Mau­ri­zio Cat­te­lan

Art Press - - EXPOSITIONS REVIEWS - Anaël Pi­geat

Mon­naie de Pa­ris / 21 oc­tobre 2016 - 8 jan­vier 2017 Le pro­gramme ar­tis­tique de la Mon­naie de Pa­ris, que Chia­ra Pa­ri­si as­sure de­puis 2012, a fait de ce lieu l’un des meilleurs à Pa­ris ac­tuel­le­ment. En com­men­çant à pré­pa­rer ce texte, je ne pen­sais pas que ce se­rait aus­si l’oc­ca­sion d’un bi­lan trop vite ve­nu, son dé­part ayant été an­non­cé à la presse mi-no­vembre. Not Afraid of Love in­dique le re­tour sur scène de Mau­ri­zio Cat­te­lan qui avait an­non­cé son re­trait de la vie ar­tis­tique en 2011 après sa ré­tros­pec­tive au Gug­gen­heim Mu­seum de New York. C’est un évé­ne­ment ar­tis­tique in­ter­na­tio­nal, et un re­mar­quable état des lieux du monde oc­ci­den­tal. À tra­vers une ges­tion ha­bile de l’es­pace, Mau­ri­zo Cat­te­lan s’est em­pa­ré de toutes les salles d’ex­po­si­tion qu’il a trans­for­mées en un es­pace ba­roque de pers­pec­tives et de re­flets par les­quels le vi­si­teur de­vient par­tie pre­nante du dé­cor. Au­cune mise à dis­tance ne le sé­pare des oeuvres, un fait suf­fi­sam­ment rare dans une ins­ti­tu­tion pour le sou­li­gner. En mon­tant l’es­ca­lier mo­nu­men­tal, on voit une femme de dos qui semble cru­ci­fiée sur le mur; elle évoque aus­si une oeuvre d’art fixée dans une caisse de trans­port. Au-des­sus des marches, un che­val aux pattes bal­lantes et dé­me­su­ré­ment longues est sou­te­nu par une sangle, comme aban­don­né. À l’en­trée de l’ex­po­si­tion, sur une im­mense mo­quette rouge qui re­couvre le sa­lon Du­pré, Mau­ri­zio Cat­te­lan in­vite en­suite à un face-à-face avec la No­na Ora, sa cé­lèbre sculp­ture du Pape JeanPaul II ren­ver­sé par une mé­téo­rite. À la fin de l’en­fi­lade de sa­lons qui donne sur la Seine, un en­fant de dos nous at­tend, qui porte le vi­sage d’Hit­ler ( Him). Entre ces deux mar­queurs du monde ac­tuel, quelques au­to­por­traits de l’ar­tiste ponc­tuent le par­cours: il est tour à tour as­sis sur une cor­niche ( Mi­nime), passe sa tête à tra­vers le plan­cher de­puis l’étage en des­sous, il est al­lon­gé dans un lit de den­telles avec son double mi­nia­ture ( We) et pen­du à une pa­tère sur un mur. Un che­val s’est heur­té à un mur, comme un passe mu­raille dont la course au­rait échoué. Des gi­sants de marbre évoquent les ca­davres in­dé­ter­mi­nés d’at­taques uni­ver­selles. De­vant les vi­trines ar­ron­dies de la salle Ba­but de Ro­san, un en­fant a les mains clouées à une table d’éco­lier ; le titre de l’oeuvre, Char­lie Don’t Surf, est un vé­ri­table cri de guerre. Mau­ri­zio Cat­te­lan in­carne tou­jours le tru­blion que l’on connais­sait ; il a par exemple de­man­dé que des car­tels « pour » et « contre » soient écrits sur chaque oeuvre par des per­son­na­li­tés va­riées : la mi­nistre de la Cul­ture, Char- lotte Ca­si­ra­ghi, Laurent Le Bon, Phi­lippe Vergne et quelques autres– ils sont presque tous « pour » à l’ex­cep­tion d’Eli­sa­beth Quin. Mais c’est sur­tout un mes­sage sombre qui émane de son ex­po­si­tion. Avec des oeuvres an­ciennes, il re­nou­velle le re­gard por­té sur son tra­vail dans un com­men­taire mo­dant du mar­ché de l’art. Ses sculp­tures, qui ont la force d’images de ma­ga­zines, prennent ici toute leur pro­fon­deur dans le re­fus de la vio­lence et une quête déses­pé­rée de sé­ré­ni­té. Même pas peur, di­sait Elaine Stur­te­vant. Not afraid of love, dit Mau­ri­zio Cat­te­lan. Since it be­gan ex­hi­bi­ting contem­po­ra­ry art un­der the ste­ward­ship of Chia­ra Pa­ri­si in 2012, the Mon­naie de Pa­ris has be­come one of the ci­ty’s lea­ding spaces. When I be­gan work on this text I had no idea that it would al­so be time to bid her fa­re­well: her too early de­par­ture was an­noun­ced to the press in mid-No­vem­ber. Not Afraid of Love marks the re­turn of Mau­ri­zio Cat­te­lan fol­lo­wing his re­ti­re­ment from the art scene, which he an­noun­ced in 2011 af­ter his re­tros­pec­tive at the Gug­gen­heim New York. This is an ar­tis­tic event of the first or­der and of­fers a re­mar­kable vi­sion of the Wes­tern world to­day. Cat­te­lan has cle­ver­ly ta­ken over and or­ches­tra­ted all the exhibition rooms, trans­for­ming them in­to a ba­roque space of pers­pec­tives and re­flec­tions in which vi­si­tors be­come part of the set. In fact, there is no dis­tance bet­ween us and the works: that’s unu­sual in an ins­ti­tu­tio­nal show. Wal­king up the mo­nu­men­tal en­trance stair­case, we see a wo­man who seems to be cru­ci­fied, face against the wall, but who al­so brings to mind an art­work in its trans­port crate. In ano­ther sus­pen­ded mo­ve­ment, a horse with ex­tre­me­ly long legs hangs from ropes over the stair­well. Pas­sing the en­trance pro­per, on the huge red car­pet in the Sa­lon Du­pré, we come face to face with La No­na Ora, Cat­te­lan’s fa­mous sculp­ture of Pope Jean-Paul II hit by ame­teo­rite. At the end the en­fi­lade of rooms over­loo­king the Seine, a knee­ling, praying child awaits, its back tur­ned to us ( Him): the face is Hit­ler’s. Bet­ween these two icons of our contem­po­ra­ry world we find se­ve­ral self-por­traits, with Cat­te­lan him­self sit­ting on a cor­nice ( Mi­ni-me), pop­ping his head through the floor from be­low ( Un­tit­led), lying on a lace bed­sheet with his mi­nia­ture double ( We) and han­ging from a peg on the wall. A horse is halfway in­to the wall, as if fai­ling to pass through. Marble ef­fi­gies are like in­de­ter­mi­nate corpses from some universal at­tack. In front of the cur­ved glass vi­trines of the Salle Ba­but de Ro­san, a child has its hands nai­led to a school desk. The title of the work, Char­lie don’t surf, is a ve­ri­table war cry. Mau­ri­zio Cat­te­lan conti­nues to play the trou­ble­ma­ker. For example, he as­ked that la­bels “for” and “against” each­work be­writ­ten by fi­gures such as the Mi­nis­ter of Cul­ture, Char­lotte Ca­si­ra­ghi, Laurent Le Bon, Phi­lippe Vergne and others. Near­ly all are “for”—apart from Eli­sa­beth Quin. The exhibition conveys a dark mes­sage. These are old works, yet they re­new our vi­sion of his art. Is this a com­men­ta­ry on the art mar­ket? His sculp­tures, which have the im­pact of images in a ma­ga­zine, here ac­quire an ad­ded depth, conveying a re­jec­tion of vio­lence and des­pai­ring quest for se­re­ni­ty. “Même pas peur” (Not afraid) said Elaine Stur­te­vant. Not afraid of love, says Cat­te­lan.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

Au mur/ wall: Sans titre. 2007. Ré­sine de si­li­cone, che­veux na­tu­rels, caisse en bois, tis­su d’em­bal­lage, vis. Si­li­cone re­sin, hair, woo­den crate Sus­pen­du/ sus­pen­ded: « No­ve­cen­to ». 1997. Che­val na­tu­ra­li­sé, sel­le­rie en cuir, corde, pou­lie. Stuf­fed horse, lea­ther, rope Ci-contre / left: « Char­lie don’t surf ». 1997. Man­ne­quin, table et chaise d'école, vê­te­ments, pein­ture, chaus­sures, crayons. (Ph. Z. Zot­ti) Man­ne­quin, table and chair, clothes

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