Des mu­sées dans les pays du Golfe Mu­seum Rea­li­ties in the Gulf States in­ter­view d’Alexandre Ka­ze­rou­ni par Anaël Pi­geat

Mu­seum Rea­li­ties in the Gulf States

Art Press - - CONTENTS - Po­si­tion po­li­tique ?

Après plu­sieurs an­nées de voyages d’étude au cours des­quels il a ren­con­tré la plu­part des ac­teurs des mu­sées au Ko­weït, au Bah­reïn, au Qa­tar et aux Émi­rats arabes unis, Alexandre Ka­ze­rou­ni pu­blie son livre le Mi­roir des Chei­khs (PUF). Po­li­to­logue spé­cia­liste du monde mu­sul­man contem­po­rain et des pays du pour­tour du golfe Per­sique en par­ti­cu­lier, il pro­pose son ana­lyse d’un thème mal connu dans le monde oc­ci­den­tal. L’art au ser­vice de la po­li­tique : le su­jet est an­ces­tral, et il est au­jourd’hui d’une ac­tua­li­té brû­lante.

Dans le Mi­roir des Chei­khs, Alexandre Ka­ze­rou­ni exa­mine, à tra­vers le filtre des mu­sées, la si­tua­tion po­li­tique des Émi­rats arabes unis et du Qa­tar d’un point de vue à la fois local et in­ter­na­tio­nal. Il fait la dis­tinc­tion entre ce qu’il ap­pelle les « mu­sées-ra­cines » nés dans les an­nées 1970, et les « mu­sées-mi­roirs » qui sont ap­pa­rus, en pa­ral­lèle de ces pre­mières ins­ti­tu­tions, à par­tir des an­nées 1990. Il laisse dé­li­bé­ré­ment de cô­té la ques­tion du mar­ché de l’art à Du­baï qui fonc­tionne, pour lui, se­lon des prin­cipes et des enjeux à part. Les mu­sées que l’on dé­couvre dans le Mi­roir des Chei­khs sont des ou­tils po­li­tiques qui conduisent sur­tout au ren­for­ce­ment de l’au­to­ri­té des dif­fé­rentes fa­milles ré­gnantes.

MU­SÉES-RA­CINES/MU­SÉES-MI­ROIRS

Les ins­ti­tu­tions que vous dé­fi­nis­sez comme les « mu­sées-ra­cines » ont suc­cé­dé dans les an­nées 1970 aux « clubs cultu­rels » de la pre­mière moi­tié du 20e siècle. S’agis­sait-il, dans les mu­sées-ra­cines, de lé­gi­ti­mer des tra­di­tions exis­tantes, ou d’écrire une his­toire ? Ces éta­blis­se­ments que j’ap­pelle des mu­sées-ra­cines sont des mu­sées d’ar­chéo­lo­gie et d’eth­no­gra­phie lo­cales des­ti­nés à un pu­blic na­tio­nal. On en compte au­jourd’hui une cen- taine dans ces prin­ci­pau­tés du golfe Per­sique que sont le Ko­weït, le Bah­reïn, le Qa­tar et les Émi­rats arabes unis. Leur créa­tion re­monte au dé­but des an­nées 1970, au mo­ment des in­dé­pen­dances. Il fal­lait alors in­ven­ter des tra­di­tions pour conso­li­der des États aux fron­tières contes­tées par leurs grands voi­sins, les en­ra­ci­ner dans les ter­ri­toires jus­qu’alors pro­té­gés par les Bri­tan­niques de la pré­da­tion saou­dienne, ira­nienne, ira­kienne mais aus­si égyp­tienne. Il fal­lait aus­si uni­fier des po­pu­la­tions certes de pe­tite taille mais très com­po­sites. Du fait de leur po­si­tion géo­gra­phique à la marge orien­tale du monde arabe et

en rai­son de leur na­ture por­tuaire, les prin­ci­pau­tés ont une po­pu­la­tion na­tio­nale aux ori­gines mul­tiples. Trois grandes com­po­santes peuvent être dis­tin­guées qu’une hié­rar­chi­sa­tion so­ciale par la li­gnée a conser­vées jus­qu’à au­jourd’hui. Au som­met de la py­ra­mide se trouvent les ci­toyens « purs » ou « au­then­tiques », comme ils se nomment eux-mêmes, deux termes qui tra­duisent le mot asil. Ce sont les membres des grandes tri­bus ori­gi­naires du centre de la pé­nin­sule Ara­bique, à com­men­cer par les chei­khs et les chei­khas des fa­milles ré­gnantes. Puis viennent les des­cen­dants d’im­mi­grés éco­no­miques ar­ri­vés du sud de l’Iran au tour­nant du 20e siècle et en­fin les des­cen­dants d’es­claves ori­gi­naires d’Afrique noire orien­tale. En com­pa­rai­son, très peu d’In­diens ont été na­tu­ra­li­sés. Mais il y a autre chose dans ces pre­miers éta­blis­se­ments que ces mis­sions somme toute as­sez clas­siques pour un mu­sée na­tio­nal : les mu­sées­ra­cines ont di­rec­te­ment par­ti­ci­pé aux luttes de pou­voir, par­fois vio­lentes comme au Bah­reïn, entre mar­chands et chei­khs au sor­tir du ré­gime des pro­tec­to­rats bri­tan­niques. Les riches mar­chands de perles locaux de l’ère pré-pé­tro­lière avaient été les grands per­dants, à la fois éco­no­miques et po­li­tiques, de l’ordre co­lo­nial puis pé­tro­lier, tous deux mis en place par les An­glais. À l’in­verse, la plu­part des fa­milles ré­gnantes d’au­jourd’hui doivent la conso­li­da­tion de leur as­sise aux Bri­tan­niques et aux hy­dro­car­bures. Dans ce cadre, des an­nées 1910 aux an­nées 1950, du­rant les dé­cen­nies de la tran­si­tion vers l’éco­no­mie pé­tro­lière, les mar­chands prirent l’ini­tia­tive de créer des « écoles mo­dernes » puis des « clubs cultu­rels » pour s’op­po­ser au couple for­mé par les chei­khs et les Bri­tan­niques. Sous cou­vert d’ac­ti­vi­tés ar­tis­tiques al­lant des concours de poé­sie aux re­pré­sen­ta­tions théâ­trales, ces « clubs cultu­rels » pri­vés furent des lieux de mo­bi­li­sa­tion de la jeu­nesse et de dif­fu­sion des idées an­ti­co­lo­niales et an­ti­bri­tan­niques d’un na­tio­na­lisme arabe éma­nant du Caire. Une fois la dé­ci­sion de se re­ti­rer du golfe Per­sique prise par les Bri­tan­niques en 1967, ces der­niers ai­dèrent ceux qui al­laient de­ve­nir les sou­ve­rains des prin­ci­pau­tés à dé­truire ces em­bryons d’es­paces pu­blics. Fi­nan­cés par les chei­khs grâce au pé­trole, et dé­ve­lop­pés au dé­but avec l’aide d’ex­perts bri­tan­niques, les mu­sées-ra­cines ont per­mis de ra­vir leur cen­tra­li­té cultu­relle aux clubs des mar­chands.

Com­ment dé­fi­nis­sez-vous ces ins­ti­tu­tions que vous ap­pe­lez « mu­sées-mi­roirs » ? Des mu­sées­ra­cines, il conti­nue à s’en créer au- jourd’hui dans toutes les prin­ci­pau­tés. Les an­nées 1980 ont été leur âge d’or. Mais au Qa­tar et à Abu-Dha­bi, et là uni­que­ment, un autre rap­port au mu­sée s’est fait jour de­puis les an­nées 1990, rap­port qui est ve­nu se jux­ta­po­ser au pré­cé­dent : le parc des mu­sées s’est dé­dou­blé. À cô­té des mu­sées-ra­cines se sont mul­ti­pliés ce que je nomme des mu­sées-mi­roirs. Le plus em­blé­ma­tique d’entre eux est ce fa­meux Louvre Abu-Dha­bi qui doit ou­vrir en 2018. Leur pu­blic prio­ri­taire n’est plus na­tio­nal, mais oc­ci­den­tal. Ils visent à pro­je­ter en Eu­rope et en Amé­rique du Nord une image du monde mu­sul­man en adé­qua­tion avec les at­tentes des pays où, à tra­vers l’im­mi­gra­tion, l’is­lam est de­ve­nu un en­jeu de po­li­tique in­té­rieure. Pour pro­duire cet ef­fet mi­roir, les col­lec­tions for­mées cor­res­pondent aux ca­té­go­ries d’ob­jets les plus va­lo­ri­sés par le mar­ché et les grands mu­sées d’Oc­ci­dent, à com­men­cer par l’art is­la­mique. Mais, plus en­core, c’est à des Oc­ci­den­taux qu’est confiée la créa­tion de ces éta­blis­se­ments, du bâ­ti­ment au ré­cit mis en scène. De tout le pro­ces­sus, les na­tio­naux spé­cia­li­sés dans les af­faires cultu­relles, for­més dans les mu­sées-ra­cines, sont soi­gneu­se­ment ex­clus. C’est là le point com­mun entre mu­sées-mi­roirs et mu­sées-ra­cines qui, du conte­nant au conte­nu, se contre­disent : l’ex­clu­sion po­li­tique. Tan­dis que les mu­sées-ra­cines ont ser­vi à mar­gi­na­li­ser les mar­chands, les mu­sées-mi­roirs privent d’ac­cès à l’in­ter­na­tio­nal les classes moyennes fonc­tion­na­ri­sées, à l’heure où la sur­vie du ré­gime se né­go­cie de plus en plus di­rec­te­ment avec les puis­sances mi­li­taires et tech­no­lo­giques d’Oc­ci­dent.

Qu’en est-il de l’écri­ture de la mo­der­ni­té dans cette ré­gion du monde? L’écri­ture de la mo­der­ni­té ar­tis­tique s’est faite en lien étroit avec les mu­sées-ra­cines, par­tie cultu­relle de l’État mo­derne. Comme le reste de l’ad­mi­nis­tra­tion pu­blique de la culture, ces mu­sées ont em­ployé, dans les an­nées 1970 et 1980, les na­tio­naux édu­qués qui avaient une pra­tique ou un goût ar­tis­tique. La plu­part de ces ar­tistes mo­dernes de la côte sor­tirent de l’an­cien pe­tit peuple des ports qui com­pre­nait les ar­ti­sans et non des grandes tri­bus se ré­cla­mant du dé­sert. Dans cette bu­reau­cra­tie cultu­relle liée aux mu­sées, ces na­tio­naux ont trou­vé des sa­laires dans un en­vi­ron­ne­ment lié à l’art, des bourses de for­ma­tion à l’étran­ger, mais aus­si le moyen d’ex­po­ser leur tra­vail. Le Mu­sée na­tio­nal du Ko­weït jus­qu’à sa des­truc­tion par­tielle pen­dant la guerre de 1991, le Mu­sée na­tio­nal du Qa­tar jus­qu’à sa fer­me­ture en 2006, ou le Mu­sée na­tio­nal du Bah­reïn jus­qu’aux an­nées 2010 avaient des sec­tions dé­vo­lues à la créa­tion contem­po­raine lo­cale. Le Mu­sée d’art de Shar­jah et le Mu­sée d’art mo­derne du Ko­weït ap­par­tiennent à la ca­té­go­rie des mu­sées-ra­cines. Les tra­jec­toires du plas­ti­cien émi­rien Has­san Sha­rif (1951-2016), membre fon­da­teur de la bien­nale de Shar­jah, ou celle de You­sef Ah­med (1955-), le plus connu des peintres qa­ta­riens, illus­trent bien ces tra­jec­toires so­ciales as­cen­dantes d’ar­tistes is­sus de l’an­cien pe­tit peuple des ports et pas­sés par les mi­nis­tères. Avec les mu­sées-mi­roirs, ces ca­naux ont per­du leur cen­tra­li­té lo­cale et leur vi­si­bi­li­té à l’étran­ger. Les mu­sées-mi­roirs em­ploient mas­si­ve­ment des Oc­ci­den­taux, et les ar­tistes locaux qu’ils contri­buent à pro­mou­voir sont de plus en plus des en­fants des fa­milles les plus riches et des tri­bus af­fi­dées à la fa­mille ré­gnante, quand ce ne sont pas des chei­khs et des chei­khas.

MU­SÉES, MAR­CHÉ, CRÉA­TION : DES SU­JETS DISTINCTS ?

Vous par­lez peu du mar­ché de l’art dans votre livre, car ce sont, se­lon vous, des enjeux et des ac­teurs dif­fé­rents des mu­sées. Or il me semble que c’est pour­tant au­jourd’hui un en­jeu ma­jeur dans la ré­gion. La créa­tion contem­po­raine vous semble-t-elle aus­si un en­jeu à part ? Ce mar­ché est très im­por­tant. Il a en­gen­dré une scène ar­tis­tique tout à fait in­édite parce qu’elle ras­semble Arabes, Ira­niens et Pa­kis­ta­nais, trois mondes ar­tis­tiques qui, au 20e siècle, se sont su­per­be­ment igno­rés. Mais ce mar­ché à dé­bor­de­ment ar­tis­tique in­édit est lo­ca­li­sé à Du­baï, très tour­né vers l’Iran, le Pa­kis­tan et l’Ara­bie saou­dite. Il est ré­gio­nal quand les mu­sées-mi­roirs ont une ob­ses­sion de l’Oc­ci­dent. Par ailleurs, ce mar­ché n’est pas ce­lui au­quel s’ap­pro­vi­sionnent les mu­sées-mi­roirs du Qa­tar et d’AbuD­ha­bi. Leurs col­lec­tions nour­rissent d’abord les ga­le­ries et les salles de vente de Pa­ris, de Londres et de New York. Il y a bien un Mu­sée arabe d’art mo­derne au Qa­tar, le Ma­thaf, mais sa col­lec­tion a été for­mée pour l’es­sen­tiel avant la nais­sance du mar­ché de Du­baï.

Dans ses édi­tions ré­centes, la Bien­nale de Shar­jah, dont le com­mis­sa­riat était as­su­ré par des femmes du monde non oc­ci­den­tal (Yu­ko Ha­se­ga­wa en 2013, Eun­gie Joo en 2015, Ch­ris­tine Thome en 2017), ex­pri­mait une at­ten­tion à des contextes locaux dans un monde glo­ba­li­sé. N’est-ce pas une

Les dy­na­miques de Shar­jah sont propres à cet émi­rat en rai­son de l’idéo­lo­gie an­ti­co­lo­nia­liste de type nas­sé­rien en­core por­tée par son émir à ce jour et à la sin­gu­la­ri­té de l’his­toire de cette fa­mille. Mais cette pré­sence de l’Asie me semble dis­tincte de celle qui existe à Du­baï : ce n’est pas le fruit de l’in­té­rêt des Ex­trême-Orien­taux pour les Émi­rats, mais plu­tôt de ce­lui de la chei­kha Hoor, qui a étu­dié plu­sieurs langues asia­tiques, pour l’Ex­trême-Orient. Ce­la re­joint ce que je dé­cris à pro­pos des mu­sées du Qa­tar et d’Abu-Dha­bi : des membres des fa­milles ré­gnantes de­viennent des ac­teurs du monde cultu­rel, alors que ces fonc­tions étaient jusque-là as­su­mées par des in­ter­mé­diaires de la classe moyenne.

RENFORCER L’AU­TO­RI­TÉ DES ÉTATS

Plu­tôt que le 11-Sep­tembre ou les Ré­vo­lu­tions arabes, vous don­nez la fin de la Deuxième Guerre du Golfe comme date de pas­sage des mu­sées-ra­cines aux mu­sées-mi­roirs. En 1991, une coa­li­tion in­ter­na­tio­nale me­née par les États-Unis per­met à l’émir du Ko­weït de re­trou­ver son trône face à l’Irak. Du­rant ce conflit, le Mu­sée na­tio­nal du Ko­weït est en par­tie dé­truit, sa col­lec­tion d’art is­la­mique em­por­tée à Bag­dad. De là est née entre 1991 et 1995 l’idée du Mu­sée d’art is­la­mique de Do­ha, qui est le plus an­cien des mu­sées-mi­roirs et le fruit de la vo­lon­té qa­ta­rienne de se sub­sti­tuer au Ko­weït comme nou­velle ca­pi­tale cultu­relle du golfe Per­sique.

Vous mon­trez la part d’em­pi­risme qu’il y a dans les pro­grammes de construc­tion des nou­veaux mu­sées, sou­vent liés à des ri­va­li­tés entre émi­rats. Cer­tains ont été aban­don­nés après avoir été an­non­cés, par exemple le mu­sée­ma­ri­time de Ta­dao An­do et le centre des arts vi­vants de Za­ha Ha­did. Pour vous, ces mu­sées sont même plus at­ti­rants quand ils sont à l’état de pro­jet. Il m’est pro­gres­si­ve­ment ap­pa­ru que pour faire son oeuvre po­li­tique le mu­sée-mi­roir était plus opé­ra­tion­nel à l’état de pro­jet qu’une fois ou­vert au pu­blic. C’est sous cet état qu’il est pour­voyeur de contrats de pres­ta­tion de ser­vice dis­tri­bués à des Oc­ci­den­taux ain­si in­té­res­sés à la sur­vie po­li­tique des fa­milles ré­gnantes.

Vous sou­li­gnez aus­si que ce ne sont là que des illu­sions pour les Oc­ci­den­taux qui y voient le re­flet de leur propre image. Avec les mu­sées-mi­roirs, les prin­ci­pau­tés peuvent of­frir à des pays oc­ci­den­taux la pos­si­bi­li­té de mettre en scène,

de­puis le monde is­la­mique, leur point de vue sur l’is­lam et ain­si le lé­gi­ti­mer. Cette vo­lon­té oc­ci­den­tale de par­ler d’is­lam, de par­ti­ci­per à la dé­fi­ni­tion de son sens, est di­rec­te­ment liée à la sé­den­ta­ri­sa­tion de l’is­lam en Oc­ci­dent via l’im­mi­gra­tion. En est née une nou­velle rente pour les prin­ci­pau­tés, une rente cultu­relle qu’ex­ploitent le Qa­tar et Abu-Dha­bi.

Vous avan­cez l’idée que la créa­tion de ces mu­sées-mi­roirs donne lieu au ren­for­ce­ment de l’au­to­ri­ta­risme des États. L’au­to­ri­ta­risme, c’est la res­tric­tion de la par­ti­ci­pa­tion po­li­tique par l’ex­clu­sion. Or, au Qa­tar et à Abu-Dha­bi, les fonc­tion­naires na­tio­naux qui sont consti­tu­tifs de la classe moyenne sont to­ta­le­ment ex­clus de la mise en oeuvre des mu­sées-mi­roirs. Des pres­ta­taires de ser­vice étran­gers, comme l’Agence France-Mu­séums, leur sont sub­sti­tués. Et les struc­tures lo­cales qui em­ploient ces or­ga­ni­sa­tions oc­ci­den­tales ne sont pas les mi­nis­tères de la culture du Qa­tar et des Émi­rats arabes unis, mais des agences au­to­nomes di­rec­te­ment re­liées à des membres de très haut rang des fa­milles ré­gnantes. S’il n’y a pas de mu­sées­mi­roirs au Ko­weït, c’est que cet émi­rat, qui est le seul à pos­sé­der un vé­ri­table par­le­ment, est plus dé­mo­cra­tique, même si c’est aus­si un ré­gime au­to­ri­taire. L’adop­tion des marques cultu­relles du li­bé­ra­lisme comme le Louvre et le Gug­gen­heim sert au­jourd’hui la dé­rive au­to­ri­taire des fa­milles ré­gnantes.

Alors la pro­gram­ma­tion de ces mu­sées se­rait ac­ces­soire ? Par­ti­ci­per de la dé­rive au­to­ri­taire n’est pas in­com­pa­tible avec la qua­li­té des pro­po­si­tions de conte­nu qui sont faites. Le pro­jet scien­ti­fique du Louvre Abu-Dha­bi est, dans son état pro­gram­ma­tique ac­tuel, très in­no­vant. Jean-Fran­çois Char­nier, qui en est le di­rec­teur scien­ti­fique, a pro­gres­si­ve­ment im­po­sé une ap­proche an­thro­po­lo­gique de l’uni­ver­sa­lisme très liée à son at­trait pour la pré­his­toire. Elle est ar­ti­cu­lée au­tour du constat éton­né des si­mi­li­tudes de forme entre les pro­duc­tions ma­té­rielles de l’Homme, dans le temps et dans l’es­pace, alors même que l’art rem­plit une fonc­tion de dé­mar­ca­tion des grou­pe­ments hu­mains. Au ni­veau épis­té­mo­lo­gique, le mu­sée n’est alors plus un lieu d’illus­tra­tion des conclu­sions de l’his­toire de l’art, mais une es­pace de for­mu­la­tion d’hy­po­thèses, une in­vi­ta­tion à se pen­cher vers l’in­con­nu, tout en res­tant dans les li­mites de la ra­tio­na­li­té. Alexandre Ka­ze­rou­ni’s book Le Mi­roir des Chei­khs (PUF) is the re­sult of se­ve­ral years of tra­vel and re­search du­ring which he met lea­ding mu­seum people in Ku­wait, Bah­rain, Qa­tar and the Uni­ted Arab Emi­rates. A po­li­ti­cal scien­tist whose fo­cus is the contem­po­ra­ry Mus­lim world and par­ti­cu­lar­ly the Per­sian Gulf coun­tries, he ana­lyzes a sub­ject of­ten poor­ly un­ders­tood in the West: art in the ser­vice of po­li­tics. The ques­tion may go back se­ve­ral mil­len­nia, but it could not be more ti­me­ly to­day. In Le Mi­roir des Chei­khs, Alexandre Ka­ze­rou­ni exa­mines mu­seums in the Uni­ted Arab Emi­rates and Qa­tar in or­der to ana­lyze the po­li­ti­cal si­tua­tion in these coun­tries from both a local and in­ter­na­tio­nal angle. He makes a dis­tinc­tion bet­ween what he calls “roots mu­seums” foun­ded in the 1970s and the “mir­ror mu­seums” that be­gan to ap­pear in pa­ral­lel with these ear­lier ins­ti­tu­tions in the 1990s. He de­li­be­ra­te­ly leaves aside the ques­tion of the art mar­ket in Du­bai, which, he says, func­tions ac­cor­ding to a se­pa­rate set of prin­ciples. The mu­seums he dis­cusses in Le Mi­roir des Chei­khs are po­li­ti­cal ins­tru­men­ta­li­ties whose pur­pose is above all to rein­force the au­tho­ri­ty of the re­gion’s ru­ling fa­mi­lies.

ROOTS MU­SEUMS/MIR­ROR MU­SEUMS

The ins­ti­tu­tions you de­fine as “root mu­seums” emer­ged in the 1970s as suc­ces­sors to the “cultu­ral clubs” of the first half of the twen­tieth cen­tu­ry. Was their pur­pose the le­gi­ti­mi­za­tion of exis­ting tra­di­tions, or the construc­tion of a his­to­ry? What I call “roots mu­seums” are mu­seums of local ar­cheo­lo­gy and eth­no­lo­gy, meant for a local pu­blic. There are about a hun­dred of them in the Per­sian Gulf prin­ci­pa­li­ties, Ku­wait, Bah­rain, the UAE and Qa­tar. They were foun­ded in the ear­ly 1970s, at the time of in­de­pen­dence. Tra­di­tions had to be in­ven­ted to conso­li­date states whose bor­ders were contes­ted by their big­ger neigh­bors, and root them in these ter­ri­to­ries that un­til then had been pro­tec­ted by the Bri­tish from Sau­di Ara­bia, Iran, Iraq and Egypt. There was al­so a need to unite these small but high­ly he­te­ro­ge­neous po­pu­la­tions. Due to the geo­gra­phi­cal po­si­tion of these prin­ci­pa­li­ties at the eas­tern edge of the Arab world and their his­to­ry as ports, their in­ha­bi­tants came from ma­ny places. We can dis­tin­guish three main po­pu­la­tion groups, with a he­re­di­ta­ry so­cial hie­rar­chy that per­sists to this day. At the top of the py­ra­mid are the “pure” or “au­then­tic” ci­ti­zens, to give English trans­la­tions for the word asil. They are mem­bers of the great tribes from the cen­ter of the Ara­bian Pe­nin­su­la, es­pe­cial­ly the sheiks and shei­kas of the ru­ling fa­mi­lies. Be­low them are the des­cen­dants of eco­no­mic im­mi­grants who came from sou­thern Iran at the turn of the twen­tieth cen­tu­ry, and then the des­cen­dants of slaves from Black East Afri­ca. Ve­ry few In­dians have been na­tu­ra­li­zed. In ad­di­tion to these mis­sions al­rea­dy men­tio­ned, which are pret­ty stan­dard for any na­tio­nal mu­seum, these first ins­ti­tu­tions had ano­ther func­tion in the context of the po­wer struggles—so­me­times quite violent, as in Bah­rain—that broke out bet­ween mer­chants and sheiks af­ter the end of the Bri­tish pro­tec­to­rates. The rich local pearl mer­chants of the pre-oil era were the big lo­sers, eco­no­mi­cal­ly and po­li­ti­cal­ly, du­ring the co­lo­nial and then oil-de­pendent re­gimes, both set up by the Bri­tish. Con­ver­se­ly, most of to­day’s ru­ling fa­mi­lies owe the conso­li­da­tion of their po­wer to the Bri­tish and hy­dro­car­bons. In this fra­me­work, from 1910 to the 1950s, du­ring the de­cades of the tran­si­tion to the oil eco­no­my, the mer­chants took the ini­tia­tive of es­ta­bli­shing “mo­dern schools” and then “culture clubs” in op­po­si­tion to the rule of the sheiks and Great Bri­tain. Un­der the co­ver of ar­tis­tic ac­ti­vi­ties ran­ging from poe­try com­pe­ti­tions to thea­tri­cal per­for­mances, these pri­vate “culture clubs” ser­ved as cen­ters for youth ac­ti­vism and the pro­pa­ga­tion of an­ti-co­lo­nial and an­ti-Bri­tish ideas as­so­cia­ted with the Arab na­tio­na­lism ema­na­ting from Cai­ro. Once the Bri­tish had de­ci­ded to wi­th­draw from the Per­sian Gulf in 1967, they hel­ped those who were to be­come the so­ve­rei­gns of these prin­ci­pa­li­ties to des­troy these em­bryo­nic pu­blic spaces. Fi­nan­ced by the sheiks, using their oil wealth, and de­ve­lo­ped, in the be­gin­ning, with the aid of Bri­tish ex­perts, these roots-mu­seums be­came a way to seize the cultu­ral­ly cen­tral role for­mer­ly played by the mer­chants’ clubs.

How do you de­fine what you call “mir­ror mu­seums”? Roots mu­seums are still being foun­ded to­day in all the prin­ci­pa­li­ties. The 1980s were their gol­den age. But in Qa­tar and Abu Dha­bi, ex­clu­si­ve­ly, ano­ther kind of mu­seum has ari­sen since the 1990s. The num­ber of mu­seums has dou­bled. Along­side the roots mu­seums there have been a gro­wing num­ber of what I call mir­ror mu­seums. The most em­ble­ma­tic among them is the fa­mous Louvre Abu Dha­bi, sche­du­led to open in 2018. They no long ap­peal to na­tio­nal mu­seum-goers—they want Wes­tern vi­si­tors. Their aim is to pro­ject, in Eu­rope and North Ame­ri­ca, an image of the Is­la­mic world that meets ex­pec­ta­tions in these coun­tries where im­mi­gra­tion has made Is­lam an in­ter­nal po­li­ti­cal is­sue. To pro­duce this mir­ror ef­fect, these mu­seums’ col­lec­tions cor­res­pond to the ca­te­go­ries of the ob­jects most pri­zed by the art mar­ket and the main Wes­tern es­ta­blish­ments, star­ting with Is­la­mic art. Fur­ther, Wes­ter­ners have been put in charge of crea­ting these mu­seums, from the phy­si­cal plant to the nar­ra­tives they stage. Local cultu­ral af­fairs spe­cia­lists, trai­ned at the roots mu­seums, are ca­re­ful­ly ex­clu­ded from this pro­cess. Po­li­ti­cal ex­clu­sion is what the mir­ror mu­seums and roots mu­seums have in com­mon, des­pite their conten­tion over cultu­ral contai­ners and content. While the roots mu­seums were meant to mar­gi­na­lize the mer­chants, the mir­ror mu­seums de­prive the middle class and ci­vil ser­vice of in­ter­na­tio­nal ac­cess at a time when the sur­vi­val of these re­gimes is more and more di­rect­ly ne­go­tia­ted with the Wes­tern tech­no­lo­gi­cal and mi­li­ta­ry po­wers.

How is mo­der­ni­ty writ­ten in this part of the world? Ar­tis­tic mo­der­ni­ty was writ­ten in close connec­tion with the roots mu­seums, cultu­ral arms of the mo­dern state. Like the rest of the pu­blic ad­mi­nis­tra­tion of culture, in the 1970s and 80s these mu­seums em­ployed edu­ca­ted lo­cals who had a taste for art or prac­ti­ced it. Most of the mo­dern ar­tists in the coas­tal areas came out of the for­mer lo­wer and middle classes, ar­ti­sans and skilled trades wor­kers, in the port ci­ties, not the great de­sert tribes. The cultu­ral bu­reau­cra­cy lin­ked to the mu­seums made it pos­sible for local people to make a li­ving in an ar­tis­tic en­vi­ron­ment. They could get scho­lar­ships to stu­dy abroad and show their work. The Ku­wait Na­tio­nal Mu­seum, par­tial­ly des­troyed du­ring the 1991 war, the Qa­tar Na­tio­nal Mu­seum, clo­sed in 2006, and the Na­tio­nal Mu­seum of Bah­rain un­til re­cent­ly had de­part­ments de­di­ca­ted to local ar­tists. The Shar­jah Art Mu­seum and the Ku­wait Mo­dern Art Mu­seum be­lon­ged to the ca­te­go­ry of roots mu­seums. The ca­reers of the Emi­ra­ti ar­tist Has­san Sha­rif (1951-2016), a foun­ding mem­ber of the Shar­jah Bien-

nial, and Yu­sef Ah­med (born 1955), the best-known Qa­ta­ri pain­ter, are good examples of the ri­sing so­cial sta­tus of people from the for­mer lo­wer classes in the port ci­ties who were sup­por­ted by the mi­nis­tries. With the rise of the mir­ror mu­seums, such people have lost their local cen­tra­li­ty and their vi­si­bi­li­ty abroad. The mir­ror mu­seums em­ploy mas­sive num­bers of Wes­ter­ners, and the local ar­tists they conti­nue to pro­mote are in­crea­sin­gly the sons and daugh­ters of the ri­chest fa­mi­lies and tribes loyal to the ru­ling fa­mi­ly, and of­ten sheiks and shei­kas.

MU­SEUMS, MARKETS AND ART PRO­DUC­TION

In your book you say lit­tle about the art mar­ket, which, in your eyes, in­volves dif­ferent ac­tors and issues than mu­seums. But it seems to me that the mar­ket plays a ma­jor role in the re­gion to­day. What about the ma­king of art? Is that, too, a se­pa­rate is­sue? The art mar­ket is ve­ry im­por­tant. It has en­gen­de­red a his­to­ri­cal­ly un­pre­ce­den­ted art scene brin­ging to­ge­ther Arabs, Ira­nians and Pa­kis­ta­nis, three ar­tis­tic worlds haugh­ti­ly igno­red in the twen­tieth cen­tu­ry. But this mar­ket and its ar- tis­tic ef­fects is confi­ned to Du­bai and high­ly orien­ted to­ward Iran, Pa­kis­tan and Sau­di Ara­bia. It’s a re­gio­nal mar­ket, whe­reas the mir­ror mu­seums are ob­ses­sed with the West. Fur­ther, the ac­qui­si­tions of the mir­ror mu­seums in Qa­tar and Abu Dha­bi don’t come from this mar­ket. Their col­lec­tions are main­ly drawn from gal­le­ries and auc­tion houses in Pa­ris, Lon­don and New York. There is, of course, a mu­seum of mo­dern Arab art in Qa­tar, the Ma­thaf, but its col­lec­tion was es­sen­tial­ly for­med be­fore the emer­gence of the Du­bai mar­ket. In recent years the Shar­jah Bien­nial, di­rec­ted by wo­men from the non-Wes­tern world (Yu­ko Ha­se­ga­wa in 2013, Eun­gie Joo in 2015, Ch­ris­tine Thome in 2017), has gi­ven spe­cial at­ten­tion to local contexts in a glo­ba­li­zed world. Isn’t this an ex­pres­sion of a po­li­ti­cal po­si­tion? The dy­na­mics of

Shar­jah have to do with the par­ti­cu­la­ri­ties of this emi­rate, by which I mean the Nas­se­rite an­ti-co­lo­nia­list ideo­lo­gy still es­pou­sed by its emir and his fa­mi­ly’s unique his­to­ry. But this Asian pre­sence in Shar­jah seems to me dif­ferent than in Du­bai. It’s not so much the fruit of Orien­tal in­ter­est in the Emi­rates but of Shei­ka Hoor’s in­ter­est in the Far East—she stu­died se­ve­ral Asian lan­guages. This is an example of what I was tal­king about ear­lier, re­gar­ding the mu­seums in Qa­tar and Abu Dha­bi, whe­re­mem­bers of the royal fa­mi­ly have be­come ma­jor ac­tors in the cultu­ral world, whe­reas un­til now this role was played by in­ter­me­dia­ries from the middle class.

STRENGTHENING STATE AU­THO­RI­TY

Ins­tead of 9/11 in the U.S. or the Arab Re­vo­lu­tions, you consi­der that the tran­si­tion from roots mu­seums to mir­ror mu­seums came with the end of the Se­cond Gulf War. In 1991, an in­ter­na­tio­nal coa­li­tion led by the Uni­ted States al­lo­wed the emir of Ku­wait to get back his throne from Iraq. Part of the Ku­wait Na­tio­nal Mu­seum was des­troyed in this conflict, and its col­lec­tion of Is­la­mic art was ta­ken to Bag­dad. This is what gave rise to the idea, bet­ween 1991 and 1995, of the Is­la­mic art mu­seum in Do­ha, the first of the mir­ror mu­seums and the fruit of Qa­tar’s de­sire to take Ku­wait’s place as the cultu­ral ca­pi­tal of the Per­sian Gulf. You de­mons­trate the part that em­pi­ri­cism plays in the plans for the construc­tion of these new mu­seums, of­ten lin­ked to ri­val­ries bet­ween emi­rates. Some high­ly tou­ted projects have been aban­do­ned, such as the ma­ri­time mu­seum de­si­gned by Ta­dao An­do and Za­ha Ha­did’s li­ving arts cen­ter. You seem to consi­der that the at­trac­tion of such ins­ti­tu­tions is at its height when they are still in the plan­ning stage. It has be­come in­crea­sin­gly clear to me that in terms of their po­li­ti­cal func­tions, the mir­ror mu­seums were more ope­ra­tio­nal in the plan­ning stage than when they ope­ned to the pu­blic. It’s in that ini­tial stage that they give out contracts to Wes­ter­ners who thus ac­quire a stake in the sur­vi­val of the ru­ling fa­mi­ly.

You em­pha­size that whenWes­ter­ners see a re­flec­tion of their own image in these projects, that’s just an illu­sion. With mir­ror mu­seums the prin­ci­pa­li­ties can of­fer the Wes­tern coun­tries a way to stage, in­side the Is­la­mic world, their per­cep­tion of Is­lam, and thus le­gi­ti­mize it. This Wes­tern year­ning to speak of Is­lam, to par­ti­ci­pate in sha­ping its mea­ning, is di­rect­ly lin­ked to the fact that im­mi­gra­tion has brought Is­lam in­to Wes­tern so­cie­ties. This has crea­ted a source of rent for the prin­ci­pa­li­ties, a cultu­ral rent en­joyed by Qa­tar and Abu Dha­bi.

You sug­gest that the es­ta­blish- ment of these mir­ror mu­seums has help rein­for­ced the au­tho­ri­ta­ria­nism of these states. Au­tho­ri­ta­ria­nism is the res­tric­tion of po­li­ti­cal par­ti­ci­pa­tion by means of ex­clu­sion. In Qa­tar and Abu Dha­bi, the local func­tio­na­ries who are part of the middle class are to­tal­ly ex­clu­ded from the ope­ra­ting of the mir­ror mu­seums. Fo­rei­gn ser­vice pro­vi­ders such as L’Agence France-Mu­séums take their place. These Wes­tern contrac­tors are not em­ployed by the of­fices of the mi­nis­tries of culture in Qa­tar and the UAE; they are brought in at the dis­cre­tion of en­ti­re­ly au­to­no­mous agen­cies di­rect­ly lin­ked to high-ran­king mem­bers of the ru­ling fa­mi­lies. There are no mir­ror mu­seums in Ku­wait be­cause it is the on­ly emi­rate with a real par­lia­ment, more de­mo­cra­tic than the others, even though it, too, is au­tho­ri­ta­rian. The adop­tion of li­be­ral cultu­ral brands such as the Louvre and the Gug­gen­heim to­day serves the au­tho­ri­ta­ria­nism of the ru­ling fa­mi­lies. So what will be shown in these mu­seums is be­side the point? The fact that they serve au­tho­ri­ta­rian aims does not mean that the content of these mu­seums can’t be ve­ry good. The plan­ning for the content of the Louvre Abu-Dha­bi, at this stage, is high­ly in­no­va­tive. Its ar­tis­tic di­rec­tor, Jean-Fran­çois Char­nier, has gra­dual­ly got­ten it to adopt an an­thro­po­lo­gi­cal ap­proach to uni­ver­sa­lism, ve­ry much lin­ked to his own fas­ci­na­tion with pre­his­to­ry. It will de­mons­trate the as­to­ni­shing for­mal si­mi­la­ri­ties in hu­ma­ni­ty’s ma­te­rial pro­duc­tion, across time and space, while art’s func­tion will be to de­mar­cate bet­ween hu­man groups. Epis­te­mo­lo­gi­cal­ly spea­king, the mu­seum is no lon­ger a site for the illus­tra­tion of the conclu­sions of art his­to­ry; ra­ther it is a space for the for­mu­la­tion of hy­po­theses, an in­vi­ta­tion to pri­vi­lege the unk­nown, while res­pec­ting the li­mits of ra­tio­na­li­ty.

Le chan­tier du Louvre Abou Dha­bi en 2010. Work on the Louvre, Abu Dha­bi Ci-des­sous / be­low: Le Mu­sée d’art de Shar­jah pen­dant la bien­nale avec une oeuvre de (work by) Kha­lil Jo­reige et Jo­han­na Had­ji­tho­mas. (Ph. AK. 2011).

The Shar­jah Bien­nial

Ci-des­sus / above: Mu­sée de Du­baï, (fon­dé en 1971). Couple de Bé­douins dans la sec­tion eth­no­gra­phique. Pré­sen­ta­tion des an­nées 1990. (Ph. Ka­ze­rou­ni). Eth­no­gra­phic sec­tion at the Mu­seum of Du­bai (foun­ded 1971) Ci-contre / op­po­site: Mu­sée d’art mo­derne du Ko­weït (inau­gu­ré en 2003 dans une an­cienne école re­no­vée des an­nées 1930). Salle des sculp­tures. Ku­wait Mu­seum of Mo­dern Art, hou­sed in a re­no­va­ted school buil­ding from the 1930s.

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