BER­LINDE DE BRUY­CKERE au­cune vie per­due

Art Press - - SCULPTURE - Fré­dé­rique Jo­seph-Lo­we­ry

La cire, le fil, la ban­de­lette, le crin, les peaux, les pig­ments liés au blanc d’oeuf sont les ma­té­riaux avec les­quels Ber­linde De Bruy­ckere s’at­telle, de­puis 1999, à la re­pré­sen­ta­tion du corps hu­main. Deux gestes se com­plètent : mo­de­ler et coudre, lier, at­ta­cher, pour sau­ve­gar­der l’in­té­gri­té d’un corps. Peindre aus­si. Il faut voir de près les nuances sub­tiles de tons qui par­viennent à don­ner l’illu­sion de la chair. Ces ma­té­riaux et ces gestes confondent et « fondent » en un même élé­ment corps hu­main ou ani­mal – ain­si ce che­val, au centre d’un tra­vail pré­sen­té pour la pre­mière fois en France à la Mai­son Rouge, en 2003. De cette ex­po­si­tion, je me sou­viens des femmes fines, ex­sangues, nues, cour­bées sous le poids d’on ne sa­vait quoi – l’exis­tence ? – aux cô­tés de che­vaux eux aus­si pros­trés, sans vie. Au mo­ment où les vi­déos tour­nées dans des abat­toirs mettent au jour des pra­tiques qui nous ré­vulsent, son art est sin­gu­liè­re­ment per­ti­nent. Ber­linde De Bruy­ckere a pas­sé son en­fance entre un pen­sion­nat de re­li­gieuses et la bou­che­rie-char­cu­te­rie fa­mi­liale. Le ca­ta­logue de l’ex­po­si­tion les Pa­pesses, pré­sen­tée au Pa­lais des papes d’Avi­gnon (1), mon­trait une pho­to­gra­phie où elle ap­pa­rais­sait sous une guir­lande de gros sau­cis­sons et de jam­bons. Son ré­cent tra­vail ex­po­sé à la ga­le­rie Hau­ser & Wirth, à New York, au dé­but de l’année 2016, était is­su de sa vi­site chez un équar­ris­seur, tra­vail au­quel elle avait ad­joint des pho­to­gra­phies de vic­times de guerres et d’at­ten­tats pro­ve­nant du monde en­tier. Au­cune Vie per­due en était le titre. En en­trant dans la ga­le­rie Hau­ser & Wirth et après avoir fran­chi l’es­ca­lier blanc cer­né de

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