Danse, danse, danse

Nou­veau Mu­sée na­tio­nal de Mo­na­co (NMNM) / 23 sep­tembre 2016 - 8 jan­vier 2017

Art Press - - NEWS -

Lors­qu’on op­pose le tan­gible à l’im­pal­pable, l’ob­jet au mo­ment, les arts vi­suels sont sou­vent clas­sés d’un cô­té et la danse de l’autre. Éphé­mère, celle-ci ne trouve pas fa­ci­le­ment sa place au mu­sée. L’exposition Danse, danse, danse, por­tée par Ben­ja­min Lau­gier et Ma­thilde Ro­man, en­sei­gnante à l’École su­pé­rieure d’arts plas­tiques de Mo­na­co, lui offre une place par­ti­cu­liè­re­ment riche, en créant via l’art vi­déo un pas­sage entre les deux dis­ci­plines. Il ne s’agit pas ici d’ex­po­ser la danse, mais plu­tôt de faire dan­ser l’exposition. Les ar­tistes pré­sen­tés in­ventent une nou­velle ma­nière de tra­vailler sur le corps avec la vi­déo, qui peut être in­té­grée dans une mise en scène ou ré­pondre à l’es­pace qui l’en­toure. What Shall We Do Next ?, tra­vail de longue ha­leine de Ju­lien Pré­vieux sur l ’ana­lyse du mou­ve­ment et l es gestes bre­ve­tés, est pré­sen­té dans son en­semble (ré­tro-pro­jec­tion, vi­déo et per­for­mance). Dans la vi­déo, les dan­seurs, ac­com­pa­gnés par une voix off, donnent forme à des don­nées scien­ti­fiques et so­cio­lo­giques. Da­van­tage qu’au geste, l’ins­tal­la­tion vi­déo Day­time Mo­ve­ments s’in­té­resse à la pré­sence des corps. Col­la­bo­ra­tion entre Aer­nout Mik et le cho­ré­graphe Bo­ris Char­matz, elle montre sur trois écrans si­len­cieux Bo­ris Char­matz et des dan­seurs, pro­fes­sion­nels ou ama­teurs, évo­luer dans une ca­fé­té­ria et un par­king. Par leur com­por­te­ment, ils sou­lignent le ca­rac­tère presque or­ga­nique qui peut sur­gir d’un groupe. À l’op­po­sé de ce si­lence, Emi­ly Mast s’est in­té­res­sée à la com­mu­ni­ca­tion ver­bale. Dans B! RD­BRA! N (Ad­den­dum), sept per­sonnes, choi­sies pour leur rap­port par­ti­cu­lier au lan­gage, sont fil­mées dans un dé­cor aux formes géo­mé­triques. Les images sont en réa­li­té des mo­ments de ré­pé­ti­tion d’une per­for­mance, dont les traces sont aus­si vi­sibles dans la salle grâce à des sculp­tures évo­quant le film. Sans uti­li­ser le lan­gage, Émi­lie Pi­toi­set crée des si­tua­tions énig­ma­tiques. Ici, elle met en scène une sorte de ves­tiaire dans le­quel des mains gan­tées se­raient res­tées fi­gées en plein mou­ve­ment. Elle teinte ain­si de fic­tion des gestes quo­ti­diens, comme peut le faire la danse, no­tam­ment de­puis les ex­pé­ri­men­ta­tions de la cho­ré­graphe amé­ri­caine Yvonne Rai­ner. Au bout de ce cou­loir, une vi­déo montre des dan­seurs ré­pé­tant leur cho­ré­gra­phie avec les mains, gestes étranges pour le vi­si­teur, fa­mi­liers pour le dan­seur, qui font écho au reste de l’ins­tal­la­tion. Au rythme de son titre, Danse, Danse, Danse se pré­sen­tait en trois temps. À ce­lui de l’exposition, as­sor­tie de per­for­mances, se sont su­per­po­sés un work­shop d’étu­diants réunis au­tour de la cho­ré­graphe Jen­ni­fer La­cey et, mi-dé­cembre, un col­loque réunis­sant une di­zaine de spé­cia­listes au­tour des col­la­bo­ra­tions entre danse et arts vi­suels. Par cette exposition mul­ti­forme, le NMNM nous rap­pelle ain­si qu’un mu­sée n’est pas une image fixe.

Pas­ca­li­neVal­lée

In ma­king a distinction bet­ween the tan­gible and the im­pal­pable, the ob­ject and the mo­ment, we of­ten place the vi­sual arts on one side and dance on the other. Be­cause dance is ephe­me­ral, mu­seums have trouble fit­ting it in­to their spaces. The ex­hi­bi­tion Danse, danse, danse, or­ga­ni­zed by Ben­ja­min Lau­gier and Ma­thilde Ro­man (who teaches at the École Su­pé­rieure d’Arts Plas­tiques in Mo­na­co), pro­vi­ded a fer­tile so­lu­tion to this pro­blem by using vi­deo to bridge the two dis­ci­plines. Ins­tead of ex­hi­bi­ting dance, here the ex­hi­bi­tion dances. The ar­tists in­vol­ved in­ven­ted a new way to work with the bo­dy by using vi­deo, which can be in­te­gra­ted in­to a live per­for­mance or re­spond to the space around it. What Shall We Do Next ?, a piece de­ve­lo­ped over a long time frame by Ju­lien Pré­vieux ana­ly­zing his re­cent­ly pa­ten­ted mo­ve­ments and ges­tures, was pre­sen­ted in its en­ti­re­ty—rear pro­jec­tion, vi­deo and per­for­mance. In the vi­deo, two dan­cers em­bo­dy scien­ti­fic and so­cio­lo­gi­cal da­ta. The vi­deo ins­tal­la­tion Day­time Mo­ve­ments is more about mo­ving bo­dies than hands. A col­la­bo­ra­tion bet­ween Aer­nout Mik and the cho­reo­gra­pher Bo­ris Char­matz, it shows, on three silent screens, Char­matz and dan­cers, pro­fes­sio­nals and ama­teurs, per­for­ming in a ca­fe­te­ria and a par­king lot. Their be­ha­vior em­pha­sizes the al­most or­ga­nic qua­li­ty that can arise from a group of people. In contrast to this si­lence, Emi­ly Mast was in­ter­es­ted in ver­bal com­mu­ni­ca­tion. In B!RD­BRA!N (Ad­den­dum), se­ven cha­rac­ters are fil­med amid a geo­me­tric set­ting. In rea­li­ty these are mo­ments from a per­for­mance re­hear­sal whose traces are still al­so vi­sible in the thea­ter via sculp­tures as­so­cia­ted with the film. Wi­thout using lan­guage, Émi­lie Pi­toi­set crea­ted enig­ma­tic si­tua­tions. Here she shows us a kind of cloa­kroom where giant hands have been fro­zen in mo­tion. Eve­ry­day ges­tures are tin­ged with fic­tion, so­me­thing dance of­ten does, most no­ta­bly in the ex­pe­ri­men­tal work of the pio­nee­ring Ame­ri­can cho­reo­gra­pher Yvonne Rai­ner. At the end of the cor­ri­dor in this ex­hi­bi­tion, echoing the rest of the ins­tal­la­tion, a vi­deo shows dan­cers prac­ti­cing a cho­reo­gra­phic rou­tine with their hands, which may seem strange to vi­si­tors but is fa­mi­liar prac­tice among dan­cers. Like its title, Danse, Danse, Danse was a three­fold event. In ad­di­tion to the ex­hi­bi­tion it­self and the as­so­cia­ted per­for­mances, it al­so in­clu­ded a student work­shop led by Jen­ni­fer La­cey, and, last De­cem­ber, a sym­po­sium in a pa­nel of spe­cia­lists dis­cus­sed the ques­tion of col­la­bo­ra­tive work bet­ween dance and vi­sual ar­tists. With this mul­ti­form show, the NMNM re­minds us that a mu­seum is not ne­ces­sa­ri­ly sy­no­ny­mous with still images.

Trans­la­tion, L-S Tor­goff

Ju­lien Pré­vieux. « What Shall We Do Next? (Sé­quence #2) ». 2014. Vi­déo HD, 16’47. (Court. ga­le­rie Jousse en­tre­prise). HD vi­deo (film still), 16’47' Ci-des­sous / be­low: Emi­ly Mast.

« B!RD­BRA!N (Ad­den­dum) ». 2012. Ins­tal­la­tion vi­déo. (Coll. Frac Lan­gue­docRous­sillon ; Ph. B. Lin Se­der)

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