William N. Co­pley. Kien­holz: Five Car Stud

Art Press - - EXPOSITIONS REVIEWS -

Fon­da­tion Pra­da / 20 oc­tobre 2016 - 8 jan­vier 2017 et 19 mai - 31 dé­cembre 2016 La Fon­da­tion Pra­da pré­sente deux ré­tros­pec­tives consa­crées à des fi­gures aty­piques de l’art amé­ri­cain : William N. Co­pley (1919-1996) et Ed­ward Kien­holz (1927-1994), le­quel signe ses oeuvres à par­tir de 1972 avec son épouse Nan­cy. L’un est peintre, l’autre sculp­teur, mais on constate entre eux de nom­breux points com­muns. Tous les deux sont de purs au­to­di­dactes. Cha­cun a, à un mo­ment de sa car­rière, pro­mu le tra­vail d’autres ar­tistes au sein d’une ga­le­rie : Co­pley avec la Co­pley’s Gal­le­ry en 1948 à Be­ver­ly Hills, où il ex­pose les oeuvres de sur­réa­listes eu­ro­péens (entre autres, Ma­gritte et Tan­guy) ; Kien­holz fonde avec Wal­ter Hopps en 1957, à Los An­geles aus­si, la Fe­rus Gal­le­ry, où de nom­breux ar­tistes ca­li­for­niens, comme Lar­ry Bell ou Ed Ru­scha, font leurs pre­mières armes. L’un comme l’autre ont fait de la pros­ti­tuée une fi­gure cen­trale de leur oeuvre : Co­pley dresse un mo­nu­ment à la « pu­tain in­con­nue » (The Unk­nown Whore), quand Kien­holz, à plu­sieurs re­prises, réa­lise des ins­tal­la­tions mo­nu­men­tales sur le mo­tif du bordel, no­tam­ment The Hoe­ren­gracht (1983), qui évoque le Red Dis­trict d’Amsterdam. Co­pley et Kien­holz ont ex­plo­ré, cha­cun à leur ma­nière, la part sombre, ca­mou­flée sous le ver­nis pu­ri­tain, de la so­cié­té amé­ri­caine. Si­gna­lons en­fin que le com­mis­sa­riat de ces deux ex­po­si­tions est as­su­ré par l’illustre Ger­ma­no Ce­lant, et l’on au­ra com­pris qu’on ne peut faire mieux en termes de co­hé­rence de pro­gram­ma­tion. L’ac­ti­vi­té de ga­le­riste de Co­pley l’a ame­né à col­lec­tion­ner des oeuvres, dont cer­taines ont été ac­quises en­suite par la Me­nil Col­lec­tion, la­quelle co-or­ga­nise cette ré­tros­pec­tive. Des ta­bleaux em­blé­ma­tiques de Ma­gritte (la femme mor­ce­lée de l’Évi­dence éter­nelle, 1930) ou de Man Ray ( le Por­trait ima­gi­naire de DAF de Sade, 1938) ouvrent ain­si le par­cours ; elles sont confron­tées à des col­lages de jeu­nesse de Co­pley qui ré­vèlent très tôt la di­men­sion sur­réa­liste de sa sen­si­bi­li­té. Dès la fin des an­nées 1940 ap­pa­raissent des mo­tifs ré­cur­rents : la femme nue, le juge, la guillo­tine puis un per­son­nage ma­grit­téen coif­fé d’un cha­peau me­lon ; ils jouent la tra­gi­co­mé­die d’une li­ber­té sexuelle sé­vè­re­ment ré­prou­vée par la so­cié­té. Les vi­sages sont neutres, les corps cer­nés de noir, les fonds des ta­bleaux sont trai­tés en aplats, avec un goût presque vien­nois pour l’or­ne­ment dans les ta­pis­se­ries cou­vrant les murs d’in­té­rieurs cos­sus. Si la forme gé­né­rale de l’oeuvre va­rie peu au fil des dé­cen­nies, les corps se dé­lient tou- te­fois tan­dis que les com­po­si­tions se com­plexi­fient en sur­im­pres­sions. La se­conde par­tie de l’ex­po­si­tion seg­mente le par­cours en plu­sieurs thèmes, en par­ti­cu­lier la sexua­li­té avec l’ac­cro­chage dense de ta­bleaux pu­re­ment éro­tiques. Une grande salle ras­semble des ré­in­ter­pré­ta­tions de la Nuit es­pa­gnole de Pi­ca­bia (1922), ta­bleau qui fit par­tie de la col­lec­tion Co­pley. Ici, l’homme et la femme en­tament un pas de danse en­dia­blé. Le dé­sir, la sé­duc­tion, sont bien le ferment de l’oeuvre de Co­pley. Le dé­sir, l’ex­po­si­tion Kien­holz nous y in­tro­duit aus­si, avec son cé­lèbre juke box aux jambes fé­mi­nines lar­ge­ment ou­vertes, où une fente per­met de glis­ser une pièce pour dé­bu­ter la par­tie. Mais la chair est ici moins hé­do­niste

Ed­ward & Nan­cy Kien­holz. « Jo­dy, Jo­dy, Jo­dy ». 1993-94. (Ph. Del­fi­no Sis­to Le­gna­ni Stu­dio)

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.