Jan Fabre

Mu­sée de l’Er­mi­tage / 21 oc­tobre 2016 - 29 avril 2017

Art Press - - NEWS -

En 2008, Jan Fabre avait in­ves­ti les col­lec­tions de pein­tures des écoles du Nord au mu­sée du Louvre (l’Ange de la mé­ta­mor­phose). Huit ans plus tard, le mu­sée de l’Er­mi­tage offre à l’ar­tiste la pos­si­bi­li­té d’in­tro­duire ses oeuvres au sein des salles dé­vo­lues aux grands peintres fla­mands des 16e et 17e siècles, ain­si que dans la par­tie dé­diée à l’art mo­derne et contem­po­rain. Jan Fabre a conçu une par­ti­tion, mê­lant oeuvres exis­tantes et pro­duc­tions réa­li­sées pour l’oc­ca­sion, qui dé­ve­loppe gé­né­reu­se­ment (plus de 200 pièces sont pré­sen­tées) l’es­prit fan­tasque et ba­roque ca­rac­té­ris­tique de sa dé­marche. L’ex­po­si­tion est in­tro­duite, à l’ex­té­rieur, par un au­to­por­trait en bronze do­ré (l’Homme qui me­sure les nuages) et, à l’in­té­rieur, par une ef­fi­gie de l’ar­tiste en nain, se co­gnant à une co­pie de Van der Wey­den et sai­gnant du nez (Je me vide de moi-même). La ten­sion de l’ex­po­si­tion est conte­nue tout en­tière entre ces deux oeuvres, re­dou­blée par le titre : Chevalier du déses­poir/Guer­rier de la beau­té. Jan Fabre se consi­dère en ef­fet comme « un nain au pays des géants ». Dif­fi­cile en ef­fet pour lui de se confron­ter à ses pres­ti­gieux aî­nés : Ru­bens, Sny­ders, Jor­daens, Van Dyck… Il re­lève néan­moins le dé­fi, comme au Louvre, avec force, drô­le­rie et gra­vi­té. Ces termes ne sont pas contra­dic­toires, car l’art de Jan Fabre sait faire co­ha­bi­ter les in­ten­si­tés les plus an­ti­no­miques, voire les plus dis­pa­rates. La salle des Ru­bens est « à l’heure bleue », peu­plée de hi­boux et de mo­no­chromes pho­to­gra­phiques. Les na­tures mortes plan­tu­reuses de Sny­ders dia­loguent avec des crânes en­ser­rant des ani­maux ou des pin­ceaux, pour mieux sur­li­gner la va­ni­té des choses. La salle Van Dyck pré­sente une sé­rie de bas-re­liefs en marbre de Car­rare re­pré­sen­tant huit femmes qui comptent pour l’ar­tiste (Mes Reines). Une ma­nière de rendre hom­mage à ses proches col­la­bo­ra­trices et au pou­voir des femmes – l’ar­tiste consi­dère cette oeuvre comme un acte de ré­sis­tance au pou­voir ma­chiste. Au mi­lieu de la salle, un por­trait en pied de la jeune Éli­sa­beth de Bel­gique, l’hé­ri­tière du trône, ha­billée sim­ple­ment (en jeans) et coif­fée d’un cha­peau poin­tu de car­na­val (Fabre a réa­li­sé cette sculp­ture en marbre pour les 15 ans de la prin­cesse). Une par­tie de l’ex­po­si­tion est consa­crée à la fête et au car­na­val : l’ar­tiste mêle ain­si de pe­tits des­sins sa­ti­riques et sar­cas­tiques aux scènes bur­lesques, à la fois sca­to­lo­giques et sub­ver­sives, de la tra­di­tion des « pe­tits maîtres » fla­mands. Cette di­men­sion sub­ver­sive est am­pli­fiée dans l’aile mo­derne de l’Er­mi­tage. Hor­mis la sé­rie de des­sins liée à la per­for­mance de Jan Fabre (sca­ra­bée an­ver­sois) avec Ilya Ka­ba­kov (mouche mos­co­vite) en 1998, l’ar­tiste met en scène sa sé­rie de chiens et de chats, aban­don­nés et trou­vés morts au bord des au­to­routes. Na­tu­ra­li­sés et sus­pen­dus à des crocs de bou­cher, dans une am­biance car­na­va­lesque, ces ani­maux sont, pour Fabre, l’al­lé­go­rie de la vic­toire de l’art sur la mort. Ce qu’une par­tie du pu­blic pé­ters­bour­geois a eu du mal à com­prendre.

Ber­nard Mar­ca­dé In 2008, Jan Fabre in­ter­ve­ned in the Louvre’s col­lec­tion of pain­tings from the Nor­thern schools ( The An­gel of Me­ta­mor­pho­sis). Eight years la­ter Mos­cow’s Her­mi­tage Mu­seum of­fe­red him a chance to in­sert his work in­to gal­le­ries de­vo­ted to great six­teenth and se­ven­teenth-cen­tu­ry Ne­ther­lan­dish pain­ters, as well as its mo­dern and contem­po­ra­ry art de­part­ment. For this pro­ject Fabre concei­ved a mé­lange of al­rea­dy-exis­ting works and others made spe­cial­ly for this oc­ca­sion, pro­vi­ding a ge­ne­rous sample (more than 200 pieces) of the whim­si­cal and ba­roque spi­rit that cha­rac­te­rizes his ap­proach. As a kind of in­tro­duc­tion, a gil­ded bronze self-por­trait ( The Man Who Mea­sures Clouds) stands out­side the ex­hi­bi­tion en­trance, and in­side is an ef­fi­gy of the ar­tist as a dwarf ban­ging his head against a co­py of a Van der Wey­den and blee­ding from the nose ( Je me vide de moi­même). The ten­sion of the ex­hi­bi­tion is en­ti­re­ly contai­ned bet­ween these two pieces and in­ten­si­fied by its title: Knight of Des­pair/War­rior of Beau­ty. Fabre does, in fact, consi­der him­self “a dwarf in a land of giants.” He finds it hard to com­pare him­self to his pres­ti­gious fo­re­run­ners such as Ru­bens, Sny­ders, Jor­daens and Van Dyck, but it’s a chal­lenge he again ac­cepts, as he did at the Louvre, po­wer­ful­ly, hu­mo­rous­ly and with gra­vi­tas. These terms are not contra­dic­to­ry be­cause he is able to make the most an­to­ny­mic and even dis­pa­rate in­ten­si­ties co­exist in his art. In the Ru­bens room is his The Hour Blue, po­pu- la­ted by owls and mo­no­chro­ma­tic photos. Sny­ders’s vo­lup­tuous still lifes dia­logue with skulls contai­ning ani­mals and paint brushes, all the bet­ter to fo­re­ground the va­ni­ty of things. The Van Dyck room hosts a set of Car­ra­ra marble low re­liefs re­pre­sen­ting eight wo­men whom the ar­tist consi­ders im­por­tant ( My Queens), an ho­mage to his close col­leagues and the po­wer of wo­men—he consi­ders this an act of re­sis­tance against male su­pre­ma­cy. In the middle of the room is a full-length por­trait of the young Eli­za­beth of Bel­gium, heir to the throne, dres­sed sim­ply (in jeans) and wea­ring a poin­ted car­ni­val hat (Fabre made this marble sculp­ture for the prin­cess’s fif­teenth bir­th­day). Part of this ex­hi­bi­tion re­volves around fes­ti­vals and car­ni­vals, mixing Fabre’s lit­tle sa­ti­ri­cal, sar­cas­tic dra­wings of bur­lesque scenes, si­mul­ta­neous­ly sca­to­lo­gi­cal and sub­ver­sive, with the tra­di- tion of Fle­mish “les­ser mas­ters.” This sub­ver­sive di­men­sion is am­pli­fied in the Her­mi­tage’s mo­dern art wing. In ad­di­tion to a se­ries of dra­wings of a per­for­mance by Fabre (Ant­werp beetle) and Ilya Ka­ba­kov (Mus­co­vite fly) in 1998, Fabre al­so pre­sents his se­ries of cats and dogs found dead along high­ways. Stuf­fed and han­ging from­meat hooks, amid a car­ni­val at­mos­phere, for this ar­tist these ani­mals are an al­le­go­ry of the vic­to­ry of art over death. Which some Saint Pe­ters­burg mu­seum­goers found hard to un­ders­tand.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

« My Fu­ture Queen Eli­za­beth of Bel­gium ». ( « My Queens Se­ries »). 2016. Marbre blanc. 185 x 50 x 32 cm. White Car­ra­ra-marble « The Car­ni­val of the Dead Street­dogs ». 2006. Bois, cro­chets, chiens rem­bour­rés. (Ph. A. Ma­ran­za­no © An­ge­los bv­ba). Woo­den table, 8 stuf­fed dogs, me­tal hooks, glass plates

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