Guy Cas­siers illu­sions per­dues. Em­ma­nuel Day­dé

Trompe-la-Mort, Opé­ra Gar­nier, Pa­ris : 13 mars- 5 avril 2017 Is­mène, Théâtre de l’Athé­née, Pa­ris : 3 - 6 mai 2017 Rouge dé­can­té, Théâtre du Port de la Lune, Bor­deaux: 14 - 18 mars 2017

Art Press - - NEWS - Em­ma­nuel Day­dé

Di­rec­teur du To­neel­huis d’An­vers de­puis 2006, Guy Cas­siers crée un théâtre de « la co­lère et du temps » et filme la vio­lence au plus près des corps. La scène théâ­trale et celle de l’opé­ra, trans­for­mées en per­for­mances vi­déo, mettent en scène les mal­heurs du temps, la bar­ba­rie, la dou­lou­reuse condi­tion hu­maine aux prises avec la ques­tion du bien et du mal.

Le bien est-il so­luble dans le mal ? Le spec­ta­teur ne doit pas se lais­ser prendre à l’ex­trême so­phis­ti­ca­tion des ca­mé­ras, des mi­cros HF, des vi­déos dé­for­mantes et des mu­siques vi­vantes qui hantent les spec­tacles po­li­tiques de Guy Cas­siers. Scru­tant au plus près les peaux creu­sées, les voix chu­cho­tées et les at­ti­tudes trou­blées de ses per­son­nages, et don­nant le sen­ti­ment im­pu­dique de pou­voir pé­né­trer à l’in­té­rieur des corps et des âmes, les lentes cé­ré­mo­nies mor­tuaires du maître fla­mand sus­citent une in­ter­ro­ga­tion an­gois­sée sur les mal­heurs du temps pas­sé. For­mé à l’Aca­dé­mie des beaux-arts d’An­vers, Guy Cas­siers in­fuse ses chants fu­nèbres d’une sai­sis­sante beau­té plas­tique, qui em­prunte aux arts vi­suels et aux es­paces hal­lu­ci­no­gènes de Jé­rôme Bosch, au­tant qu’au ci­né­ma ou à la té­lé­vi­sion. Sou­cieux de re­trou­ver la tem­po­ra­li­té, le met­teur en scène fla­mand s’est fait connaître par un théâtre tex­tuel, qui puise son ma­té­riau dans les mil­liers de pages de grands ro­mans in­tros­pec­tifs – de­puis À la re­cherche du temps per­du de Mar­cel Proust jus­qu’à Au-des­sous du vol­can de Mal­colm Lo­wry en pas­sant par l’Homme sans qua­li­tés de Ro­bert Mu­sil. Croi­sant la lit­té­ra­ture (la ré­so­nance du mot) avec les nou­veaux mé­dias (l’as­so­cia­tion de l’idée, de l’image et du son), il in­vente ce que l’on pour­rait ap­pe­ler un théâtre de la co­lère et du temps – pour re­prendre Pe­ter Slo­ter­dijk. A la tête du To­neel­huis d’An­vers, qu’il di­rige de­puis 2006 avec un col­lec­tif d’ar­tistes, Cas­siers n’a eu de cesse de sou­mettre à ses ca­mé­ras de sur­veillance les re­la­tions im­pures qu’en­tre­tiennent l’art, la po­li­tique et le pou­voir. Fas­ci­né par les textes en forme de sym­pho­nies pour un homme (ou une femme) seul(e), ce maître de mu­sique aime dis­sé­quer ses proies prises au piège de la scène et de la ca­mé­ra dans des mo­no­logues ka­léi­do­sco­piques et mi­ni­ma­listes. Outre une Is­mène de Georges Aper­ghis et Yán­nis Rít­sos ex­cep­tion­nel­le­ment heu­reuse, il pose dé­fi­ni­ti­ve­ment, avec Rouge dé­can­té de Je­roen Brou­wers, puis avec les Bien­veillantes de Jo­na­than Lit­tell, la seule ques­tion qui vaille à ses yeux : celle de la bar­ba­rie et de la place in­stable qu’y oc­cupent la vic­time et le bour­reau. Le ca­ra­va­gesque Dirk Roof­thooft pro­mène de­puis 2004 sur toutes les scènes du monde Rouge dé­can­té, cette « ode à la sur­vie par l’ima­gi­na­tion », en­fin créée à Pa­ris au Théâtre de la Bas­tille en dé­cembre 2015. En­fer­mé en 1943, à l’âge de trois ans, avec sa mère, sa grand-mère et sa soeur, dans un camp ja­po­nais en In­do­né­sie néer­lan­daise, le nar­ra­teur de cette dou­lou­reuse confi­dence évoque ses sou­ve­nirs, au mo­ment pré­cis de l’en­ter­re­ment de sa mère abhor­rée/ado­rée. Dans un dé­cor ja­po­ni­sant de stores vé­ni­tiens rouges qui strient l’espace à la fa­çon de traits san­glants, l’ac­teur, dont le vi­sage est mor­ce­lé et dé­mul­ti­plié par cinq ca­mé­ras, se ronge les peaux mortes des pieds. En­tra­vé à ja­mais par l’hor­reur de ce qu’il a vu, sans com­prendre, dans les camps, il confie entre cris et chu­cho­te­ments son in­ap­ti­tude aux émo­tions et son in­ca­pa­ci­té à en­tre­te­nir une re­la­tion avec une femme. Vic­time mais aus­si bour­reau.

L’APO­CA­LYPSE AU 21e SIÈCLE

Alors que la mu­sique joue un rôle de conta­gion dans les spec­tacles-mo­saïques de Guy Cas­siers, son in­tru­sion au dé­but du 21e siècle dans le monde de l’opé­ra lui a per­mis de po­ser en termes mu­si­caux la ques­tion des voix (voies ?) au-de­là du bien et du mal. Trans­for­mé en une lente cé­ré­mo­nie gla­cée, son Ring de Ri­chard Wa­gner, don­né à la Sca­la de Mi­lan, en­chaî­nait les ta­bleaux sur la chute de l‘homme en usant d’images de feu, de mé­tal ou de sang, com­bi­nées à des ci­ta­tions de sculp­tures contem­po­raines, telles que Swim­ming in the Same Di­rec­tion de Da­mien Hirst (avec ces corps in­crus­tés, comme dans du for­mol, dans les marches du Cré­pus­cule des dieux). Cette sombre Apo­ca­lypse avait été pré­cé­dée par la créa­tion de deux opé­ras contem­po­rains de Kris De­foort, no­tam­ment l’oni­rique Houses of the Slee­ping Beau­ties d’après les Belles En­dor­mies de Ka­wa­ba­ta, mon­té à Bruxelles en 2009. Ayant in­vi­té la dan­seuse ja­po­naise Kao­ri Ito à évo­luer dans les airs et sous la neige afin d’évo­quer les belles in­sai­sis­sables du ro­man de Ka­wa­ba­ta, Guy Cas­siers a re­pris la pièce en dé­cembre à To­kyo, en s’ins­pi­rant des ri­tuels sen­suels de la culture tra­di­tion­nelle nip­ponne. Dans cette pein­ture d’un pay­sage in­té­rieur émo­tion­nel, où un vieil homme peut en­fin re­pen­ser à sa vie écou­lée en se lo­vant au plus près du corps chaud – et in­ter­dit – d’une jeune fille dro­guée, le met­teur en scène re­trouve les dé­mons som­nam­bu­liques dé­jà à l’oeuvre dans Rouge dé­can­té. Les re­grets ante mor­tem de Ka­wa­ba­ta

pré­parent à leur fa­çon à l’éco­no­mie bal­za­cienne de Trompe-la-Mort, en mon­trant com­ment le pas­sé em­pêche le fu­tur d’exis­ter.

BALZAC ÉCO­NO­MISTE

Après Proust et Wa­gner, Guy Cas­siers se de­vait d’af­fron­ter Balzac et la Co­mé­die hu­maine. « Dans le Ca­pi­tal au 21e siècle, Tho­mas Pi­ket­ty fait ré­fé­rence aux ro­mans de Balzac, y voyant des si­mi­li­tudes avec l’époque ac­tuelle : un fos­sé crois­sant entre la plus grande par­tie de la po­pu­la­tion et une élite for­tu­née qui puise ses revenus dans des hé­ri­tages et des pa­tri­moines. Le pas­sé dé­vore l’ave­nir », ex­plique-t-il. Bien que Vau­trin ne soit pas le per­son­nage prin­ci­pal de la Co­mé­die hu­maine, il en est – comme le re­con­naî­tra Balzac à la fin de sa vie – « la co­lonne ver­té­brale en quelque sorte », l’idée fixe, la rage, la cris­pa­tion. Car ce Mé­phis­to est ce­lui qui « ma­ni­pule la vie des autres en même temps qu’il trans­forme la sienne » (Cas­siers). Chef de la bande nom­mée « les Dix-mille », Vau­trin – Jacques Col­lin de son vrai nom – est un ba­gnard éva­dé, qui aime à se pa­rer du titre de Trompe-la-Mort. Se ca­chant des forces de l’ordre – avant de les re­joindre en de­ve­nant chef de la po­lice – sous di­vers pseu­do­nymes, il adopte ce­lui de Vau­trin (dans le Père Go­riot), puis ce­lui du prêtre Car­los Her­re­ra ou du créan­cier William Bar­ker (dans les Illu­sions per­dues et Splen­deurs et mi­sères des cour­ti­sanes). Men­teur, vo­leur, tueur mais aus­si amant et ai­mant, ce Don Juan ho­mo­sexuel, fort en gueule, en ac­tions vio­lentes et en ré­demp­tions in­at­ten­dues « aime le beau par­tout où il se trouve » – en même temps que « les jeunes gens qui ont de l’am­bi­tion » par­tout où ils sont – tels Eu­gène de Ras­ti­gnac et Lu­cien de Ru­bem­pré. Ré­vol­té contre la so­cié­té, Trompe-la-Mort uti­lise les failles de celle-ci pour rem­plir ses sombres des­seins. N’ac­cu­sant ni l’ar­ro­gance des riches, ni la cor­rup­tion des moeurs, mais seule­ment l’im­per­fec­tion de l’homme, il veut se mettre au-des­sus des lois afin de « faire ce qui lui plaît ». Il re­joint à sa fa­çon Max Aue, l’Obers­turmfüh­rer fic­tif des Bien­veillantes, monstre in­tel­li­gent et am­bi­gu, qui as­sène cette vé­ri­té pas tou­jours bonne à dire : « Je suis comme vous. » Vau­trin in­carne lui aus­si la tra­gé­die hu­maine : « Je suis l’au­teur, tu se­ras le drame, dit-il à Ras­ti­gnac, [car] un homme est un dieu quand il vous res­semble, ce n’est plus une ma­chine cou­verte de peaux ; mais un théâtre où s’émeuvent les plus beaux sen­ti­ments. » Opé­ra à lui tout seul, Trompe-laMort se conduit en vé­ri­table chef d’or­chestre aux dî­ners de la pen­sion Vau­quer, où il mène avec Ras­ti­gnac une conver­sa­tion pleine de coq-à-l’âne, sou­vent rem­plie d’airs d’opé­ras co­miques.

DE LA VUE À LA VI­SION

Pour le com­po­si­teur Lu­ca Fran­ces­co­ni, Balzac est ce­lui qui « passe de la vue à la vi­sion, dé­pas­sant la fa­çade des choses pour ré­vé­ler la ma­chi­na­tion qui est der­rière ». Aus­si Guy Cas­siers a-t-il conçu sa mise en scène en ima­gi­nant trois ni­veaux, sui­vis par dif­fé­rentes ca­mé­ras à tous les étages du Pa­lais Gar­nier : la fa­çade brillante, four­millante et su­per­fi­cielle ; la ma­chi­na­tion qui est le monde de ceux qui tirent les fi­celles ; le troi­sième ni­veau, que le ro­man­cier dé­crit comme le troi­sième sous-sol du monde, « sombre, in­quié­tant et dans le­quel bas­cule tout le monde », si­tué sous le pla­teau. Balzac ayant peu ins­pi­ré d’opé­ras – hor­mis le scin­tillant En­glish Cat de Hans Wer­ner Henze – on sort, avec ce monde grouillant de per­son­nages, du ter­ri­toire ba­li­sé du ré­per­toire ly­rique. Mais, comme le dit Fran­ces­co­ni, « si on reste dans le ter­ri­toire cer­tain, c’est comme jouer avec des briques de Le­go : tout est ca­té­go­ri­sé, tout peut être ven­du, y com­pris les émo­tions ». Construc­tion an­ti­ca­pi­ta­liste éla­bo­rée à par­tir de la fi­gure noire d’un vo­leur tout-puis­sant, Trompe-la-Mort n’est pas à vendre. Et pour­tant, il s’achète.

Re­pré­sen­ta­tions : Trompe-la-Mort de Lu­ca Fran­ces­co­ni, mise en scène Guy Cas­siers, cos­tumes Tim Van Steen­ber­gen, avec Tho­mas Jo­hannes Mayer, Ju­lie Fuchs, Cy­rille Dubois, Opé­ra Gar­nier, 13 mars - 5 avril. Is­mène de Yán­nis Rít­sos et Georges Aper­ghis, concep­tion Ma­rianne Pous­seur et En­ri­co Ba­gno­li, avec la com­pli­ci­té de Guy Cas­siers, Théâtre de l’Athé­née, Pa­ris, 7 - 8 mars. Rouge dé­can­té de Je­roen Brou­wers, mise en scène de Guy Cas­siers, avec Dirk Roof­thooft, Théâtre du Port de la Lune, Bor­deaux, 14 - 18 mars. Livre Ed­wige Per­rot, Guy Cas­siers. Mettre en scène, Actes Sud-Pa­piers, 2017.

Guy Cas­siers, who has been di­rec­tor of the To­neel­huis in Ant­werp since 2006, creates a thea­ter of “rage and time” that looks un­flin­chin­gly at bo­dies sub­jec­ted to vio­lence. His plays and ope­ras, trans­for­med in­to per­for­mance vi­deos, present the bar­ba­rism and ca­la­mi­ties of our time, the pain­ful hu­man condi­tion as we struggle with the ques­tion of good and evil.

Is good so­luble in evil? Vie­wers should not let them­selves be ta­ken in by the ex­treme so­phis­ti­ca­tion of the mo­vie ca­me­ras and mi­cro­phones, the dis­tor­ted images and li­ve­ly mu­sic that haunt Guy Cas­siers’s po­li­ti­cal thea­ter. Clo­se­ly scru­ti­ni­zing the fol­ded skin, whis­pe­ring voices and trou­bled at­ti­tudes of his cha­rac­ters, and ma­king us feel as if he had sha­me­less­ly en­te­red in­to their bo­dies and souls, the slow fu­ne­real ce­re­mo­nies of this Fle­mish mas­ter pro­duce an an­gui­shed in­ter­ro­ga­tion of past trials and tri­bu­la­tions. Trai­ned at the Ant­werp fine arts school, Cas­siers’s mourn­ful chants are in­fu­sed with a stri­king vi­sual beau­ty that bor­rows from the vi­sual arts, in­clu­ding the hal­lu­ci­na­to­ry spaces of Hie­ro­ny­mus Bosch, as well as mo­vies and te­le­vi­sion. In his quest to bring back tem­po­ra­li­ty, this Fle­mish di­rec­tor has be- come kno wn for the tex­tua­li­ty of his thea­ter that draws on thou­sands of pages of great in­tros­pec­tive no­vels, from Mar­cel Proust’s In Search of Lost Time and Ro­bert Mu­sil’s Man wi­thout Qua­li­ties to Mal­colm Lo­wry’s Un­der the Vol­ca­no. Mixing li­te­ra­ture (the re­so­nance of words) with new me­dia (the as­so­cia­tion of ideas, images and sound), he has in­ven­ted what could be cal­led a thea­ter of rage and time, to quote Pe­ter Slo­ter­dijk. At t he helm of t he Ant­werp To­neel­huis, which he has di­rec­ted with a col­lec­tive of ar­tists, since 2006, Cas­siers’s ca­me­ras have kept up a constant sur­veillance of the im­pure re­la­tions bet­ween art, po­li­tics and po­wer. Fas­ci­na­ted by texts in the form of sym­pho­nies for a so­lo man or wo­man, this mu­sic meis­ter loves to dis­sect the prey caught in his trap, his stage and ca­me­ra, in ka­lei­do­sco­pic, mi­ni­ma­list mo­no­logues. In ad­di­tion to a par­ti­cu­lar­ly fe­li­ci­tous Is­mène by Georges Aper­ghis and Yán­nis Rít­sos, with Rouge dé­can­té by Je­roen Brou­wers and then Jo­na­than Lit­tell’s Les Bien­veillantes ( The Kind­ly Ones) he has de­fi­ni­ti­ve­ly po­sed what for him is the on­ly im­por­tant ques­tion: bar­ba­rism and the uns­table place in it oc­cu­pied by the vic­tim and the exe­cu­tio­ner. Since 2004 the Ca­ra­vag­gesque Dirk Roof­thooft has been per­for- ming Rouge dé­can­té, an “ode to sur­vi­val by means of the ima­gi­na­tion” in thea­ters all over the world. It fi­nal­ly came to Pa­ris at Théâtre de la Bas­tille in De­cem­ber 2015. The nar­ra­tor of this pain­ful confes­sion was im­pri­so­ned in a Ja­pa­nese concen­tra­tion camp in In­do­ne­sia in 1943, at the age of three, along with his mo­ther, grand­mo­ther and sis­ter. He re­counts his me­mo­ry of the mo­ment when his abhor­red/ado­red grand­mo­ther was bu­ried. The scene takes place in a Ja­pa­nese set­ting with red Ve­ne­tian blinds stria­ting his face like streaks of blood. The nar­ra­tor’s face is frag­men­ted and mul­ti­plied by five ca­me­ras as he nibbles on the dead skin from his feet. Emo­tio­nal­ly crip­pled for life by the in­com­pre­hen­sible hor­ror he wit­nes­sed in the camps, in cries and whis­pers he confides that he is in­ca­pable of fee­ling emo­tion or sus­tai­ning a re­la­tion­ship with a wo­man. He is both vic­tim and vic­ti­mi­zer.

TWENTY-FIRST CENTURY APO­CA­LYPSE

Mu­sic works like conta­gion in Cas­siers’s mo­saic-like shows. When he in­tru­ded in­to the ope­ra world at the start of the twenty-first century he found a way to pose, mu­si­cal­ly, the ques­tion of voices and paths beyond good and evil. At the Sca­la in Mi­lan he trans­for­med Ri­chard Wa­gner’s Ring tri­lo­gy in­to a slow, icy ce­re­mo­ny. Fol­lo­wing the ta­bleau of the fall of man were images of fire, me­tal and blood, com­bi­ned with ci­ta­tions of contem­po­ra­ry sculp­ture, such as Da­mien Hirst’s Swim­ming in the Same Di­rec­tion with bo­dies in­crus­ted, as if in for­mal­de­hyde, in the steps of The Twi­light of the Gods. This dark apo­ca­lypse was pre­ce­ded by pre­mieres of two contem­po­ra­ry ope­ras by Kris De­foort, no­ta­bly the onei­ric Houses of the Slee­ping Beau­ties (adap­ted from the epo­ny­mous no­vel­la by Ya­su­na­ri Ka­wa­ba­ta) in Brus­sels in 2008. Ha­ving in­vi­ted the Ja­pa­nese dan­cer Kao­ri Ito to evoke Ka­wa­ba­ta’s elu­sive beau­ties in the air and snow, and ins­pi­red by Ja­pan’s cultu­ral tra­di­tion of sen­sual ri­tuals, Cas­siers re­vi­ved the ope­ra in To­kyo last De­cem­ber. In this pain­ting of an emo­tio­nal in­ter­ior land­scape, an old man pon­ders his life as he curls up tight­ly with the warm and for­bid­den bo­dy of a drug­ged young wo­man. Here Cas­siers re­vi­sits the som­nam­bu­lant de­mons pre­vious­ly seen in Rouge dé­can­té. By de­mons­tra­ting how the past blocks the exis­tence of the fu­ture, Ka­wa­ba­ta’s ante mor­tem re­grets pre­pare, in their own way, the Bal­za­cian eco­no­my of the ope­ra Trompe-la-Mort. Af­ter Proust and Wa­gner, Cas­siers felt he had to take on Balzac and

The Hu­man Co­me­dy. “In Ca­pi­tal in the Twenty-First Century, Tho­mas Pi­ket­ty talks about Balzac’s no­vel and the si­mi­la­ri­ties bet­ween then and to­day, with a gro­wing gap bet­ween most of the po­pu­la­tion and an elite whose wealth is in­he­ri­ted. The past is de­vou­ring the fu­ture,” he says.

BALZAC THE ECO­NO­MIST

Al­though Vau­trin is not the main cha­rac­ter in La Co­mé­die hu­maine, he is, as Balzac re­co­gni­zed at the end of his life, “in a way its back­bone.” This Me­phis­to, Cas­siers ex­plains, is a man “who ma­ni­pu­lates the lives of others at the same time as he trans­forms his own.” The rin­glea­der of a gang cal­led “Les Dix-mill,” Vau­trin, whose real name is Jacques Col­lin, is an es­ca­ped convict who likes to go by the mo­ni­ker Trompe-la-Mort (the Death Chea­ter). Hi­ding from the po­lice un­der a string of false iden­ti­ties, be­fore he joins them and be­comes the chief of po­lice him­self, he adopts the name Vau­trin (in Le Père Go­riot), and then passes him­self off as the priest Car­los Her­re­ra and the fi­nan­cier William Bar­ker (in Illu­sions per­dues and Splen­deurs et mi­sères des cour­ti­sanes). A liar, thief and killer, but al­so lo­ving and a lo­ver, this ho­mo­sexual Don Juan, a mas­ter of lo­cu­tion, vio­lence and unex­pec­ted re­demp­tions, “loves beau­ty whe­re­ver he finds it” and “am­bi­tious young people” whe­re­ver they may be, like Eu­gène de Ras­ti­gnac and Lu­cien de Ru­bem­pré. A re­bel against so­cie­ty, Trompe-la-Mort uses its weak­nesses to achieve his si­nis­ter aims. He re­bukes nei­ther the ar­ro­gance of wealth nor the cor­rup­tion of mo­rals, sim­ply poin­ting his fin­ger at hu­man im­per­fec­tion, and seeks to live out­side the law to “do what he likes.” In this way he is like Max Aue, the fic­tio­nal Obers­turmfüh­rer in Les Bien­veillantes, an in­tel­li­gent, am­bi­guous mons­ter who pro­claims an in­con­ve­nient truth: “I am like you.” Vau­trin al­so em­bo­dies the hu­man tra­ge­dy: “I am the au­thor, you will be the dra­ma,” he says to Ras­ti­gnac, be­cause “aman is a god when he re­sembles you, he’s no lon­ger a skin-co­ve­red ma­chine but a thea­ter where we are mo­ved by the most beau­ti­ful sen­ti­ments.” A whole ope­ra in him­self, Trom­pe­la-Mort be­haves like an or­ches­tral conduc­tor at the din­ners held at the Vau­quer boar­ding house, where he and Ras­ti­gnac en­gage in a conver­sa­tion full of constant­ly chan­ging sub­jects and co­mic ope­ra arias. For the com­po­ser Lu­ca Fran­ces­co­ni, Balzac was “able to go from ob­ser­va­tion to in­sight, pe­ne­tra­ting be­neath the sur­face of things to re­veal the un­der­lying ma­chi­na­tions at work.” Cas­siers’s sta­ging takes place on three le­vels, fol­lo­wed by dif­ferent ca­me­ras up and down the Pa­lais Gar­nier ope­ra house: the shi­ny fa­çade, pro­fuse and su­per­fi­cial; the ma­chi­na­tions of those who pull the strings; and the third le­vel, un­der the stage, what Balzac cal­led the world’s third sub-ba­se­ment, “a som­ber, dis­tur­bing world in­to which eve­ryone tumbles.” Balzac has ins­pi­red few ope­ras be­sides HansWer­ner Henze’s scin­tilla­ting En­glish Cat, so here we are far from fa­mi­liar ope­ra ter­ri­to­ry. But, as Fran­ces­co­ni says, “If you stay on safe ground, it’s like playing with Le­gos— eve­ry­thing is ca­te­go­ri­zed; eve­ry­thing can be sold, in­clu­ding emo­tions.” An an­ti-ca­pi­ta­list construc­tion un­fol­ded around the black fi­gure of an all-po­wer­ful thief, Trompe-la-Mort is not for sale. But he can be bought.

De haut en bas / from top: « Trompe-la-Mort ». (Ph. Ve­ra Frankl). « Le Ring des Ni­be­lun­gen ». Les Wal­ky­ries. (Ph. Koen Broos)

« Is­mène ». Théâtre de l’Athé­née. (Ph. Mi­chel Boer­mans) Page de droite / page right: « House of the Slee­ping Beau­ties » . (Ph. Koen Broos)

« Rouge dé­can­té ». (Ph. Pan Sok)

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