l’ar­rière-plan de la tour Eif­fel qui est plus va­lo­ri­sant que le 11e ar­ron­dis­se­ment où les at­taques se sont dé­rou­lées ? Le jar­din des Halles, par exemple, n’au­rait-il pas été adap­té aus­si ? L’ob­jet, nous dit-on, est ins­pi­ré par la Sta­tue de la Li­ber­té, ca­deau de la France aux États-Unis en 1886. Jeff Koons ajoute qu’il se­ra réa­li­sé à une échelle juste « un peu plus grande » (1). Sur les rives de la Seine, non loin du quai de New-York, la sculp­ture ré­sonne avec la ré­plique de la Sta­tue de la li­ber­té qui se trouve à la pointe de l’île aux Cygnes, et avec la ré­plique de sa flamme de­vant le pont de l’Alma. Alors ces fleurs se­raient là comme sym­bole de l’amour. Mais en re­gar­dant les bulbes de la nou­velle ca­thé­drale russe or­tho­doxe, on ima­gine aus­si que, dans ses lec­tures, Jeff Koons pré­fère peut-être la Tu­lipe noire au Lys dans la Val­lée. Dans la Hol­lande du 17e siècle, la crise de la tu­lipe est consi­dé­rée comme la pre­mière bulle spé­cu­la­tive de l’his­toire.

Anaël Pi­geat

The world is so chao­tic no­wa­days that it seems any­thing can hap­pen. Kept se­cret up to that point, plans to ins­tall the Bou­quet of Tu­lips by Jeff Koons on the es­pla­nade bet­ween the Pa­lais de To­kyo and the Mu­sée d’Art Mo­derne de la Ville de Pa­ris were an­noun­ced on No­vem­ber 22. The ar­tist do­na­ted this mo­nu­ment to France in me­mo­ry of the vic­tims of the at­tacks that have oc­cur­red since Ja­nua­ry 2015. It is, one could argue, a cause for re­joi­cing. We might sup­pose that this project ini­tia­ted by the Ame­ri­can am­bas­sa­dor in France, De­mo­crat Jane D. Hart­ley, was hur­ried along in light of the inau­gu­ra­tion of Do­nald Trump on Ja­nua­ry 20. But there are still ques­tions. The choice of this ar­tist, who is sy­no­ny­mous with all the ex­cesses of to­day’s art mar­ket, and whose other tu­lip sculp­ture (wi­thout the hand) stands in a ho­tel/ca­si­no in Las Ve­gas, is sur­pri­sing to say the least. I am not one of those people who condemn eve­ry­thing Koons does, and I even think his Balloon Dog has real charm. But if the flo­wers here could be seen as convin­cing, the hand it­self is puzz­ling. What’s more, the work has been “gi­ven” by the ar­tist but over th­ree mil­lion eu­ros need to be ob­tai­ned from spon­sors to pay for its pro­duc­tion. Are these me­tal flo­wers, like in­fla­table ob­jects, real­ly a sui­table image for thin­king about the sur­vi­vors and fa­mi­lies of the vic­tims? At the time of wri­ting, the project is still awai­ting the green light from the Bâ­ti­ments de France plan­ning ar­chi­tect. Ac­cor­ding to the pho­to­mon­tage put out by Pa­ris Ci­ty Hall, this ele­ven-me­ter sculp­ture would be slight­ly hi­gher than the co­lon­nade joi­ning the two wings of the 1937 buil­ding. So why choose this lo­ca­tion? Was it the Eif­fel To­wer in the back­ground? Is this a bet­ter choice than the 11th ar­ron­dis­se­ment where the at­tacks took place? And wouldn’t the gar­den in Les Halles have been sui­table too? The ob­ject, we are told, was ins­pi­red by the Sta­tue of Li­ber­ty, which was a gift from France to the Uni­ted States in 1886. Koons adds that it is on “a slight­ly big­ger scale.”(1) On the banks of the Seine, not far from the Quai de New-York, the sculp­ture re­so­nates with the mi­nia­ture Sta­tue of Li­ber­ty stan­ding at the tip of the Île aux Cygnes, and with the re­pli­ca of its flame on the Pont de l’Alma. So, are these flo­wers a sym­bol of love? Loo­king at the onion domes of the new Rus­sian Or­tho­dox ca­the­dral being built across the ri­ver, we could image Koons pre­fer­ring The Black Tu­lip or The Li­ly in the Val­ley. In se­ven­teenth-cen­tu­ry Hol­land, the tu­lip was at the cen­ter of what is consi­de­red the first spe­cu­la­tive bubble, and crash, in his­to­ry.

Anaël Pi­geat Trans­la­tion, C. Pen­war­den

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