Vivre !! 70 oeuvres de la col­lec­tion agnès b.

Mu­sée na­tio­nal de l’his­toire de l’im­mi­gra­tion / 18 oc­tobre 2016 - 8 jan­vier 2017

Art Press - - NEWS -

La jeune fille avance pieds nus, une bas­sine à la main. Elle marche droit de­vant elle, face aux mi­li­taires qui pro­tègent le pa­lais, ali­gnés, à quelques mètres de là. Elle trempe ses pieds dans le li­quide ver­millon que contient la bas­sine blanche : du sang hu­main. Elle se re­met en route, créant ces traces rouges sur le sol en référence aux mas­sacres per­pé­tués par le dic­ta­teur Jo­sé Efraín Ríos Montt. La vi­déo de la Gua­té­mal­tèque Re­gi­na Jo­sé Ga­lin­do, Quien Puede Bor­rar las Huel­las? (Qui peut ef­fa­cer les traces ?, 2003), illustre par­fai­te­ment l’ex­po­si­tion de soixante-dix oeuvres de la col­lec­tion agnès b., que Sam Stourd­zé, di­rec­teur des Ren­contres d’Arles, a or­ga­ni­sée. « Les col­lec­tion­neurs ont ce­ci de par­ti­cu­lier qu’ils peuvent le plus li­bre­ment du monde s’aban­don­ner à leur pas­sion », ex­plique-t-il. À la fois pro­vo­cante, ra­di­cale et tour­née vers les scènes émer­gentes, Vivre !! est à l’image de la sty­liste, mé­cène et col­lec­tion­neuse. Il existe un autre as­pect du pro­jet, qui fait aus­si son in­té­rêt : un dia­logue avec quelques oeuvres de la col­lec­tion du mu­sée. À l’ori­gine du pro­jet, il y a cette cu­rio­si­té in­sa­tiable d’agnès b., qui par­court le monde sans re­lâche à la re­cherche de l’in­édit. Cette même cu­rio­si­té dé­fi­nit le Mu­sée na­tio­nal de l’his­toire de l’im­mi­gra­tion, moins tour­né, con­trai­re­ment à ce que son nom pour­rait lais­ser croire, vers la créa­tion d’un ré­cit na­tio­nal fran­çais, que vers un sou­ci de ra­con­ter ce qui ca­rac­té­rise le fait mi­gra­toire : par­tir, ar­ri­ver, re­cons­truire sa vie, ap­prendre, ai­mer… La scé­no­gra­phie est or­ches­trée se­lon des thèmes qui lient les deux col­lec­tions. La pre­mière salle évoque « Les cartes » : la Map­pa del Mon­do (1984) d’Ali­ghie­ro Boet­ti, bro­dée par des tis­se­rands d’Af­gha­nis­tan, dia­logue avec un ta­pis Bu­kha­ra de Mo­na Ha­toum. Après « La ré­volte », « Écrire… les mots » rap­pelle l’in­té­rêt de la col­lec­tion­neuse pour la lit­té­ra­ture et la poé­sie (Ro­bert Filliou). « L’amour » se dé­cline à tra­vers, no­tam­ment, la pho­to­gra­phie Pre-Kiss d’Oli­via Bee (2010), ar­tiste qu’agnès b. a re­pé­rée sur son blog. L’oeuvre sé­duit par sa sim­pli­ci­té émo­tion­nelle. « Le tra­vail » est trai­té avec ir­res­pect et sé­rieux à la fois, avec le Ne tra­vaillez ja­mais (2000) de Rir­krit Ti­ra­va­ni­ja et les pho­to­gra­phies des tra­vailleurs du sexe de Paul Sea­wright. « La jeu­nesse », son éner­gie, sa fo­lie, s’af­firme à tra­vers le temps, de­puis les deux gar­çons gri­ma­çants du Russe El Lis­sitz­ky en 1930 ( Kurt et Hans) jus­qu’aux cli­chés du jeune Amé­ri­cain Ryan McGin­ley ( Whirl­wind, 2003). Il y a aus­si « La mort », « Dan­ser », « La guerre »… Outre la qua­li­té des oeuvres sé­lec­tion­nées, l’ac­cro­chage, élé­gant et au­da­cieux de Sam Stourd­zé, fait le choix ra­di­cal de re­non­cer presque en­tiè­re­ment à la bio­gra­phie pour mieux s’ou­vrir aux oeuvres et aux ar­tistes. Le por­trait d’agnès b. qu’il des­sine en creux n’en est que plus vrai.

Yann Per­reau The young girl moves for­ward, ba­re­foo­ted, with a bowl in her hand. She walks straight ahead, fa­cing the sol­diers pro­tec­ting the pa­lace, stan­ding in a row a few me­ters away. She dips her feet in the ver­mi­lion li­quid contai­ned in the white ba­sin: hu­man blood. She starts again, crea­ting red marks on the ground with re­fe­rence to the mas­sacres per­pe­tra­ted by the dic­ta­tor Jo­sé Efraín Ríos Montt. The vi­deo of the Gua­te­mal­tec Re­gi­na Jo­sé Ga­lin­do, Quien Puede Bor­rar las Huel­las ? ( Who Can Erase the Traces ?, 2003) per­fect­ly illus­trates the ex­hi­bi­tion of se­ven­ty works from the agnès b. col­lec­tion or­ga­ni­zed by Sam Stourd­zé, di­rec­tor of the Ren­contres d’Arles. “The par­ti­cu­lar thing about col­lec­tors is that they are able to fol­low their pas­sion as free­ly as they wish,” he ex­plains. At once pro­vo­ca­tive and to­wards emer­ging scenes, Vivre !! is ve­ry much in the image of the de­si­gner, art pa­tron and col­lec­tor. But there is ano­ther side to the pro­ject, ano­ther point of in­ter­est: a dia­logue with some of the works in the mu­seum col­lec­tion. The star­ting point of the pro­ject was agnès b.’s in­sa­tiable cu­rio­si­ty. This sends her round the world loo­king for new art, and the same cu­rio­si­ty de­fines the Mu­sée Na­tio­nal de l’His­toire de l’Im­mi­gra­tion, which, contra­ry to what its name might sug­gest, is less in­ter­es­ted in the French na­tio­nal nar­ra­tive than in des­cri­bing the na­ture of mi­gra­tion: lea­ving, ar­ri­ving, re­buil­ding one’s life, lear­ning lo­ving. The dis­play fol­lows themes that link the two col­lec­tions. The first room evokes “Maps”: the Map­pa del Mon­do (1984) by Ali­ghie­ro Boet­ti, em­broi­de­red by Af­ghan wea­vers, dia­logues with a Bu­kha­ra car­pet by Mo­na Ha­toum. Af­ter “Re­volt,” “Wri­ting: Words” re­calls the col­lec­tor’s in­ter­est in li­te­ra­ture and poe­try (Ro­bert Filliou). Among the ar­tists illus­tra­ting “Love” are Oli­via Bee with Pre-Kiss (2010). Agnès b. dis­co­ve­red her via her blog. This work is se­duc­tive in its emo­tio­nal sim­pli­ci­ty. “Work” is trea­ted with a mix­ture of dis­res­pect and se­rious­ness, with Ne­ver Work (2000) by Rir­krit Ti­ra­va­ni­ja and Paul Sea­wright’s pho­to­graphs of sex wor­kers. “Youth” with all its ener­gy and wild­ness, is illus­tra­ted over the years, from two gri­ma­cing boys by the Rus­sian El Lis­sitz­ky in 1930 ( Kurt and Hans) to pho­to­graphs by the young Ame­ri­can Ryan McGin­ley ( Whirl­wind, 2003). The other themes are “Death,” “Dan­cing” and “War.” Apart from the qua­li­ty of the works se­lec­ted here, Stourd­zé’s ele­gant, bold han­ging ra­di­cal­ly re­nounces bio­gra­phy the bet­ter to concen­trate on the woks and the ar­tists. The im­pli­cit por­trait of agnès b. that he draws here is even truer as a re­sult.

Trans­la­tion, C. Pen­war­den

Claude Lé­vêque. « Sans titre (Dan­sez !) ». 1995. En­seigne tubes néon mul­ti­co­lores. 15 x 150 cm. Un­tit­led (Dance!).” Neon tubes Ci-des­sous/ be­low: Bo­dys Isek Kin­ge­lez. « Me­di­ca­ments Ci­ty ». 2003. Plexi­glas, car­ton, plas­tique. 90 x 251 x 204 cm. (Court. Coll. agnès b.). Plexi­glas, plas­tic

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