Jean-Luc Ver­na

Art Press - - EXPOSITIONS REVIEWS - Ju­lie Crenn

MAC VAL / 22 oc­tobre 2016 - 26 fé­vrier 2017 En­fin, une ex­po­si­tion d’en­ver­gure de l’oeuvre de Jean-Luc Ver­na ! Pour sa pre­mière pré­sen­ta­tion mo­no­gra­phique dans un mu­sée en France, il oc­cupe de toute son au­ra l’es­pace noir et scin­tillant du MAC VAL. Vous n’êtes pas un peu beau­coup ma­quillé ? – Non est le titre gé­né­rique de toutes ses ex­po­si­tions per­son­nelles, un titre qui fonc­tionne comme une bou­tade lan­cée à sa propre pra­tique. Un titre qui ins­taure aus­si les no­tions de construc­tion, de che­mi­ne­ment et d’ar­chi­tec­ture d’une pen­sée libre et pro­téi­forme. Pen­sé comme une ré­tros­pec­tive, l’ac­cro­chage, vo­lon­tai­re­ment clas­sique, per­met au vi­si­teur d’em­bras­ser dans sa to­ta­li­té une oeuvre ra­di­cale et luxu­riante. Des­sins sur pa­pier, sur tis­su, oeuvres vi­déo, pho­to­gra­phies, sculp­tures-ob­jets, son : l’ex­po­si­tion est pen­sée comme une ex­pé­rience, une plon­gée dans un tra­vail mo­ti­vé par le mou­ve­ment. Pré­cur­seur du des­sin contem­po­rain, chan­teur, met­teur en scène, ac­teur, dan­seur, Jean-Luc Ver­na pos­sède plus d’une corde à son arc. Peu im­porte le mé­dium et le lieu, le corps consti­tue la co­lonne ver­té­brale de sa ré­flexion. Le sien et ce­lui des autres, réels, my­thiques, fan­tas­més, trans­for­més, se font l’ob­jet d’une tra­ver­sée épous­tou­flante de l’his­toire des arts. En trans­po­sant le pas­sé et le pré­sent, ce qu’il est et ce à quoi il as­pire, la cul­ture dite « sa­chante » et la cul­ture po­pu­laire, l’ar­tiste bous­cule, ré­in­vente et dé­place la re­pré­sen­ta­tion des corps. De­puis les an­nées 1990, il la com­bine avec la mu­sique. De Ni­na Si­mone à Dia­man­da Ga­las, en pas­sant par Bar­ba­ra et Da­vid Bo­wie, il mixe pa­roles, ico­no­gra­phies, vi­sages, ac­ces­soires, sym­boles avec son image et l’his­toire de l’art. Les des­sins, des trans­ferts sur pa­pier et tis­su, ré­sultent d’un long pro­ces­sus de re­pro­duc­tion, où, couche par couche, le geste ori­gi­nel dis­pa­raît au pro­fit d’un fan­tôme que l’ar­tiste vient en­suite re­haus­ser de ma­quillage, de bi­joux, de guir­landes lu­mi­neuses ou en­core de che­veux syn­thé­tiques. À l’image de son corps, dont chaque cen­ti­mètre est ha­billé d’une ré­sille de ta­touages, ses oeuvres se jouent de l’ap­pa­rat et du masque. L’ombre et la lu­mière sont constam­ment mises en dia­logue. Il n’est d’ailleurs pas éton­nant de trou­ver au centre de l’es­pace deux ob­jets se fai­sant face : une scène et une pierre tom­bale. Je veux choi­sir ma mort aus­si – Il y a ceux qui veulent mou­rir un jour de pluie - Et d'autres en plein so­leil - Il y a ceux qui veulent mou­rir seuls dans leur lit - Tran­quilles dans leur sommeil - Moi je veux mou­rir sur scène - De­vant les pro­jec­teurs (Da­li­da). Deux ob­jets qui sym­bo­lisent pour l’un la vie, le spec­tacle, le don, le mou­ve­ment ; pour l’autre, la fin, la mort, le re­pos, les té­nèbres. Deux ex­trêmes qui se font face et qui struc­turent une pen­sée mé­lan­co­lique et punk. Ani­mé par ses an­ta­go­nismes, Jean-Luc Ver­na re­pousse avec éner­gie les normes, les ca­té­go­ries, les mo­dèles et les car­cans. At last, a ma­jor exhibition of the work of Jean-Luc Ver­na! For his first show in a French mu­seum, he has filled the black, glis­te­ning space of the MAC VAL with his au­ra. The ge­ne­ric title of all his shows is Vous n’êtes pas un peu beau­coup ma­quillé ? – Non (‘Ha­ven’t you over­done the make-up a wee bit?’ ‘Naaah.’),. a self-mo­cking ques­tion which al­so es­ta­blishes the no­tions of construc­tion, pro­gress, de­ve­lop­ment and ar­chi­tec­ture as part of a free and pro­tean way of thin­king. Concei­ved as re­tros­pec­tive and de­li­be­ra­te­ly conven­tio­nal in its han­ging, this show gives al­lows vi­si­tors a full view of his ra­di­cal and luxu­riant bo­dy of work. Dra­wings on pa­per and fa­bric, vi­deos, pho­to­graphs, sculp­ture-ob­jects and sound make this an im­mer­sive ex­pe­rience of work whose key­note is mo­ve­ment. A pre­cur­sor of contem­po­ra­ry dra­wing, but al­so a sin­ger, di­rec­tor, ac­tor and dan­cer, Ver­na is a man of ma­ny ta­lents but, wha­te­ver the me­dium or the place, the bo­dy is cen­tral to his ex­pe­ri­ments, be it his own or that of other real, my­tho­lo­gi­cal or fan­ta­si­zed beings who take him through a stun­ning his­to­ry of the arts. By in­ter­chan­ging past and present, what he is and what he as­pires to be, “high” cul­ture and “low,” the ar­tist chal­lenges, rein­vents and dis­places the re­pre­sen­ta­tion of the bo­dy. Since the 1990s he has com­bi­ned this with music. From Ni­na Si­mone to Dia­man­da Ga­las, and in­clu­ding Bar­ba­ra and Da­vid Bo­wie, he mixes words, images, faces, ac­ces­so­ries and sym­bols, com­bi­ning his own image with images from art his­to­ry. The dra­wings, trans­fer­red on­to pa­per and fa­bric, are the re­sult of a long pro­duc­tion pro­cess in which, layer by layer, the ori­gi­nal di­sap­pears be­hind a fan­ta­sy which the ar­tist then heigh­tens with make-up, je­wel­ry, gar­lands of lights or fake hair. Like his bo­dy, which is co­ve­red with a dense web of tat­toos, his works play on fi­ne­ry and mas­king. There is a constant dia­logue bet­ween sha­dow and light. In­deed, it is no sur­prise to find at the cen­ter of the space two ob­jects fa­cing each other: a stage and a tombs­tone. To quote the fa­mous ly­rics of sin­ger (and gay icon) Da­li­da: “I want to choose my death too – Some want to day on a rai­ny day – And others in the light of the sun – Some want to die alone in their bed – Quiet­ly in their sleep – I want to die on stage – In the spot­light.” These two ob­jects sym­bo­lize, res­pec­ti­ve­ly, life, gi­ving, per­for­mance and mo­ve­ment, and the end, death, rest and dark­ness. The two sets of ex­tremes come to­ge­ther to struc­ture Ver­na’s me­lan­cho­ly, punk at­ti­tude. Their op­po­si­tion gives him the ener­gy to de­fy ca­te­go­ries, mo­dels and constraints.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

« Half Knight » (au centre). 2016. Ri­deaux en ve­lours ja­vel­li­sé, strass, perles et pa­pilles cou­sus et col­lés. 400 x 400 cm. (© M. Ar­gy­ro­glo) Bleach-trea­ted vel­vet cur­tain, paste je­wel­ry and se­quins Ci-des­sous / be­low: Vue de l’ex­po­si­tion « Vous n’êtes pas un peu beau­coup ma­quillé ? - Non. Ré­tros­pec­tive » . (© M. Ar­gy­ro­glo)

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