EM­MA­NUEL HOC­QUARD écrire Tan­ger

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« Je vou­lais sim­ple­ment dire qu’au fil des an­nées du­rant les­quelles j’ai ha­bi­té Tan­ger – et même au-de­là – la forme de la ville et ma pen­sée ont ten­du à ne faire plus qu’une », écri­vait Em­ma­nuel Hoc­quard en 2006 dans Ter­rasse à la Kas­bah. Dix ans plus tard, il pu­blie Ce qui n’ad­vint pas, post-scrip­tum à son cycle de Tan­ger com­po­sé de six ou­vrages où se mêlent ré­cit au­to­bio­gra­phique, té­moi­gnage et ro­man gram­ma­ti­cal. Poète et tra­duc­teur, Em­ma­nuel Hoc­quard a pas­sé son en­fance dans cette ville si par­ti­cu­lière, si­tuée sur le dé­troit de Gi­bral­tar, face à l’Es­pagne, prise entre l’océan Atlantique et la mer Mé­di­ter­ra­née. C’est là, dit-il, que dé­bute son « lent tra­vail d’in­ves­ti­ga­tion cri­tique de la gram­maire ». Ter­rasse à la Kas­bah, Une gram­maire de Tan­ger, les Ba­bouches vertes, les Co­que­li­cots, Avant et Ce qui n’ad­vint pas des­sinent un même che­min, une ex­plo­ra­tion de son per­son­nage (après ce­lui d’« ar­chéo­logue » et de « privé ») de « gram­mai­rien » confron­té aux « pro­blèmes de lan­gage ». Em­ma­nuel Hoc­quard fait par­tie, aux cô­tés d’Anne-Ma­rie Al­biach, Jean Daive, Oli­vier Ca­diot ou Claude Royet-Jour­noud (pour ne ci­ter qu’eux), de ceux qu’il pro­pose de nom­mer les « poètes gram­mai­riens » qui abordent la langue en « in­gé­nieurs » ou en « ga­ra­gistes ». Ger­trude Stein et Lud­wig Witt­gen­stein ne sont pas loin ; leurs re­cherches sur la syn­taxe, la struc­ture lin­guis­tiques sont ici dé­ter­mi­nantes. Cette poé­sie, par­fois dite « concep­tuelle », par­tage avec ce mo­ment de l’his­toire de l’art dont elle est rap­pro­chée, un même sou­ci du dis­po­si­tif, du sys­tème. Ces au­teurs fon­da­men­taux re­fusent le ly­risme, cherchent une lit­té­ra­li­té ra­di­cale et puisent dans le lan­gage or­di­naire des formes nou­velles. UNE PHO­TO­GRA­PHIE, UN SI­LENCE Presque tous les livres d’Em­ma­nuel Hoc­quard pu­bliés aux édi­tions P.O.L com­mencent par une pho­to­gra­phie ; ceux du cycle de Tan­ger sont aus­si tra­ver­sés par des images : cou­ver­ture d’un an­nuaire té­lé­pho­nique de 1956, vues de la ville, pages de ses ca­hiers d’éco­lier, etc. Plus que de simples illus­tra­tions en­tiè­re­ment su­bor­don­nées aux phrases, ces pho­to­gra­phies sans lé­gende in­ter­viennent dans le texte comme au­tant de si­lences. Re­pre­nant la pro­po­si­tion de Witt­gen­stein pour qui « ce qui peut être mon­tré ne peut être dit », l’image est ici pure mons­tra­tion ; elle n’ac­com­pagne pas le

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