Bea­triz Mil­hazes

Art Press - - EXPOSITIONS REVIEWS - Do­mi­nique Ba­qué Ju­lie Crenn

À dis­tance du re­por­tage, au plus loin de l’évé­ne­ment et de « l’his­toire chaude » dé­fi­nie par Lé­viS­trauss, So­phie Ris­tel­hue­ber a en­ga­gé de­puis des an­nées une oeuvre grave et ré­flé­chie sur les chaos et les dé­sastres de l’His­toire. Son tra­vail ac­tuel – à la fois ré­so­lu­ment contem­po­rain et achro­nique, ce qui en fait le riche pa­ra­doxe – se place sous l’égide de la La­men­ta­tion sur la ruine d’Ur (vers 2000 avant J.-C.), un poème su­mé­rien gra­vé sur une ta­blette d’ar­gile : soit d’an­ciennes pho­to­gra­phies da­tées par­fois de plus de trente ans, qui ont at­ten­du leur « ré­vé­la­tion », au double sens du terme, et que l’on peut choi­sir de re­lire au­jourd’hui au re­gard de l’em­bra­se­ment du Moyen- Orient et de la crise des mi­grants. Images pu­diques de dé­so­la­tion, sou­vent en noir et blanc ou dans ce chro­ma­tisme brun qui ca­rac­té­rise l’oeuvre : à Bey­routh, Ra­mal­lah ou dans l a val­lée du Jour­dain, troncs bri­sés et routes ha­sar­deuses, cruels dé­serts et tôles frois­sées. Et ce pal­mier af­fais­sé sur lui-même, en­clos der­rière des bar­be­lés, telle une al­lé­go­rie de la mé­lan­co­lie. Celle de notre monde. On re­gret­te­ra peut-être ce­pen­dant que ces der­nières images n’aient pas la même puis­sance vi­suelle que ses tra­vaux pré­cé­dents sur le dé­sert ko­weï­tien sup­pli­cié par la guerre ou sur les ci­ca­trices de corps mo­nu­men­ta­li­sées. Far from re­por­tage, event-cha­sing pa­pa­raz­zi and “hot his­to­ry,” as Claude Lé­vi-Strauss de­fied it, for years now So­phie Ris­tel­hue- ber has been en­ga­ged in pro­du­cing a se­rious, well-consi­de­red bo­dy of work about the chaos and di­sas­ters of his­to­ry. Her la­test project—both ut­ter­ly contem­po­ra­ry and ti­me­less, and thus ri­chly pa­ra­doxi­cal—was ins­pi­red by the La­ment for the Des­truc­tion of Ur, a Su­me­rian poem en­gra­ved on a clay ta­blet cir­ca 2000 BC. Her old pho­tos in this show, some da­ting back more than thir­ty tears, were left un­re­vea­led un­til now, when they can be seen in light of the confla­gra­tions swee­ping the Middle East and the mi­grant cri­sis. These images of de­so­la­tion are re­ser­ved, of­ten black and white or in the brown tones that are most cha­rac­te­ris­tic of this work: Bei­rut, Ra­mal­lah and the Jor­dan val­ley, bro­ken tree- trunks and ha­zar­dous roads, cruel de­serts and crum­pled cor­ru­ga­ted roofs. A palm tree col­lapses on­to it­self be­hind a bar­bed-wire fence, like an al­le­go­ry of me­lan­cho­ly—the me­lan­cho­ly of our world. Un­for­tu­na­te­ly, these images do not have the same vi­sual po­wer as her pre­vious work on the war-sca­red Ku­wait de­sert and the si­mi­lar scars left on hu­man bo­dies seen in mo­nu­men­tal blo­wups.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

Ga­le­rie Max Hetz­ler / 17 oc­tobre - 19 no­vembre 2016 La nou­velle ex­po­si­tion per­son­nelle de Bea­triz Mil­hazes ma­ni­feste un grand dé­pouille­ment. Com­po­sée d’une sculp­ture, d’un col­lage et de trois pein­tures, elle at­teste d’un tra­vail pic­tu­ral amor­cé dès les an­nées 1980, une re­cherche mé­ti­cu­leuse por­tée sur la ques­tion du mo­tif, de la cou­leur, de la lu­mière et de la com­po­si­tion. Sur la toile comme sur le pa­pier, elle ap­plique dif­fé­rentes couches de plas­tique qu’elle dé­coupe, colle, su­per­pose, ar­rache dé­li­ca­te­ment, re­pose et re­com­pose. Les pa­piers sont peints ou rea­dy­made (par exemple, des em­bal­lages ali­men­taires). Ses com­po­si­tions à la fois pop et ba­roques four­millent de traces de gestes, de pas­sages mul­tiples. Ces der­niers ne sont pas ca­mou­flés. Les gestes tra­di­tion­nels de la pein­ture sont contour­nés, ré­in­ven­tés. De Fri­da Kah­lo à Hen­ri Ma­tisse, en pas­sant par le mo­der­nisme bré­si­lien ou Brid­get Ri­ley, l’ar­tiste s’ins­crit dans une fa­mille pic­tu­rale au sein de la­quelle le mo­tif, le trait et la cou­leur sont des pro­blé­ma­tiques pri­mor­diales. Au centre de la ga­le­rie, la pein­ture-col­lage se dé­ploie dans l’es­pace et se fait tri­di­men­sion­nelle. Ma­ci­lo­la, un ri­deau de bi­joux en plas­tique, d’élé­ments en mé­tal, de perles et de tis­su, ins­taure une re­la­tion phy­sique et en­chan­te­resse avec le re­gar­deur. En pui­sant son ins­pi­ra­tion dans l’his­toire de l’art et dans l’ob­ser­va­tion du vi­vant, Bea­triz Mil­hazes en ex­trait la part foi­son­nante, mer­veilleuse et pro­li­fé­rante, les fleurs tra­dui­sant un élan vi­tal in­sa­tiable. Bea­triz Mil­hazes’s new so­lo show is real­ly mi­ni­ma­list, with one sculp­ture, one col­lage and th­ree pain­tings. Yet it is a tes­tament to the work of this vi­sual ar­tist who since the 1980s has been me­ti­cu­lous­ly and ob­ses­si­ve­ly ex­plo­ring mo­tifs, co­lor, light and com­po­si­tion. On both can­vas and pa­per she ap­plies layers of plas­tic that she cuts up, glues, su­per­im­poses, de­li­ca­te­ly tears, re­po­si­tions and re­com­poses. The pa­per is wall­pa­per or some other kind of rea­dy-made (food pa­cka­ging, for example). Her com­po­si­tions, si­mul­ta­neous­ly Pop and Ba­roque, swarm with brush marks and the traces of mul­tiple strokes. They are not ca­mou­fla­ged. Tra­di­tio­nal bru­sh­work is by­pas­sed and rein­ven­ted. Mil­hazes works in the tra­di­tion of Fri­da Kah­lo, Hen­ri Ma­tisse, Bra­zi­lian mo­der­nism and Brid­get Ri­ley in which mo­tif, line and co­lor are the prin­ci­pal concerns. A col­lage-pain­ting in the middle of the gal­le­ry un­folds in space and be­comes th­ree-di­men­sio­nal. Ma­ci­lo­la, a cur­tain made of plas­tic je­wel­ry, me­tal ele­ments, pearls and fa­bric es­ta­blishes a phy­si­cal, en­chan­ting re­la­tion­ship with the vie­wer. Mil­hazes draws her ins­pi­ra­tion from art his­to­ry and her own ob­ser­va­tions of li­ving things, ex­trac­ting that which is most mar­ve­lous, pro­fuse and pro­li­fe­ra­ting. Her flo­wers com­mu­ni­cate an in­sa­tiable élan.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

Ci-des­sus / above: « Pont Al­len­by ». 2016. Épreuve pig­men­taire sur pa­pier mat Rag Fine Art Hah­ne­muhle. 90 x 130 cm. Pig­ment print on matte pa­per Ci-des­sous / be­low: Vue de l’ins­tal­la­tion. « Ma­ci­lo­la ». Ri­deau en plas­tique. (Court. de l'ar­tiste ; Ph. Ch. Du­prat). Plas­tic cur­tain

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